À Vallauris, dans les Alpes-Maritimes, Aurore Vienne développe une pratique de la céramique qui relie les objets du quotidien à une recherche attentive sur la forme, la couleur et la matière. Son univers comprend des vases, des contenants, de la vaisselle et des pièces pensées pour le moment du thé. Les créations sont conçues pour être regardées, touchées et utilisées, avec des silhouettes qui donnent à chaque objet une présence propre. Une tasse, une théière ou une assiette garde une fonction claire, mais son profil, son décor et sa relation avec les autres pièces créent aussi une expérience visuelle.
Le parcours d’Aurore Vienne s’est construit par une pratique autodidacte et par une immersion progressive dans le monde de la céramique. Après avoir vécu à Paris, où elle apprend la céramique pendant plusieurs années, elle s’installe à Vallauris. La ville offre un contexte particulier pour une créatrice qui souhaite développer ses propres recherches : la terre y est liée à une histoire artistique forte, mais l’atelier peut aussi accueillir des formes contemporaines et des usages actuels. Aurore Vienne ne cherche pas à répéter un répertoire ancien. Elle se sert de la liberté de la céramique pour construire des pièces personnelles, attentives aux proportions et à la façon dont un objet accompagne un geste.
Les vases et les contenants occupent une place centrale dans son travail. Leur intérêt vient autant de leur volume que de leur capacité à recevoir quelque chose : des fleurs, une branche, de l’eau ou simplement la lumière d’une pièce. Un contenant peut être élancé, arrondi, ouvert par un col étroit ou développé sur une base plus large. Ces différences modifient la manière de le prendre en main et la façon dont le regard entre dans son ouverture. La forme conserve ainsi une dimension pratique, tout en devenant un espace de recherche sur la tension entre intérieur et extérieur, plein et vide, épaisseur et légèreté.
La vaisselle prolonge cette attention au geste. Une assiette accompagne une composition et laisse au décor une surface ouverte. Un bol rassemble la matière et le contenu dans une forme plus enveloppante. Une tasse met en relation une anse, un bord et une prise confortable. Chaque pièce doit trouver un équilibre entre stabilité, proportions et présence. La série peut créer une unité autour d’une même famille de formes, mais les variations de décor ou de couleur permettent à chaque objet de garder un caractère singulier. La table devient alors un lieu où la céramique se découvre par les mains autant que par les yeux.
Le tea-time constitue une collection à part entière dans l’univers présenté par Aurore Vienne. Les théières, tasses et autres pièces associées à ce moment demandent une attention particulière aux relations entre les volumes. Une théière doit accueillir le liquide, permettre le service et conserver une silhouette équilibrée malgré la présence du bec et de l’anse. Une tasse doit s’accorder avec la main et avec le contenant qui l’accompagne. Ces contraintes d’usage ne ferment pas la recherche plastique. Elles donnent un cadre précis à des formes qui peuvent jouer sur la rondeur, la verticalité, le détail d’une poignée ou la continuité d’une ligne.
Le travail de la surface complète celui du volume. Sur une pièce tournée ou modelée, la couleur et le décor peuvent souligner une courbe, accentuer une ouverture ou ralentir le mouvement du regard. Une surface claire laisse mieux apparaître une silhouette, tandis qu’un décor plus marqué donne un rythme à la paroi. La finition peut également modifier la sensation de matière : une zone mate invite à regarder la profondeur et le grain, alors qu’un éclat plus brillant accompagne le passage de la lumière. La céramique devient ainsi une rencontre entre une forme qui se tient dans l’espace et une surface qui se révèle au fur et à mesure qu’on la tourne.
Les pièces d’Aurore Vienne sont destinées à des usages réels, mais elles ne se réduisent pas à une fonction. Un vase vide continue de vivre par son contour et ses proportions. Une assiette peut être utilisée pour un repas ou regardée comme une composition circulaire. Une théière rassemble un savoir-faire de fabrication et un rituel de partage. Cette double nature explique la place de l’art de la table dans son travail : l’objet entre dans la maison sans perdre la singularité attachée à une création artisanale. Les gestes ordinaires deviennent des occasions de retrouver la matière, la couleur et la forme.
La fabrication demande de penser la pièce avant et pendant sa rencontre avec la terre. Le volume doit être préparé pour conserver sa stabilité et supporter les étapes de séchage et de cuisson. Les parties fines, les ouvertures et les raccords exigent une attention régulière. Une anse change la lecture d’une tasse ; un bec modifie l’équilibre d’une théière ; un pied soulève un vase et crée une ombre sous sa base. Ces éléments ne sont pas ajoutés comme de simples accessoires. Ils participent au dessin général et doivent s’accorder avec la fonction pour laquelle l’objet est conçu.
La pratique d’Aurore Vienne s’inscrit aussi dans un dialogue avec d’autres traditions de la céramique. En 2024, la Ville de Vallauris Golfe-Juan a présenté sa sélection pour un séjour de travail d’un mois dans l’atelier de Kazuya Ishida à Bizen, au Japon. Cette expérience devait lui permettre d’approfondir la découverte des techniques traditionnelles de Bizen et de représenter Vallauris dans le cadre du jumelage entre les deux villes. La rencontre est significative pour son parcours : elle met en relation une céramiste installée dans un territoire français reconnu pour la poterie avec une autre culture de la terre, sans confondre les deux histoires ni les deux pratiques.
Son activité s’est également montrée dans plusieurs expositions et présentations collectives. Son parcours public mentionne notamment la Biennale des Céramistes d’Art de Vallauris en 2024, une exposition consacrée au Japon à Vallauris en 2025, ainsi que des manifestations à Vienne et à Rome les années précédentes. Ces rendez-vous donnent à voir des pièces qui peuvent être appréciées individuellement, mais aussi dans un ensemble. Les objets de table, les contenants et les séries de formes prennent alors place dans un dialogue avec d’autres regards, d’autres architectures et d’autres manières de présenter la céramique.
La relation avec Vallauris ne se limite pas à une localisation. Elle offre un cadre de recherche où l’objet utilitaire peut être rapproché de la sculpture et de la culture céramique. Aurore Vienne travaille dans cette continuité tout en gardant un vocabulaire actuel. Ses collections s’organisent autour de pièces que l’on peut utiliser et conserver, mais elles reposent aussi sur une recherche de silhouette. Le caractère local de l’atelier s’accorde avec une ouverture internationale, visible dans les expositions, les rencontres et le séjour de travail au Japon.
La transmission fait partie des formats proposés autour de l’atelier. Des expériences de découverte permettent d’aborder le modelage, le tournage et les premiers gestes de la terre. Ces pratiques rendent visibles les étapes qui conduisent d’une masse informe à un objet : préparer la matière, centrer ou soutenir, faire monter une paroi, corriger une courbe et accepter le temps du séchage avant les cuissons. L’apprentissage repose sur l’observation et sur le contact direct avec la terre. Il aide à comprendre pourquoi un objet simple en apparence demande de la précision et une attention constante à son équilibre.
Les cours et les stages peuvent aussi être l’occasion de développer un projet personnel. Une personne peut venir avec l’envie de façonner un bol, une tasse, une assiette ou un petit contenant, puis découvrir comment la forme évolue à chaque étape. Les gestes du modelage et du tournage ne produisent pas la même surface ni le même rapport au volume. Les comparer permet d’apprécier la diversité des chemins qui mènent à une pièce céramique. La transmission reste ainsi fidèle à l’esprit de l’atelier : partir d’un usage concret pour ouvrir une recherche sur la forme et la matière.
Le travail sur les contenants et la vaisselle demande une relation attentive à la main. Un objet réussi doit pouvoir être saisi sans hésitation, posé sans instabilité et regardé sous plusieurs angles. Cette exigence influence la hauteur, l’épaisseur du bord, la courbe d’une anse et le poids ressenti. Elle concerne aussi la manière dont plusieurs pièces se répondent autour d’une table ou sur une étagère. La cohérence d’une collection vient moins d’une répétition stricte que d’un accord entre des volumes, des couleurs et des usages qui partagent une même sensibilité.
À Vallauris, Aurore Vienne fait de la céramique un langage qui relie les gestes ordinaires à une recherche artistique. Vases, contenants, vaisselle et pièces de tea-time associent l’attention au service, à la prise en main et à la stabilité avec une exploration des silhouettes, des surfaces et des couleurs. Son parcours autodidacte, son installation dans une ville de tradition céramique, ses expositions et son échange avec Bizen nourrissent une pratique ouverte, sans renoncer à la précision de l’objet. Chaque création trouve ainsi sa place entre usage et contemplation, dans une relation directe avec la terre et avec la personne qui la découvre.