À Villers-Allerand, dans la Marne, l’Atelier UZB développe un espace consacré à la création, à la restauration, à la conservation et à la recherche autour du vitrail et du verre soufflé. Léo Uzabiaga y présente une pratique de vitrailliste qui associe travail du verre plat, design et exploration artistique. L’atelier accueille des projets où la lumière, la transparence, la couleur et la structure doivent être pensées ensemble, qu’il s’agisse d’une œuvre contemporaine ou d’un élément ancien à préserver.
Le vitrail commence par une relation entre une ouverture et une source de lumière. La forme de la baie, son orientation, la profondeur du mur et la manière dont l’espace est utilisé influencent le choix du dessin. Un panneau installé dans un couloir ne sera pas regardé comme une verrière de chapelle ou une séparation intérieure. Le projet doit prendre en compte la distance du spectateur, les ombres projetées et la variation des couleurs au fil de la journée. Le verre n’est pas une surface immobile : il transforme la lumière qui le traverse.
La création contemporaine ouvre un champ de recherche sur les teintes, les volumes et les épaisseurs. Une composition peut jouer sur des verres transparents, opalescents, texturés ou colorés. Certaines zones laissent passer une lumière directe, d’autres la diffusent ou la fragmentent. Le dessin peut être géométrique, organique, abstrait ou lié à un récit. L’atelier adapte cette recherche à l’architecture et aux attentes du commanditaire, en cherchant un équilibre entre présence de l’œuvre, lisibilité du motif et qualité de la clarté produite.
Le travail sur verre plat demande une préparation rigoureuse. Un projet est d’abord traduit en maquette, puis en formes qui devront être découpées, ajustées et assemblées. Chaque pièce doit trouver sa place dans la composition avec des tolérances adaptées au mode de montage. La précision de la coupe évite les tensions inutiles et facilite la continuité des lignes. Le choix des textures et des couleurs accompagne le dessin : un verre irrégulier peut enrichir une zone lumineuse, tandis qu’un verre plus uniforme peut créer un repos visuel.
La restauration suit une autre logique. Avant de remplacer ou de reprendre une partie, le vitrailliste observe la composition, l’état du verre, la résille, les peintures et les éventuelles réparations anciennes. Une fissure n’a pas la même signification selon sa position et la manière dont le panneau est soutenu. Une peinture effacée peut concerner un détail décoratif ou modifier la lecture d’un visage, d’un vêtement ou d’un motif. La restauration doit préserver ce qui subsiste et distinguer clairement les parties conservées des ajouts nécessaires.
La conservation comprend aussi les conditions d’exposition. Un vitrail installé dans un bâtiment peut être soumis au vent, aux variations de température, à l’humidité ou aux vibrations. Une protection extérieure, une adaptation de la fixation ou un dispositif de séparation peuvent contribuer à limiter ces contraintes. Le projet ne se résume pas au panneau lui-même : la menuiserie, la baie, l’accès et l’environnement participent à sa durée. L’atelier peut ainsi réfléchir à une solution qui protège l’œuvre tout en maintenant la lumière et la vue souhaitées.
Le verre soufflé apporte une relation différente à la matière. Ses irrégularités, ses épaisseurs et ses petites variations modifient les reflets et donnent à la surface une présence plus tactile. Utilisé seul ou associé au verre plat, il peut apporter un relief visuel et une lumière moins régulière. Cette exploration ne signifie pas abandonner les techniques du vitrail : elle élargit le vocabulaire de l’atelier et permet de chercher des effets adaptés à une création, à un objet ou à un espace particulier.
Le design fait le lien entre usage et expression artistique. Un projet peut concerner une cloison, une verrière intérieure, un panneau décoratif, un objet ou une pièce intégrée à un meuble. Les contraintes de manipulation, de nettoyage, de sécurité et de pose doivent être établies dès la conception. Une œuvre destinée à être touchée ou déplacée ne se prépare pas comme une verrière fixe. Les dimensions, le poids et les points de maintien orientent le choix des verres, du montage et de la finition.
La restauration et la création peuvent également s’inscrire dans un bâtiment patrimonial. Une commande peut demander de respecter une proportion ancienne, une gamme chromatique ou une relation avec des éléments déjà conservés. À l’inverse, une intervention contemporaine peut dialoguer avec une architecture sobre par un jeu de transparences et de couleurs. L’atelier cherche alors à faire coexister l’histoire du lieu et une écriture actuelle. La lumière devient le fil qui relie les différentes époques sans les confondre.
La recherche artistique permet de tester des rapports nouveaux entre matière et espace. Les essais de textures, de transparence et de densité donnent des indications sur le comportement d’un verre avant sa mise en œuvre. Une couleur très présente dans un échantillon peut devenir plus douce lorsqu’elle est traversée par la lumière naturelle ; une surface texturée peut projeter des ombres qui modifient la perception du motif. Les choix se prennent donc en regardant les pièces sous plusieurs orientations, et non uniquement sur une maquette plane.
Pour préparer une commande, il est utile de réunir les dimensions de l’ouverture, des photographies prises depuis l’intérieur et l’extérieur, l’orientation du lieu et les contraintes de pose. Une restauration demande aussi des vues détaillées des fissures, des plombs et des peintures, ainsi que les informations disponibles sur l’histoire du panneau. Une création peut partir d’une palette, d’un motif, d’une intention de lumière ou d’une relation avec l’architecture. Ces éléments aident Léo Uzabiaga à proposer une composition réaliste et adaptée à l’espace.
À Villers-Allerand, l’Atelier UZB fait ainsi dialoguer vitrail, verre soufflé, design, création contemporaine, restauration et conservation. Léo Uzabiaga accompagne des projets où la lumière n’est jamais un simple éclairage, mais une matière qui traverse, colore et transforme l’espace. La maquette, le choix des verres, la coupe, l’assemblage et la pose forment une suite cohérente. Qu’il s’agisse de préserver un panneau ou d’imaginer une œuvre nouvelle, l’atelier cherche un équilibre entre précision technique, présence artistique et qualité de la lumière.