À Mortefontaine, dans l’Oise, Yann Ehlyass développe Au Bois d’Ehlyass autour du chantournage, de la sculpture et de la création d’objets en bois. Issu d’une formation artistique et d’un parcours d’illustrateur-graphiste, il pratique le chantournage en autodidacte depuis 2010. Le dessin constitue le point de départ de nombreuses pièces, mais il n’est pas une fin en soi : il est traduit en découpe, en relief, en gravure ou en assemblage pour devenir un objet que l’on peut regarder, utiliser ou offrir. Les thèmes animalier, fantastique et historique nourrissent une production qui va du petit accessoire à la sculpture décorative.
Du dessin au volume
Le chantournage consiste à découper le bois suivant un tracé qui peut comporter des courbes, des évidements et des détails très fins. Pour Yann Ehlyass, chaque réalisation commence par un modèle ou un dessin. Cette étape donne la silhouette générale, les espaces qui seront conservés et ceux qui seront retirés. Elle permet aussi de réfléchir à la manière dont la pièce tiendra debout, sera accrochée ou s’intégrera à un autre élément. Un dessin destiné à un pendentif ne se compose pas comme celui d’une sculpture murale ou d’un présentoir.
La découpe externe établit le contour du motif. Lorsque la forme comporte des parties ajourées, le travail se poursuit par le perçage et la découpe interne. Ces ouvertures demandent de guider la lame dans un espace étroit sans fragiliser les parties qui resteront en place. Le chantournage joue ainsi sur le plein et le vide. Une aile, une oreille, une branche ou un entrelacs peut être rendu lisible par une fine bande de bois laissée entre deux évidements. La lumière traverse alors la pièce et souligne la précision du dessin.
La scie à chantourner offre la liberté de suivre des lignes irrégulières avec une grande finesse. Yann Ehlyass décrit l’usage d’une scie Hegner Multicut 1, commandée au pied, accompagnée d’un aspirateur et de lames de différentes tailles. La stabilité de l’outil aide à maintenir la trajectoire, tandis que la commande au pied laisse les mains concentrées sur le support et le déplacement du bois. Le choix de la lame dépend de l’épaisseur, du rayon d’une courbe et du niveau de détail recherché.
Le chantournage ne s’arrête pas lorsque la silhouette est détachée de la planche. Le ponçage adoucit les bords et prépare les surfaces. Des limes et du papier abrasif permettent de reprendre les angles, de nettoyer un évidement ou de faire disparaître une marque laissée par la coupe. Certaines créations reçoivent ensuite une sculpture au moyen d’un outil rotatif, une gravure ou une pyrogravure. Ces opérations donnent du relief au bois et permettent de distinguer une aile, une fourrure, un motif décoratif ou un détail architectural.
Choisir et révéler les bois
La matière participe directement à l’identité des œuvres. Le hêtre peut offrir une base claire et régulière, tandis que le sapelli apporte un brun plus profond. Le noyer, le platane, le poirier, le chêne, l’if, l’érable ou le wengé présentent chacun une couleur, un veinage et une densité différents. Une même silhouette change de caractère lorsque le bois est clair, moucheté, sombre ou traversé de nuances. Le choix ne sert donc pas uniquement à obtenir une résistance suffisante : il contribue au dessin final.
Certaines pièces associent plusieurs essences. Un animal, un dragon ou une figure historique peut être découpé dans un bois clair puis posé sur une base plus sombre. Le contraste sépare les plans et rend la silhouette plus lisible. Une boîte peut réunir un couvercle en if et un corps en sapelli ; une sculpture murale peut associer hêtre et sapelli pour faire ressortir une forme. Lorsque la couleur du veinage devient le principal décor, la finition reste suffisamment mesurée pour que le bois conserve sa présence.
Le travail manuel laisse apparaître des variations naturelles. Deux morceaux provenant de la même essence ne portent pas exactement les mêmes motifs. La teinte d’un platane moucheté, les lignes d’un noyer ou les marques d’un érable échauffé peuvent modifier l’apparence d’une pièce par rapport à une photographie. Cette singularité est particulièrement visible sur les créations qui combinent bois et pierre. La matière minérale ajoute une couleur ou un reflet, tandis que le bois apporte la structure et la chaleur du support.
Les finitions sont choisies selon l’usage et le rendu souhaité. Un bois peut rester brut pour être peint, verni ou huilé par la suite. Une finition huilée approfondit souvent la teinte et protège la surface sans faire disparaître le veinage. Une cire ou une huile naturelle peut accompagner une sculpture décorative. Pour les objets manipulés, la régularité du ponçage et la douceur des bords comptent autant que l’aspect visuel. L’objet doit rester agréable à prendre en main et conserver la netteté de ses détails.
Animaux, créatures et formes murales
Les animaux occupent une place centrale dans l’univers d’Au Bois d’Ehlyass. Renard, loup, chat, hippocampe, salamandre, sanglier, papillon, chouette, corbeau ou hérisson apparaissent sous forme de sculptures, de silhouettes murales, de pendentifs et de petits objets. Le chantournage permet de simplifier une anatomie en une ligne reconnaissable, puis la sculpture et la gravure ajoutent des accents. Un renard peut être défini par l’inclinaison de son museau et la courbe de sa queue ; un hippocampe par son profil et son enroulement ; un corbeau par le rythme de ses ailes et de ses entrelacs.
Les sculptures murales montrent particulièrement bien le rapport entre découpe et espace. Une pièce comme l’hippocampe est réalisée en hêtre et sapelli, puis reçoit une finition huilée et une attache destinée à l’accrochage. Le support mural doit rester discret pour que le motif semble se détacher de la paroi. La faible épaisseur de certaines formes renforce le rôle du contour, des évidements et des reliefs. L’objet se découvre de face, mais les ombres portées changent lorsque la lumière se déplace.
Les motifs historiques et fantastiques ouvrent une autre direction. Des corbeaux d’inspiration viking, des drakkars, des scarabées égyptiens, des figures d’Anubis ou des symboles anciens sont redessinés pour être adaptés au bois et au format de la pièce. Le travail ne consiste pas à reproduire mécaniquement un artefact : il faut simplifier les détails, répartir les masses et prévoir les zones qui resteront assez solides après la découpe. La référence historique devient ainsi un point de départ pour une création destinée à un intérieur contemporain.
La pierre peut être intégrée à certaines sculptures. Une labradorite, une obsidienne, une aventurine, un quartz rose ou une autre pierre naturelle devient un point de lumière au milieu du bois. L’emplacement de l’inclusion doit être préparé avant le collage. Une cavité trop large fragilise le support ; une cavité trop étroite ne permet pas à la pierre de trouver sa place. Le choix du bois et celui de la pierre se répondent par leurs teintes, leurs reflets et leurs dimensions.
Les motifs peuvent aussi être peints ou gravés. Les créations inspirées de l’univers animalier gagnent alors en profondeur grâce à une différence entre une surface unie et un relief travaillé. La pyrogravure permet de tracer des lignes sombres, des écailles, des entrelacs ou des détails de texture. La peinture peut souligner une partie du dessin sans couvrir entièrement les fibres. Chaque ajout modifie la manière dont le regard circule entre la silhouette, le veinage et les zones d’ombre.
Des objets qui accompagnent le quotidien
Au Bois d’Ehlyass ne se limite pas aux sculptures. Le chantournage est aussi employé pour réaliser des objets utilitaires et décoratifs : boîtes, coffrets, pots à crayons, présentoirs, supports de téléphone, patères, porte-clés, pendentifs et suspensions. La fonction impose alors des contraintes précises. Un coffret doit recevoir un couvercle qui s’ajuste, une charnière et une fermeture. Un support de téléphone doit maintenir l’appareil tout en laissant passer le câble de recharge. Un présentoir doit rester stable malgré le poids de ce qu’il accueille.
Les boîtes artisanales associent souvent une forme découpée à un assemblage de bois massifs. Un couvercle en forme de feuille, d’ours ou de violon transforme le contenant en objet à regarder avant même son ouverture. La profondeur utile, l’épaisseur des parois et la solidité de la liaison déterminent sa capacité à protéger de petits objets. La finition huilée fait ressortir les contrastes entre les essences et permet de conserver une relation tactile avec le bois.
Les présentoirs destinés aux bijoux, aux cartes ou aux porte-clés prolongent le travail graphique. Une silhouette de dragon, de renard, de cheval ou d’oiseau peut devenir le support d’objets plus petits. L’artisan adapte la base, le socle et les points de maintien pour que l’ensemble reste lisible et pratique. Les pots à pinceaux ou à crayons suivent la même logique : une forme animalière ou fantastique entoure un volume creux, en associant une fonction de rangement à une présence sculptée.
Les supports de téléphone font entrer le chantournage dans un usage très courant. Le dessin peut représenter un ange, un chat, une guitare, un violon, une batterie ou un saxophone. Une ouverture prévue dans la base laisse passer le câble de charge. Le choix du bois et de la finition modifie l’apparence de l’objet, mais la construction doit d’abord garantir une assise stable. Le chantournage donne alors une identité à un accessoire qui serait souvent réduit à une simple pièce technique.
Les bijoux et les amulettes demandent une découpe encore plus fine. Un pendentif doit rester léger, présenter des bords réguliers et supporter une attache ou un cordon. Une pierre peut être collée dans une cavité creusée dans le bois. Le veinage et la couleur deviennent visibles à une échelle proche du corps, tandis que le relief se perçoit au toucher. Les motifs de chat, de chouette, de lion ou de renard permettent de porter une petite forme sculptée plutôt qu’un simple dessin plat.
La personnalisation comme dialogue
Yann Ehlyass propose également des objets personnalisés. Un prénom peut être intégré à une sculpture de chat ou de renard, gravé ou découpé dans le motif selon la construction retenue. La personnalisation ne consiste pas seulement à ajouter un texte à une pièce existante : elle peut demander de modifier la longueur d’une forme, de choisir un bois compatible avec la lisibilité des lettres ou de prévoir une place suffisante pour une pierre et une attache.
Une demande sur mesure commence par une idée, une image ou un usage. Le sujet peut être un animal, un instrument de musique, un symbole, un élément historique ou une silhouette destinée à un décor. Le dessin doit ensuite être ajusté à l’épaisseur disponible, à la résistance des parties fines et au type de finition. Un motif prévu pour une petite pièce ne peut pas toujours être agrandi ou réduit sans être redessiné. Les proportions, les évidements et les zones d’appui évoluent ensemble.
Cette relation entre illustration et fabrication est nourrie par le parcours de Yann Ehlyass. Ses années d’illustrateur-graphiste lui ont donné l’habitude de construire des silhouettes, des personnages et des compositions. Le chantournage ajoute à cette pratique la résistance du matériau, l’épaisseur, le sens du fil et la nécessité de transformer une image en objet. Le dessin doit donc anticiper les contraintes du bois tout en conservant une expression claire.
Un savoir-faire reconnu et ancré dans l’Oise
Yann Ehlyass est reconnu comme Artisan d’Art depuis le 9 février 2023. Au Bois d’Ehlyass figure également parmi les artisans annoncés par le Département de l’Oise pour le Marché Artisanal de l’Oise en 2026. Cette présence relie l’atelier à un territoire où les manifestations artisanales permettent de montrer des pièces, d’expliquer les gestes et d’échanger avec le public. Le chantournage se comprend particulièrement bien lorsqu’il est possible d’observer le dessin, la découpe et les finitions qui transforment progressivement une planche.
Mortefontaine appartient au département de l’Oise et à la région Hauts-de-France. Depuis cette commune, Au Bois d’Ehlyass propose des créations qui associent précision graphique, sculpture et usages variés. Le catalogue visible en ligne réunit des petits objets, des accessoires, des éléments de décoration et des pièces inspirées de cultures ou de périodes historiques. Les caractéristiques, les essences et les possibilités de personnalisation dépendent de chaque modèle et du projet présenté.
Le travail de Yann Ehlyass se reconnaît dans cette circulation entre l’image et la matière. Une découpe d’animal peut devenir une sculpture murale ; une silhouette historique peut prendre place sur un socle ; un dessin peut se transformer en boîte, en support ou en bijou. Le bois garde ses veines, ses différences de teinte et ses traces de finition, tandis que le chantournage apporte des contours nets, des espaces ajourés et des reliefs. Chaque objet se construit ainsi dans un équilibre entre imagination, outil et matière.
À Mortefontaine, Au Bois d’Ehlyass fait vivre un chantournage personnel, animé par les thèmes du vivant, du fantastique et de l’histoire. Yann Ehlyass dessine, découpe, ponce, sculpte, grave, assemble et finit ses créations à la main. Hêtre, sapelli, noyer, platane, poirier, chêne, if ou autres essences deviennent des supports pour des animaux, des figures, des objets de rangement, des accessoires et des pièces personnalisées. Le résultat conserve la précision du dessin tout en révélant ce que seule la fabrication en bois peut apporter : une épaisseur, un toucher, une ombre et une variation propre à chaque réalisation.