À Lyon, l’Atelier Vitrail Le Cygne est animé par Myriam Boulay, maître verrier et artisan d’art habilitée Monuments historiques. Son activité couvre la création et la restauration de vitraux, les cloisons en verre, les portes et fenêtres décorées, les miroirs, les objets en verre et les luminaires Tiffany. Le même matériau peut ainsi entrer dans une architecture, accompagner un intérieur ou devenir une pièce lumineuse autonome. Chaque projet repose sur le rapport entre le dessin, la couleur, la transparence, la solidité et la lumière qui traversera ou révélera le verre.
Myriam Boulay a découvert le vitrail pendant ses études d’histoire de l’art. Originaire de Chartres, elle s’est formée auprès de professionnels et a obtenu des diplômes en vitrail et en décoration sur verre. Elle a ensuite poursuivi son apprentissage à Paris dans le domaine de la peinture sur verre, avant d’acquérir de l’expérience au sein de grands ateliers. Son parcours associe donc la compréhension des œuvres et des styles à une connaissance directe des gestes de fabrication. Après quatre années de collaboration avec Paul Bunichon, elle lui a succédé et poursuit l’histoire de l’atelier avec une pratique personnelle.
La création d’un vitrail commence par une intention et par l’étude du lieu. Une porte, une fenêtre, une imposte ou une cloison ne reçoit pas la lumière de la même manière. L’orientation, la profondeur de l’ouverture, le fond visible derrière le panneau et la distance de regard influencent la composition. Un dessin très dense peut renforcer l’intimité d’une pièce, tandis qu’un réseau de lignes plus ouvert laisse circuler davantage la clarté. Les formes doivent aussi pouvoir être traduites en pièces de verre découpées et assemblées, avec des lignes suffisamment solides pour accompagner la construction.
Les vitraux de l’atelier peuvent être classiques ou contemporains. Le dessin peut évoquer une composition Art nouveau, suivre une géométrie Art déco ou s’appuyer sur une écriture plus actuelle. Le style ne suffit pas à déterminer le résultat : la couleur et la texture du verre transforment la perception du motif. Un verre martelé disperse la lumière et atténue le regard, un verre coloré installe une atmosphère, une surface transparente maintient une relation avec l’extérieur et une pièce peinte ajoute des détails qui ne dépendent pas uniquement des plombs. Le choix de la matière répond alors à la fonction de l’ouverture autant qu’à l’effet décoratif recherché.
La peinture sur verre enrichit les compositions par des traits, des ombres et des nuances. La grisaille peut préciser un contour, donner du volume à un motif ou organiser une scène. Le jaune d’argent apporte une modulation colorée particulière après cuisson, tandis que les émaux permettent d’ajouter des tons qui seront fixés par le feu. La peinture à froid offre une autre possibilité pour certains éléments décoratifs. Ces procédés demandent de prévoir la transformation de la matière et la façon dont le décor sera lu lorsque la lumière arrivera par l’arrière du panneau.
La cuisson fait partie de la relation entre le geste et le verre peint. Les produits appliqués sur la surface doivent supporter le passage au four et conserver une intensité compatible avec la composition. Une ligne très légère peut perdre de sa présence, tandis qu’une couche trop dense peut réduire la transparence. Le verrier prépare donc les étapes en tenant compte du verre choisi, de la place de la pièce dans l’ensemble et du résultat attendu après la cuisson. Le dessin, la préparation et le contrôle de la température sont liés : une décision prise au pinceau peut changer la manière dont la lumière se diffusera plus tard.
La restauration répond à une autre logique. Un vitrail ancien peut être fragilisé par des verres cassés, des pièces manquantes, des soudures fatiguées ou un réseau de plomb qui s’est déformé avec le temps. L’atelier indique pouvoir intervenir sur place ou dans ses espaces de travail. Une opération peut commencer par la dépose du panneau pièce par pièce, le nettoyage méticuleux des éléments et le repérage des parties qui doivent être redécoupées. Les verres de remplacement sont recherchés dans des tonalités identiques ou approchantes, avec de la grisaille lorsque le décor l’exige.
Le chemin de plomb structure l’ensemble restauré. Il désigne l’organisation du réseau métallique qui relie les morceaux de verre, suit les lignes du dessin et participe à la solidité du panneau. Refaire ce chemin demande de conserver la logique visuelle et constructive de l’œuvre. Les croisements, les courbes, les angles et les soudures doivent retrouver une cohérence avec les parties préservées. Dans d’autres situations, un repiquage sur place permet de remplacer ou de consolider des pièces endommagées sans déposer tout le vitrail. La méthode dépend de l’état du panneau, de son emplacement et de l’intervention nécessaire.
La conservation de l’authenticité guide les restaurations présentées par l’atelier. Les réalisations concernent des particuliers, des immeubles, des établissements religieux et des bâtiments protégés. Parmi les chantiers mis en avant figurent la restauration d’une rosace de la chapelle Saint-Marc à Lyon, des interventions à l’église Saint-Irénée, à l’église des Chartreux et sur la Villa Magini, ainsi qu’un travail à la chapelle de la Cité internationale de la gastronomie et du vin à Dijon. Ces contextes montrent la diversité des supports et des histoires auxquelles le vitrail doit rester accordé.
La qualification d’habilitée Monuments historiques s’inscrit dans cette relation avec le patrimoine. Elle correspond à une exigence de qualité professionnelle et à un engagement dans la sauvegarde des ouvrages anciens, comme le rappelle la présentation de l’atelier. Une intervention sur un édifice protégé demande d’observer les matériaux, les traces de fabrication, les réparations précédentes et la place du panneau dans l’architecture. Le geste de restauration ne cherche pas à uniformiser toutes les parties : il vise à stabiliser, nettoyer, compléter ou remonter l’ensemble en conservant les informations portées par les éléments anciens.
La création architecturale trouve aussi une place centrale dans le travail lyonnais. L’atelier réalise des portes et des fenêtres, des cloisons intérieures, des verrières, des impostes et des panneaux pour des montées d’escalier. Un vitrail peut séparer deux espaces sans construire une paroi opaque, filtrer un vis-à-vis, accompagner un hall d’immeuble ou apporter une présence colorée dans une chambre d’enfant. La composition se construit avec les dimensions du support et avec les usages de la pièce. Une création lumineuse doit être regardée dans son environnement, en tenant compte des variations du jour et des éclairages présents.
Les miroirs décorés et les objets en vitrail prolongent cette recherche hors des baies. Le verre peut devenir un élément de décoration intérieure, un panneau indépendant ou une pièce destinée à être observée de près. Les dimensions, les bords, les supports et le mode de fixation prennent alors une place particulière. Un objet qui n’est pas pris dans une menuiserie doit conserver sa stabilité et pouvoir être installé sans masquer le dessin. La relation entre l’image, le reflet, la transparence et la matière crée une lecture différente de celle d’un vitrail placé devant une ouverture.
Les luminaires Tiffany forment une autre famille de créations. L’atelier présente des lampes sur pied, des appliques et des suspensions, dans des modèles classiques ou modernes, ainsi que des réalisations sur mesure. Le projet peut être défini à partir du verre, de la forme, du thème et de la dimension. Un abat-jour composé de pièces colorées n’est pas seulement un décor lorsqu’il est éteint : une fois la lumière allumée, les textures et les transparences changent l’ambiance de la pièce. La structure doit soutenir le verre, tandis que le dessin doit suivre le volume de la lampe et garder une lecture équilibrée.
La technique Tiffany repose sur l’assemblage de pièces de verre entourées d’un ruban métallique puis soudées. Cette méthode convient aux objets et aux volumes qui demandent une ligne de construction continue. La découpe, le meulage, l’ajustement et la soudure doivent être maîtrisés pour que les raccords restent réguliers. Une différence d’épaisseur ou un bord mal préparé peut perturber la forme générale. Le choix du verre intervient avant l’assemblage, car une texture ou une opacité particulière peut modifier la quantité de lumière diffusée par la lampe.
L’atelier propose également des stages de découverte du vitrail Tiffany. Les participants choisissent une composition, sélectionnent des verres et des couleurs, puis découvrent les étapes nécessaires à la réalisation d’un panneau. L’initiation permet de comprendre la place du dessin, la précision de la coupe, le travail des bords, l’assemblage et la soudure. Elle donne aussi une perception concrète du temps nécessaire pour transformer plusieurs fragments en un objet cohérent. La pratique encadrée rend accessible un savoir-faire qui demande de respecter les arêtes, les outils et les propriétés du verre.
La transmission passe ainsi par l’observation de la matière. Le verre est rigide mais fragile, et la coupe suit une ligne préparée plutôt qu’une force imposée. Le meulage affine les contours, mais il ne remplace pas une coupe correctement pensée. Le ruban ou le plomb doit épouser le bord sans déformer le dessin. La soudure relie les pièces et participe à la stabilité, tout en restant visible dans la composition. Ces étapes montrent pourquoi un vitrail est à la fois une image, une construction et un objet soumis à la lumière.
À Lyon, Myriam Boulay développe avec l’Atelier Vitrail Le Cygne une pratique qui relie la création contemporaine, la restauration patrimoniale et les objets de verre. Vitraux pour portes, fenêtres et cloisons, peintures sur verre, luminaires Tiffany, miroirs, décorations et restaurations répondent à des usages différents, mais reposent sur la même attention au dessin, à la couleur, à l’assemblage et à la durée. Son parcours de formation, la succession de Paul Bunichon et l’habilitation Monuments historiques donnent à l’atelier une identité où la transmission des gestes accompagne la capacité à inventer des pièces adaptées à chaque lieu.