À Bordeaux, Jean-Jacques Castagnet dirige l’Atelier Verre & Lumière, consacré à la création de vitraux décoratifs et à la restauration de vitraux anciens. Maître verrier, il a ouvert son propre atelier en 2006 et indique exercer ce métier depuis plus de vingt-cinq ans. Sa pratique associe un savoir-faire traditionnel aux techniques de la peinture sur verre et du thermoformage. L’atelier intervient sur des ouvrages patrimoniaux comme sur des projets contemporains, pour des églises, des bâtiments classés, des particuliers et des intérieurs qui recherchent une présence singulière de la lumière.
La restauration d’un vitrail commence par l’observation de ce qui est conservé. Les verres, les lignes de plomb, les peintures éventuelles, les déformations et les traces d’intervention ancienne forment un ensemble qu’il faut comprendre avant de déposer ou de remplacer une partie. Un panneau peut être fragilisé par des soudures fatiguées, une structure déformée ou des pièces de verre cassées. Le restaurateur doit également tenir compte de la place du vitrail dans le bâtiment, de la lumière qui le traverse et de la manière dont il est perçu depuis l’intérieur ou l’extérieur.
Le vitrail ancien porte souvent plusieurs temps de fabrication et d’usage. Une partie peut avoir été réparée après un choc, un autre verre remplacé lors d’un chantier précédent ou un décor retouché pour retrouver sa lisibilité. Ces interventions appartiennent à l’histoire de l’ouvrage et ne doivent pas être effacées sans raison. L’examen distingue les éléments d’origine, les compléments et les altérations récentes. Cette lecture permet de choisir une restauration proportionnée, qui stabilise le panneau et conserve autant que possible les informations apportées par les matériaux.
Le réseau de plomb joue un rôle à la fois graphique et structurel. Les lignes organisent le dessin, séparent les pièces de verre et maintiennent l’ensemble. Lorsqu’un réseau se déforme, la composition peut perdre ses proportions et les verres subir des contraintes. La remise en état demande alors d’observer les lignes, les points de tension et les attaches qui relient le panneau à son environnement. La précision du relevé et la qualité du remontage sont aussi nécessaires que le choix d’un verre de remplacement.
La peinture sur verre apporte des détails qui ne peuvent pas être obtenus par la seule découpe des pièces. Un trait, une ombre, un modelé ou une nuance peut préciser un visage, un drapé, un motif végétal ou une architecture. La matière picturale doit être déposée avec régularité et rester compatible avec la transparence du support. La lumière traverse ensuite le verre en révélant certaines zones et en en laissant d’autres dans une présence plus discrète. Le peintre verrier travaille donc avec un effet qui se transforme selon la distance, l’heure et l’éclairage.
Le thermoformage ouvre une autre relation entre le verre et le volume. La chaleur permet de modifier la forme d’une feuille ou d’un élément verrier sur un support adapté. Une surface peut devenir courbe, recevoir un relief ou créer une ombre qui n’existait pas sur un panneau plat. La préparation du moule, la température et le refroidissement doivent être maîtrisés pour éviter les tensions et conserver la forme obtenue. Cette technique peut enrichir une création contemporaine tout en maintenant la place centrale de la lumière.
Les créations de l’atelier ne se limitent pas à la reproduction d’un motif ancien. Un vitrail contemporain peut partir d’une composition abstraite, d’un dessin figuratif, d’une recherche de couleur ou d’une relation particulière avec l’architecture. Les verres transparents, opalescents, texturés ou colorés ne produisent pas la même profondeur. La sélection se fait en fonction de la lumière disponible, des points de vue et de la fonction du panneau. Une séparation intérieure, une porte, une fenêtre ou un élément décoratif demande une réponse différente.
La conception d’une verrière sur mesure commence par le lieu. Les dimensions, les ouvertures, la circulation et les lignes de l’architecture influencent le dessin et le choix des matériaux. Une verrière de style atelier ou industriel peut privilégier une géométrie claire et un réseau régulier. Un projet plus sophistiqué peut jouer sur des courbes, des couleurs, des détails peints ou des effets de transparence. L’ouvrage doit cependant rester adapté à son support et à l’usage quotidien de l’espace.
Le dialogue entre le verre et l’intérieur est essentiel. La même composition ne sera pas perçue de la même manière dans une pièce orientée vers le nord, derrière une porte ou face à un éclairage artificiel. Le verrier peut étudier la façon dont les teintes se superposent, dont les textures diffusent la lumière et dont les zones plus denses organisent le regard. Cette relation avec l’environnement distingue une œuvre installée d’un simple échantillon observé sur une table.
L’atelier présente des restaurations réalisées sur des édifices et des ouvrages de nature différente. Le palais des rois de Majorque figure parmi les références indiquées, ainsi que le Domaine de l’Espérance à La Brède. Ces chantiers montrent que la restauration doit s’adapter à l’histoire du lieu, à l’état des panneaux et aux conditions de présentation. Un bâtiment patrimonial impose une attention particulière aux proportions, aux matériaux et aux choix de remplacement. Chaque intervention commence par l’ouvrage réel plutôt que par une méthode identique appliquée à toutes les pièces.
Pour un particulier, la demande peut concerner un vitrail ancien, une verrière intérieure ou une création décorative. Des photographies générales et des vues rapprochées permettent de montrer le dessin, les cassures, les déformations et les attaches visibles. Les dimensions, l’orientation de la fenêtre et l’usage du lieu complètent cette première description. Une restauration nécessite ensuite un examen plus approfondi, car l’état du réseau et des parties cachées ne peut pas toujours être déduit d’une image.
Le travail du maître verrier réunit ainsi dessin, choix des verres, coupe, assemblage et finition. Chaque opération influence les suivantes. Une coupe précise facilite l’assemblage ; un réseau équilibré accompagne le motif ; une peinture bien dosée reste lisible sans réduire la transparence ; un thermoformage régulier donne au volume la forme recherchée. Les techniques traditionnelles et contemporaines ne sont pas opposées : elles offrent des moyens différents de construire une œuvre adaptée à un lieu et à une intention.
À Bordeaux, Jean-Jacques Castagnet fait de l’Atelier Verre & Lumière un espace dédié à la lumière traversante, à la conservation et à la création. La restauration de vitraux anciens prolonge des ouvrages déjà liés à un bâtiment et à une histoire. Les créations contemporaines et les verrières sur mesure permettent d’inventer d’autres relations entre le verre, l’espace et le regard. La peinture sur verre et le thermoformage complètent le vitrail traditionnel sans lui retirer sa précision. Chaque projet cherche ainsi l’accord entre la matière, le dessin, la lumière et l’architecture qui l’accueillera.