À Aynac, dans le Lot, Hélène Lersteau développe l’atelier Au fil des branches autour de la vannerie et du tressage de végétaux. Sa pratique s’inscrit dans un parcours qui a commencé par une formation d’ergothérapeute, puis par une exploration du bois en ébénisterie et en sculpture ornemaniste. Depuis 2022, elle poursuit cette découverte de la matière avec la vannerie, principalement réalisée en osier brut. Elle récolte également, au fil de ses promenades, d’autres végétaux qu’elle tresse selon ses inspirations : clématite des haies, massette, noisetier, ronce, fragon ou lierre.
La vannerie repose sur une relation directe entre la main, la fibre et la forme. Un brin n’est pas une matière uniforme : il possède une souplesse, une longueur, une courbure et une résistance qui influencent le tressage. L’osier brut conserve une présence végétale particulièrement lisible. Ses nuances, ses irrégularités et sa façon de se plier donnent au panier ou à l’objet une texture qui ne ressemble pas à celle d’un matériau industriel. Le travail consiste à choisir les brins, à les orienter et à les assembler pour faire naître une structure stable, tout en laissant apparaître le caractère de la matière.
Hélène Lersteau associe cette activité à un goût marqué pour le naturalisme, les randonnées et les cueillettes. Les végétaux rencontrés dans le paysage deviennent ainsi des éléments possibles du travail, chacun avec sa propre silhouette. Une clématite, une ronce ou un lierre ne se comportent pas comme un brin d’osier. Leur taille, leur souplesse et leur texture demandent une observation attentive avant le tressage. La collecte ne fournit pas une matière interchangeable : elle ouvre une recherche sur la manière dont un végétal peut être conservé, courbé et associé à d’autres éléments dans un objet.
Cette attention aux plantes donne à la pratique une dimension de découverte. Les végétaux ne sont pas seulement choisis pour leur résistance. Ils apportent aussi des lignes, des épaisseurs et des effets de surface. Une fibre fine peut souligner un motif ; une tige plus nerveuse peut renforcer une bordure ; une branche peut devenir un arceau ou une poignée. La forme finale dépend alors du dialogue entre ce que la matière permet et ce que la vannière souhaite construire. Le résultat conserve quelque chose de la plante tout en devenant un panier, un objet décoratif ou un élément d’usage.
Le parcours d’Hélène comprend également l’ébénisterie et la sculpture ornemaniste. Ces expériences ont nourri son regard sur le volume, la structure et la précision du geste. En vannerie, la construction se lit dans la répétition des brins et dans la tension qui maintient l’ensemble. La régularité d’un tressage n’empêche pas la présence de variations ; elle donne un rythme qui accompagne la forme. La recherche esthétique porte sur les proportions, l’ouverture, la densité des parois et la manière dont l’objet se tient lorsqu’il est posé ou porté.
L’atelier présente notamment un panier demi-lune. Sa silhouette courbe appelle une organisation particulière des brins et des bordures. Un panier de cette forme peut accompagner un usage quotidien tout en conservant une présence décorative. Les anses, lorsqu’elles sont en cuir, apportent un contraste de matière et une prise en main différente de celle d’une poignée entièrement végétale. La rencontre entre le tressage et le cuir modifie la perception de l’objet : la fibre construit le corps, tandis que l’anse souligne sa fonction et son rapport au geste.
Le panier de cueillette constitue une autre réalisation présentée par Au fil des branches. Son nom renvoie à une situation concrète : transporter ce qui a été récolté lors d’une promenade ou d’une activité au jardin. La forme doit donc offrir une capacité adaptée, une prise en main pratique et une structure suffisamment stable pour recevoir son contenu. Le tressage devient un moyen de fabriquer un objet utile sans renoncer à la qualité du détail. Les bordures, les points de liaison et les poignées font partie de l’expérience d’usage autant que de l’apparence générale.
La vannière présente aussi un panier à anses en cuir. Cette association permet de travailler le contraste entre la souplesse relative du cuir et la rigidité progressive du tressage. Les anses accompagnent le portage, tandis que le corps tressé donne au panier sa forme et sa capacité. Leur fixation doit s’intégrer à la structure et rester cohérente avec les lignes du tressage. Le choix d’une matière différente ne sert donc pas uniquement à décorer l’objet. Il crée une relation entre le toucher, la résistance et la façon dont le panier est utilisé.
La vannerie sur arceaux fait partie des techniques qu’Hélène Lersteau développe au fil de ses stages. Les arceaux servent à organiser la forme et à donner un cadre au tressage. Ils peuvent dessiner le contour d’un panier ou soutenir une construction plus ouverte. Le fond catalan et le fond des Asturies appartiennent également aux méthodes qu’elle étoffe. Chaque type de fond constitue un départ différent pour les parois : il influence la répartition des brins, la stabilité de la base et la manière dont l’objet s’élève.
La vannerie traditionnelle française complète cet apprentissage. Elle réunit des gestes et des constructions qui se transmettent par la pratique, l’observation et la répétition. En se formant auprès d’autres vanniers et vanniers plus expérimentés, ainsi qu’à l’école de vannerie de Fayl-Billot, Hélène Lersteau enrichit progressivement son répertoire. Cette progression laisse une place à l’essai. Une nouvelle technique peut être abordée pour comprendre sa construction, puis adaptée à une matière ou à une forme particulière. Le savoir-faire se développe ainsi par étapes, dans un échange entre méthode et expérience personnelle.
Les objets de l’atelier peuvent être utilitaires ou décoratifs. Un panier de cueillette répond à une fonction précise ; un panier demi-lune peut s’intégrer à la maison par sa silhouette ; un assemblage de végétaux peut mettre en avant une texture ou une ligne. La frontière entre usage et décoration reste souple en vannerie. Un objet utile peut être choisi pour sa beauté, tandis qu’une pièce décorative repose sur une construction réelle, avec une base, des parois et des points de tension. La qualité du tressage se découvre dans la main autant que dans le regard.
Au fil des branches propose aussi des animations d’initiation et de découverte des végétaux à tresser. Ces actions peuvent se dérouler en milieu scolaire ou lors de marchés et de fêtes. Elles permettent d’approcher la matière avant même de réaliser un objet complexe. Reconnaître une tige, observer sa souplesse, comprendre le sens du tressage et suivre une forme sont autant d’étapes qui rendent le geste accessible. La découverte ne consiste pas seulement à fabriquer rapidement ; elle invite à regarder les végétaux, à comprendre leur diversité et à percevoir la relation entre collecte, préparation et assemblage.
Les animations donnent également une place à la transmission. Un participant peut découvrir qu’un même végétal change de comportement selon sa préparation ou son orientation. Il peut observer comment une base organise la suite du travail et comment la tension maintient une paroi. Ces notions rendent visible la logique du métier : la forme ne naît pas d’un simple entrecroisement, mais d’une succession de décisions sur la matière, le rythme et la structure. Hélène Lersteau partage ainsi un univers où le paysage, le geste et l’objet restent étroitement liés.
À Aynac, Hélène Lersteau construit une pratique de vannière nourrie par l’osier brut, les végétaux récoltés et une formation continue. L’ébénisterie et la sculpture ornemaniste lui apportent une sensibilité au volume ; les stages et l’école de vannerie élargissent ses techniques ; les randonnées et les cueillettes ouvrent une relation attentive aux plantes. Les paniers demi-lune, les paniers à anses en cuir et les paniers de cueillette montrent trois façons de faire varier la forme et l’usage. Les animations scolaires et les rendez-vous de découverte prolongent ce travail par la transmission. Dans chaque objet, le tressage transforme une matière végétale en une construction durable, lisible et liée au geste qui l’a fait naître.