À Puichéric, dans l’Aude, Aux Sens du Bois réunit la menuiserie de style, l’ébénisterie contemporaine, la restauration de mobilier et la décoration intérieure. David et Émilie Liagre y conçoivent des meubles, des agencements, des escaliers et des objets qui associent la précision du travail du bois à une recherche sensible sur les matières et les usages. Leur approche va du projet dessiné pour un intérieur à la conservation d’un meuble ancien, en passant par la marqueterie, les finitions et les pièces uniques.
David Liagre découvre la menuiserie dès l’âge de quatorze ans, au moment où il commence son apprentissage. Ce choix précoce l’amène à parcourir plusieurs domaines du bois. La fabrication d’escaliers lui apprend à travailler avec des volumes et des contraintes d’assemblage ; la menuiserie de style lui donne une attention aux profils, aux proportions et aux détails ; la marqueterie ouvre une voie plus graphique, fondée sur la composition de surfaces et l’accord des placages. Son parcours réunit ainsi la construction, l’ornement et la capacité à adapter une idée à un lieu.
Au fil de sa formation, David obtient plus de dix diplômes reconnus par la profession, du CAP au titre de Maître Artisan. Cette progression accompagne une volonté de comprendre les techniques plutôt que de se limiter à une spécialité unique. En 2019, il obtient le titre de Meilleur Ouvrier de France dans la classe ébénisterie. Le concours lui demande de transformer un dessin et des contraintes précises en un meuble abouti. Son chef-d’œuvre comprend un coffret appelé Boîte à vœux et un meuble vide-poche doté d’un rideau fonctionnel, de tiroirs verrouillés et d’un miroir.
La réalisation de ce meuble de concours a demandé plus de 1 500 heures de travail. Le projet associait des systèmes mécaniques, une courbe à la chaînette, un rideau en carbone, un verrouillage et une construction d’ébénisterie. Cette pièce montre une facette particulière du métier : un meuble peut être un objet d’usage, un exercice de construction et une œuvre de recherche en même temps. Les détails techniques restent intégrés à l’apparence générale, afin que la fonction n’interrompe pas la lecture des lignes et des matières.
Émilie Liagre s’est orientée vers la fabrication et la restauration du mobilier dans un parcours qui associe formation artistique, pratique en atelier et regard décoratif. Elle obtient un Diplôme des métiers d’art option décors et mobiliers, puis poursuit son apprentissage au Château d’Aulteribe. Elle décroche ensuite le Brevet Technique des Métiers Supérieurs avec une spécialité en restauration de meubles. Son expérience complète celle de David par une connaissance attentive des matériaux anciens, des structures et des transformations nécessaires pour rendre un meuble à son usage sans effacer son histoire.
Le duo travaille à partir de l’écoute du projet. Un meuble ou un aménagement commence par une intention, une fonction et un contexte. Il peut s’agir d’une table adaptée à une pièce, d’un escalier qui doit accompagner une architecture, d’un rangement intégré ou d’un objet dont les dimensions sont liées à une collection. Le dessin permet de préciser les proportions, les circulations et la place des matières. Une maquette ou des échantillons peuvent ensuite aider à comprendre le rapport entre le bois, les placages, les papiers, les éléments tressés ou les finitions.
La fabrication suit le passage de l’idée à la matière. Les plateaux de bois bruts sont débités, préparés et assemblés selon la construction retenue. Un meuble massif demande une attention particulière au sens du fil et aux variations du matériau. Les panneaux plaqués permettent d’obtenir d’autres effets de surface, mais ils exigent une préparation régulière du support et une pose précise. Chaque pièce doit trouver sa place dans l’ensemble, avec des jeux suffisants pour accompagner les mouvements du bois et des assemblages capables de durer.
La menuiserie de style conserve une relation avec les formes héritées du mobilier. Les profils, les moulures, les cadres, les pieds et les panneaux ne sont pas de simples ornements : ils participent à la structure et à la manière dont la lumière se pose sur le meuble. Une courbe réussie doit rester régulière, agréable à regarder et cohérente avec les autres lignes. Le travail demande de connaître les outils, les assemblages et les proportions propres aux meubles qui s’inscrivent dans une tradition, tout en pouvant répondre à un intérieur actuel.
L’ébénisterie contemporaine ouvre un autre champ. Les formes peuvent devenir plus sobres, les volumes plus continus et les détails plus discrets. Un meuble peut intégrer une séparation, un rangement, un éclairage ou un élément mobile sans perdre la lisibilité de sa construction. Les matériaux associés au bois apportent des contrastes de texture et de couleur. Le résultat ne cherche pas nécessairement à montrer chaque assemblage ; il peut au contraire privilégier une surface calme, une ouverture précise ou une fonction qui se découvre à l’usage.
Les escaliers demandent une relation étroite entre dessin, sécurité et architecture. La hauteur des marches, la progression de la volée, la forme de la rampe et le choix des finitions influencent le confort du déplacement. Le bois doit s’inscrire dans un espace existant et dialoguer avec les sols, les murs et les ouvertures. Une menuiserie de style peut reprendre des éléments classiques, tandis qu’un escalier contemporain peut chercher une ligne plus légère. Dans les deux cas, la pièce doit rester solide, compréhensible et agréable à emprunter.
La marqueterie permet de construire des images et des rythmes à partir de placages et d’autres matériaux minces. Le dessin est préparé, les essences sont choisies pour leurs teintes et leurs veines, puis les éléments sont découpés et assemblés afin de former une surface cohérente. Les contrastes peuvent être doux ou plus affirmés. Un motif peut accompagner la géométrie d’un meuble, se concentrer sur un panneau ou s’étendre sur une composition plus vaste. La précision du joint, le sens du fil et la finition déterminent la netteté de l’ensemble.
Aux Sens du Bois travaille aussi avec des matières qui prolongent le bois. Les papiers, les bois tressés, les dorures et certains éléments décoratifs peuvent introduire une autre lumière ou une sensation différente au toucher. Ces associations ne sont pas ajoutées pour multiplier les effets ; elles répondent à une intention de décor et à la place du meuble dans la pièce. Une surface tressée peut alléger un panneau, une dorure peut souligner un détail et un papier peut modifier la profondeur d’un compartiment ou d’un fond.
La restauration et la conservation de mobilier d’époque demandent une attitude différente de celle de la création neuve. Le meuble ancien porte des traces de fabrication, d’usage et de transformation. Avant d’intervenir, il faut distinguer ce qui appartient à sa construction, ce qui relève d’une altération et ce qui a été ajouté plus tard. Les choix de colle, de bois, de placage et de finition doivent respecter l’intégrité de l’objet et rester compatibles avec son histoire. Une réparation peut viser à stabiliser une partie, à retrouver une fonction ou à améliorer la lisibilité sans donner au meuble un aspect artificiellement neuf.
Les produits utilisés pour la restauration s’inscrivent dans cette logique de respect. L’atelier indique employer des colles d’origine animale, comme la colle d’os ou de poisson, et des finitions en accord avec l’époque de l’ouvrage, notamment le vernis au tampon ou la matine. Ces choix permettent de rester proche des pratiques du mobilier ancien et de conserver la possibilité d’interventions ultérieures. La restauration ne consiste pas à recouvrir les signes du temps ; elle cherche à transmettre un objet stable, compréhensible et utilisable.
Le choix des bois prend en compte leur aspect, leur durabilité et leur provenance. Aux Sens du Bois met en avant des essences régionales comme le robinier, le châtaignier et le platane. Ces bois peuvent offrir des dessins, des teintes et des qualités mécaniques différentes. Leur utilisation permet de faire entrer dans le mobilier des matières liées au territoire, tout en donnant une place à des ressources parfois moins attendues dans la création contemporaine. La sélection reste liée au projet : une essence ne se choisit pas seulement pour son apparence, mais aussi pour la fonction qu’elle devra remplir.
L’atelier indique également privilégier des bois issus de forêts gérées durablement et des finitions huilées pour certaines surfaces. Une huile peut laisser perceptible le toucher du bois et accompagner son évolution. Sur un meuble, un parquet ou une cuisine, la finition doit trouver un équilibre entre protection, entretien et aspect visuel. Une surface très sollicitée ne se traite pas comme un élément décoratif peu touché. La matière garde ainsi une présence sensible, mais elle reçoit une protection adaptée à l’usage quotidien.
La conception sur mesure permet de répondre aux contraintes précises d’un particulier, d’un décorateur ou d’un professionnel. Les dimensions, les passages, les rangements, les hauteurs et les habitudes de vie sont intégrés dès les premières esquisses. Un meuble peut occuper un espace difficile, prolonger une architecture ou organiser une pièce sans la fermer. Le dessin devient un outil de dialogue : il permet de confronter l’envie, la faisabilité, les matériaux et la manière dont l’objet sera utilisé. Aux Sens du Bois peut ainsi passer d’un meuble isolé à une ambiance intérieure plus complète.
À Puichéric, Aux Sens du Bois réunit l’expérience de David Liagre en ébénisterie, menuiserie de style et travail de la matière, et le regard d’Émilie Liagre sur la restauration, les décors et l’intérieur. Mobilier sur mesure, escaliers, marqueterie, restauration de pièces anciennes et finitions forment un ensemble cohérent, ancré dans les gestes traditionnels mais ouvert aux formes actuelles. Le bois y est considéré comme une matière vivante, capable de porter une structure, une surface, une histoire et un usage durable.