À Leforest, dans le Pas-de-Calais, Isabelle Bréant fait vivre l’Atelier Vanabelle autour de l’osier et de ses nombreuses possibilités. Elle travaille cette fibre végétale pour réaliser des objets utilitaires, des pièces décoratives, des ouvrages de grande dimension et des créations en osier vivant. Son activité comprend aussi la restauration et la transmission. Les formes peuvent venir de la vannerie populaire, répondre à une commande précise ou s’éloigner du panier traditionnel pour devenir un décor, une sculpture ou une installation. Cette circulation entre usage et imaginaire constitue l’une des particularités de son parcours.
Isabelle Bréant s’est intéressée très jeune à la vannerie. Elle est entrée en 1982 à l’École nationale d’osiériculture et de vannerie de Fayl-Billot, en Haute-Marne. Elle y a découvert les techniques de ce métier et la relation étroite entre une fibre, un geste et une forme. En 1988, elle a créé l’Atelier Vanabelle dans le Nord de la France. Depuis, plus de trente ans de pratique ont nourri une approche où l’apprentissage initial reste présent, tout en s’enrichissant de commandes particulières, de restaurations, de collaborations et d’expérimentations autour de l’osier vivant.
Les premières pièces qu’elle fabrique encore sur commande viennent d’objets utilitaires associés à l’art populaire. La mandelette au bord roulé, la corbeille à lessive au flanc légèrement bombé, les chazières à fromage et la mue à poussin appartiennent à un répertoire où la vannerie accompagne des gestes quotidiens. Ces objets ne sont pas de simples contenants interchangeables. Leur volume, leur bord, leur ouverture et leur façon d’être manipulés répondent à une fonction. Le dessin découle de l’usage autant que de la technique, et la beauté de la pièce apparaît dans l’équilibre entre les deux.
Une forme utilitaire peut être reprise avec une attention particulière portée à la qualité de l’osier et à la finition. La fibre doit être choisie selon la construction envisagée, puis préparée et maintenue dans les conditions qui permettent son tressage. Les brins sont disposés, croisés, serrés et courbés afin de faire monter la structure. Le vannier accompagne la matière plutôt qu’il ne la force. La régularité d’un bord, la solidité d’une poignée ou la tenue d’un fond dépendent de décisions prises dès le début du travail. La finition vient ensuite stabiliser la forme et en préciser la lecture.
Chez Vanabelle, la connaissance des objets anciens nourrit les réalisations actuelles. Une corbeille issue d’un usage domestique peut inspirer une version destinée à un intérieur contemporain ; un modèle connu peut être agrandi, simplifié ou adapté à un besoin nouveau. L’artisan conserve les principes qui donnent sa justesse à la forme, mais il peut modifier les proportions, le rythme du tressage ou la présence de l’osier. Le résultat reste identifiable comme une pièce de vannerie tout en portant la marque d’une recherche personnelle.
Les commandes particulières ont élargi ce répertoire. L’atelier a notamment réalisé une banquette d’attelage du XIXe siècle, ce qui demande de comprendre un objet ancien et les contraintes liées à son usage. Une restauration ou une reconstitution ne se mène pas comme la fabrication d’un panier courant. Il faut observer les lignes, la structure, les assemblages et les traces laissées par le temps. La nouvelle intervention doit retrouver une cohérence avec l’ouvrage existant, sans effacer ce qui fait son histoire. Le travail de restauration s’appuie donc sur la précision technique autant que sur l’attention portée au modèle.
La restauration de l’ossature en osier de la famille Gayant a commencé en 1995. Cette intervention occupe une place centrale dans le parcours de l’atelier. Une structure de grande taille sollicite la matière autrement qu’un objet domestique : les volumes sont plus visibles, les assemblages doivent supporter des contraintes différentes et la relation avec le public devient une donnée du projet. Restaurer une telle ossature implique de retrouver un équilibre entre légèreté et présence, tout en respectant la silhouette et la fonction symbolique de l’ensemble.
Les créations de grande échelle donnent à l’osier une dimension spectaculaire. Avec les Géants, l’atelier explore la démesure et le changement d’échelle. Le tressage n’est plus observé seulement à hauteur de main ou posé sur une table : il devient une enveloppe, une ossature ou une forme qui s’inscrit dans l’espace public. Cette transformation oblige à penser les proportions, les points de soutien, la circulation autour de la pièce et la manière dont la lumière révèle sa surface. Les mêmes principes de souplesse et de croisement demeurent, mais ils sont appliqués à un volume qui se regarde à distance.
L’osier vivant ouvre une autre relation avec le temps. Isabelle Bréant a réalisé ses premiers travaux dans cette matière en 2001. Contrairement à une vannerie sèche destinée à rester un objet, l’osier vivant conserve une capacité de croissance. Il peut former une ligne, une clôture, une structure de jardin ou une composition qui évolue avec les saisons. Le projet doit donc tenir compte de l’espace disponible, de la façon dont les brins sont implantés et de la croissance attendue. La réalisation n’est pas figée au moment de la pose : elle s’inscrit dans un paysage et change avec lui.
Les jeux de lignes au jardin prolongent cette recherche. Une composition en osier vivant peut créer une limite légère, guider un parcours ou introduire un motif dans un espace planté. Les brins dessinent des courbes et des intersections qui seront perçues différemment selon la saison et la distance. La matière s’accorde avec le végétal sans chercher à l’imiter. Pour une personne qui commande une telle réalisation, le projet doit être pensé avec le lieu, son usage et la place laissée à l’évolution de l’osier.
La pratique de l’atelier ne se limite pas au végétal qui pousse. Le travail de vannerie sèche permet de réaliser des objets qui se transportent, se rangent, se réparent et se transmettent. Dans la série consacrée à « entreposer, transporter, jouer », l’usage reste au centre : un contenant doit pouvoir être pris en main et trouver sa place dans les gestes de la vie courante. Une pièce peut aussi être conçue pour le jeu ou pour une mise en scène. Le choix du tressage, de la forme et de la finition dépend alors de la manière dont l’objet sera approché et utilisé.
Réparer fait partie des gestes présentés par Vanabelle. Une vannerie abîmée ne doit pas nécessairement être remplacée. L’état du fond, des montants, des côtés et des bordures permet de distinguer une usure localisée d’une fragilisation générale. Une réparation peut consister à reprendre une partie de la structure, à rétablir un tressage ou à consolider un élément qui a été très sollicité. Le choix d’une intervention doit respecter la fonction de l’objet et son aspect. La réparation conserve ainsi une relation avec l’histoire d’usage de la pièce.
La qualité de l’osier et des finitions est au cœur de la démarche exposée par l’artisane. Le matériau possède des différences de teinte, de diamètre et de souplesse qui influencent le tressage. Une même construction peut donner un résultat différent selon la préparation des brins et la tension maintenue pendant le travail. Les finitions ne servent pas seulement à rendre l’objet plus net. Elles participent à sa durabilité et à la façon dont il supportera les manipulations. Le choix d’une technique doit donc être mis en relation avec la durée et la destination de la réalisation.
Cette attention rejoint une réflexion sur les objets durables. Un panier bien construit peut accompagner les usages pendant longtemps, être réparé et trouver une autre fonction. La vannerie propose une alternative aux contenants jetables par la présence d’une matière renouvelable et par la possibilité de conserver l’objet. Cette qualité ne dépend pas uniquement du matériau : elle repose sur la solidité du tressage, la justesse des proportions, l’entretien et la manière dont l’objet est utilisé. Chez Vanabelle, la durabilité est liée à la qualité concrète de la fabrication.
L’atelier travaille aussi avec des artistes, des collectivités et des projets culturels. Le parcours mentionne les décors du spectacle « Le loup et moi » de la compagnie Les Globe Trottoirs en 2011, des trophées pour les Espaces naturels régionaux en 2012 et des créations réalisées pour la ville de Wattignies, dont un envol d’hirondelles en 2013. La même année, Isabelle Bréant a réalisé un portail pour l’inauguration d’Aquaterra, la maison de l’environnement de l’agglomération Hénin-Carvin. Ces projets montrent comment la vannerie peut quitter le format de l’objet pour participer à un décor, à un équipement ou à une identité de lieu.
Une collaboration avec une maison de luxe italienne en 2018 a prolongé cette ouverture vers d’autres univers de création. Le tressage d’osier peut dialoguer avec le design, la scénographie ou un projet de marque sans perdre son caractère manuel. Le rôle de l’artisan consiste alors à traduire une intention en une structure de fibres, à proposer des solutions de forme et à maintenir la qualité du travail dans un contexte particulier. La collaboration ne supprime pas la matière : elle la fait entrer dans un dialogue différent avec les usages et les regards.
La transmission occupe une place régulière dans l’activité. Isabelle Bréant intervient auprès d’adolescents et d’adultes, dans des réalisations individuelles ou collectives, avec des objectifs à la fois culturels et techniques. Un atelier de découverte peut commencer par l’observation de l’osier, la compréhension de sa souplesse et la prise en main des premiers brins. La réalisation choisie doit être assez accessible pour permettre une progression, tout en révélant les exigences du métier. Les participants découvrent que la forme dépend de la préparation, de la tension et de la précision des gestes.
L’atelier hors les murs permet d’aller à la rencontre de publics différents. Des animations peuvent prendre place dans des quartiers d’été, des fêtes de ville ou des médiathèques. Les réalisations individuelles donnent à chacun une expérience directe de la matière, tandis qu’une pièce collective montre comment les gestes peuvent s’additionner pour former un ensemble. Cette approche rend la vannerie visible dans des lieux qui ne sont pas des ateliers spécialisés et crée un lien entre pratique manuelle, vie locale et découverte culturelle.
Les formations consacrées à l’osier vivant approfondissent une autre partie du savoir-faire. « Jeux de lignes » propose d’aborder une technique sur une jardinière et de travailler la trace, pour un niveau déjà familiarisé avec la pratique. D’autres formations annoncées par l’atelier portent sur la réalisation d’un panier ou sur l’osier vivant. Les thèmes montrent que la transmission peut concerner un objet construit comme une forme destinée au jardin. Dans les deux cas, l’élève apprend à observer le brin, à prévoir son mouvement et à relier un geste précis à un résultat d’ensemble.
Le parcours d’Isabelle Bréant a été distingué par le titre de Maître Artisan obtenu en 2022. Elle a également été membre du jury des Meilleurs Ouvriers de France en 2023. Ces responsabilités s’inscrivent dans une pratique qui associe production, restauration, création et transmission. Elles ne réduisent pas la vannerie à un répertoire immuable : elles accompagnent une recherche où les objets utilitaires, l’osier vivant, les grandes structures et les collaborations peuvent se répondre.
À Leforest, l’Atelier Vanabelle fait ainsi circuler l’osier entre la main, l’usage et l’espace. Isabelle Bréant réalise encore des objets inspirés de la vannerie populaire, répond à des commandes sur mesure, restaure des ouvrages anciens, imagine des pièces de grande échelle et travaille l’osier vivant pour le jardin. Les créations peuvent être utilitaires, décoratives, culturelles ou scénographiques. La qualité de la fibre, le choix de la technique et la précision des finitions soutiennent une démarche attentive à la durée. Les formations et les animations prolongent cette activité en transmettant à différents publics une matière capable de devenir panier, ligne, décor ou structure.