Sur le Larzac, Johanna Dambrin développe Au tour de la matière, un atelier de créations où le métal devient lampe, bijou et pièce unique. La bronzière d’art travaille principalement le laiton et le cuivre, tout en donnant une nouvelle vie à d’anciens couverts en argent ou en métal argenté. Son approche associe la force et les reflets du métal à d’autres matières, notamment le textile et le papier japonais. Les créations sont pensées et fabriquées à la main, avec une attention portée à la forme, à la combinaison des surfaces et à la manière dont l’objet prend place dans la vie quotidienne.
Le parcours de Johanna Dambrin commence dans une ferme du plateau du Larzac, où elle découvre tôt la valeur du geste et du travail concret. Admise à l’École Boulle à Paris, elle y suit cinq années d’études et obtient un diplôme des métiers d’art dans l’option tourneur-bronzier. Cette formation lui donne une connaissance des outils, des métaux et des opérations de mise en forme. Après une expérience dans un atelier, elle revient vivre sur le plateau et choisit de consacrer son savoir-faire à des pièces personnelles, fabriquées en petite quantité et adaptées à une recherche de matière.
Le tournage donne au métal des formes régulières et maîtrisées. Une pièce de laiton ou de cuivre est installée sur un tour, puis travaillée progressivement pour obtenir un volume, un bord ou une surface. Le geste doit suivre la matière et maintenir la précision du profil. Le tournage peut produire un élément de lampe, un composant de bijou ou une partie d’un objet décoratif. La forme apparaît par étapes, à mesure que l’outil retire de la matière et révèle la géométrie recherchée.
Le cintrage introduit des courbes et modifie la relation entre la plaque, le fil ou le tube et l’espace. Une ligne droite peut devenir un cercle, un arc ou une boucle qui accompagne un abat-jour, un bracelet ou un élément de structure. La courbe doit rester régulière sans perdre la tension qui donne son caractère à la pièce. Le métal réagit selon son épaisseur et sa nature ; Johanna Dambrin adapte donc son geste aux dimensions de l’élément et au rôle qu’il jouera dans l’objet fini.
Le perçage ouvre des passages, prépare une fixation ou compose un motif. Sur un bijou, un perçage peut alléger une forme et permettre l’assemblage de plusieurs parties. Sur une lampe, il peut participer à la construction de la structure ou à la diffusion de la lumière. Chaque ouverture modifie la résistance et l’équilibre de la pièce. Le positionnement est donc choisi en tenant compte de la ligne générale, du poids et des manipulations prévues.
Le brasage réunit des éléments métalliques par un apport qui permet de créer une liaison propre et durable. Cette opération demande de préparer les surfaces, de contrôler la chaleur et de positionner les pièces avec précision. Sur une lampe, le brasage peut fixer une structure et maintenir la silhouette de l’ensemble. Sur un bijou, il permet de rapprocher des éléments de petite dimension sans alourdir la composition. La qualité du raccord se juge autant à sa solidité qu’à sa discrétion dans la forme finale.
L’assemblage est au cœur de la démarche. Johanna Dambrin aime réunir plusieurs métaux et faire dialoguer leurs couleurs, leurs brillances et leurs textures. Le laiton apporte une tonalité chaude, tandis que le cuivre peut présenter une profondeur et des variations qui évoluent avec la lumière. Un ancien couvert possède une forme et une patine qui témoignent de son usage précédent. Le choix de l’élément récupéré, sa découpe et sa place dans la composition permettent de conserver une trace de son origine tout en lui donnant une fonction nouvelle.
Les anciens couverts en argent ou en métal argenté fournissent une matière singulière pour les bijoux. Une fourchette, une cuillère ou un autre élément peut être transformé en bracelet après découpe, mise en forme et polissage. L’objet n’est plus regardé pour son usage de table, mais pour sa courbe, son épaisseur, sa gravure éventuelle et son potentiel de port. La réutilisation ne cherche pas à masquer l’histoire du couvert. Elle fait de cette histoire un élément du bijou et donne à la pièce une relation particulière avec la mémoire domestique.
Le bracelet réalisé à partir d’une ancienne fourchette illustre ce principe. La matière est prélevée sur un objet existant, puis travaillée pour épouser le poignet. La forme doit rester agréable au contact de la peau et suffisamment stable pour être portée. Les bords sont préparés afin de ne pas gêner le geste, et la courbure est adaptée à la fonction de parure. L’ancienne fourchette devient ainsi une pièce portable, où l’éclat du métal et la trace de l’objet d’origine se rencontrent.
Les bijoux en laiton et en cuivre prolongent l’exploration des métaux. Une bague, un bracelet ou un pendentif peut être construit à partir d’une ligne simple, d’une plaque découpée ou d’un assemblage. La couleur du métal change selon la lumière et accompagne les mouvements du corps. Le dessin doit équilibrer légèreté, présence et confort. Un bijou fabriqué à la main garde des nuances liées au travail de la matière, depuis la coupe jusqu’au polissage et à l’assemblage.
Les lampes constituent un domaine privilégié de l’atelier. Le laiton et le cuivre y jouent à la fois un rôle structurel et décoratif. Une lampe doit soutenir ses éléments, laisser la lumière se diffuser et s’intégrer à l’espace où elle sera posée ou suspendue. La forme du pied, de la structure et de l’abat-jour établit une relation entre la matière et l’éclairage. Les reflets du métal changent selon l’intensité lumineuse et l’angle de regard, tandis que les parties opaques ou ajourées modifient les ombres projetées autour de l’objet.
Un abat-jour en papier japonais apporte une texture différente à la composition. Le papier filtre la lumière d’une manière plus douce et introduit une surface légère face au métal. La construction doit tenir compte de la fragilité du papier, des points de contact et de la chaleur produite par l’éclairage. Le métal peut former une armature fine qui donne sa silhouette à l’abat-jour, tandis que le papier japonais enveloppe la lumière et rend la présence de la lampe plus calme. L’association des matériaux repose sur leurs différences plutôt que sur une imitation uniforme.
Le métal est observé selon son comportement et son aspect. Le cuivre peut présenter des nuances qui se développent avec le temps, alors que le laiton conserve une tonalité dorée et une lumière particulière. Le polissage révèle les surfaces, mais une finition plus mate peut laisser une lecture plus douce du geste. Une arête, une marque de coupe ou une transition entre deux pièces participe à la personnalité de l’objet. Les choix de finition sont liés à la place de la matière dans la composition et à la manière dont l’objet sera touché, porté ou regardé.
Les pièces uniques permettent de travailler à partir d’une matière disponible plutôt que de suivre un modèle identique. Une forme de métal peut suggérer une courbe, une lampe ou un bijou. Un ancien couvert peut imposer une largeur et une ligne qui orientent le résultat. Le travail consiste alors à écouter ce que le matériau permet, à choisir les opérations nécessaires et à maintenir une cohérence entre l’idée de départ et la pièce terminée. La fabrication manuelle conserve les petites variations qui rendent chaque objet distinct.
La création textile et métal occupe aussi une place dans l’univers actuel de Johanna Dambrin. Son site professionnel présente des pièces uniques pensées et fabriquées à la main sur le Larzac, autour de la douceur du textile et de la force du métal. Cette relation ouvre un autre registre de formes : une matière souple peut accompagner une structure rigide, adoucir un contact ou apporter une couleur différente. Le métal ne perd pas sa présence, mais il est intégré à une composition où les textures, les poids et les mouvements se répondent.
Le choix d’associer plusieurs matières demande de coordonner leurs propriétés. Un textile se plie et absorbe la lumière autrement qu’une plaque de cuivre. Un papier japonais se marque plus facilement qu’un métal et doit être protégé au moment de l’assemblage. Les points de liaison deviennent visibles ou sont intégrés à la composition selon le résultat recherché. La créatrice peut ainsi jouer sur le contraste entre un élément brillant et une surface mate, entre une ligne ferme et une partie plus souple, ou entre la résistance d’une structure et la fragilité d’un revêtement.
Le rapport au territoire est présent dans la manière de travailler. Johanna Dambrin est revenue sur le plateau du Larzac après ses études et y fabrique ses œuvres. Le paysage et le rythme du lieu ne sont pas transformés en décor automatique ; ils forment le cadre dans lequel une activité de création s’est installée. La matière reste au centre, mais le choix de produire sur le plateau relie la pratique du métal à une vie locale et à une échelle artisanale. Les pièces peuvent ensuite être présentées dans des espaces de vente ou lors de rencontres dédiées aux métiers d’art.
La lumière est une préoccupation particulière pour les lampes. Une structure en laiton ou en cuivre ne renvoie pas la lumière comme un textile ou un papier. Une surface polie peut accentuer un reflet, tandis qu’une partie plus sombre absorbe davantage le regard. Les éléments de l’abat-jour organisent la diffusion et les ombres. La conception ne se limite donc pas à l’apparence éteinte de l’objet : elle tient aussi compte de son comportement une fois allumé, de la place de l’ampoule et de la relation avec les murs ou les meubles voisins.
Le travail du bijou demande une précision à une autre échelle. Les pièces sont plus petites, mais chaque raccord, chaque bord et chaque courbe devient immédiatement perceptible. Le poids doit rester compatible avec le port, et la forme doit accompagner le mouvement du corps. Un bracelet réalisé à partir d’un couvert, une bague en laiton ou un pendentif en cuivre n’ont pas le même contact avec la peau. La créatrice adapte donc la mise en forme et la finition à la destination de la pièce.
La fabrication rassemble des opérations qui se répondent. Couper prépare un contour, cintrer donne une courbe, percer crée un passage, braser fixe l’assemblage et polir révèle la surface. Le tournage apporte une autre géométrie, tandis que l’assemblage permet de construire une forme à partir d’éléments distincts. Aucun geste ne suffit à lui seul à définir l’objet ; c’est leur enchaînement qui donne au métal sa forme, sa fonction et son expression. La précision technique reste au service d’une création lisible et sensible.
Au tour de la matière fait ainsi dialoguer le laiton, le cuivre, les couverts réemployés, le textile et le papier japonais. À travers les lampes, les bijoux et les pièces uniques, Johanna Dambrin transforme la matière par tournage, cintrage, perçage, brasage, assemblage et découpe. Sa formation de tourneur-bronzier, son retour sur le Larzac et sa pratique manuelle donnent une cohérence à des objets de dimensions variées. Le résultat s’adresse aux personnes qui recherchent une création en métal façonnée à la main, une parure singulière ou une lampe dont la structure et la lumière sont pensées ensemble.