À Loriol-du-Comtat, dans le Vaucluse, Nicole Aynard développe Ayn’Art autour de la gravure sur verre et de la création verrière. Dans son atelier, elle transforme des verres, des bouteilles, des miroirs et des vases en pièces décoratives personnalisées. Le travail s’effectue à la main, pièce après pièce, avec une attention portée au dessin, à la préparation du support et au rendu dépoli obtenu par sablage. Un prénom, une date, un logo, une illustration ou un motif inspiré de la nature peuvent devenir le point de départ d’une réalisation conçue pour un cadeau, une célébration ou un intérieur.
Le parcours de Nicole Aynard donne à cette pratique une histoire singulière. Originaire de Martinique, elle a travaillé pendant trente-trois ans aux Aéroports de Paris avant de se reconvertir dans le domaine du verre. Le travail de cette matière est devenu une passion au moment du premier confinement, puis une nouvelle orientation professionnelle. Elle avait auparavant installé sa démarche artistique à Compiègne en 2017. Son arrivée en Provence a déplacé son environnement de création vers Loriol-du-Comtat, tout en conservant le lien entre peinture, gravure et recherche décorative.
La formation s’est construite par étapes. Nicole Aynard a étudié l’usinage du verre à plat avec un outil électroportatif, la sérigraphie, le façonnage du verre à plat, le thermoformage et le fusing. Elle s’est ensuite initiée à la gravure à l’acide, à la décoration par sablage, au bouchardage et au givrage. Le perfectionnement du thermoformage et du fusing, puis l’émaillage au pistolet, l’argenture et la dorure à la feuille d’or ont élargi ses possibilités. Ces apprentissages ne sont pas employés comme une liste de procédés séparés : ils permettent de choisir une réponse adaptée à la forme du verre, à la lumière et au motif souhaité.
La gravure au sablage constitue le cœur de l’activité présentée par Ayn’Art. Un pochoir protège les zones qui doivent rester transparentes, tandis qu’un abrasif projeté sous pression agit sur la surface découverte. Le verre prend alors un aspect dépoli, avec une différence nette entre les parties préservées et les zones travaillées. Le motif ne repose pas sur une impression ajoutée après coup. Il naît d’une transformation de la surface, préparée et conduite manuellement pour obtenir un trait, une réserve ou une zone plus dense. La précision du dessin et la régularité du geste sont essentielles lorsque le support est courbe ou que la composition doit suivre le volume d’une bouteille ou d’un vase.
Le choix du support influence la conception. Un verre à boire impose de tenir compte de sa prise en main et de la place disponible pour le décor. Une bouteille offre une surface cylindrique qui peut accueillir un dessin continu, un signe ou un paysage stylisé. Un miroir associe la gravure à la réflexion : le motif doit dialoguer avec l’espace qui l’entoure sans gêner la fonction de l’objet. Un vase ou un photophore ajoute une relation avec la lumière, car les zones mates et transparentes ne réagissent pas de la même façon lorsque la pièce est éclairée de l’intérieur ou placée près d’une fenêtre.
Les créations visibles sur le site évoquent la Provence, la botanique et les objets de la table. Des verres décorés de cigales, une coupe, un photophore, une bouteille transformée ou une chope ornée d’un motif de cigale et de branche d’olivier montrent comment un signe régional peut devenir un décor personnel. La gravure reste cependant ouverte à d’autres univers. Un motif peut être préparé pour un mariage, une naissance, un baptême, un anniversaire ou un événement professionnel. La forme du support et l’esprit de l’occasion orientent alors le choix de la composition, des lettres et des éléments figuratifs.
La personnalisation commence par une idée qui peut être très précise ou encore incomplète. Une personne peut arriver avec un prénom, une date, une image ou un logo, mais aussi avec le seul désir d’offrir un objet qui porte une marque personnelle. L’échange permet de choisir le verre, la bouteille, le miroir ou le vase, puis de réfléchir à la taille du décor et à sa place sur le support. Une illustration peut être fournie par le client ou construite avec Nicole Aynard. Le dessin doit rester lisible une fois adapté à la surface et compatible avec les contraintes du sablage.
Le travail préparatoire compte autant que la projection de l’abrasif. Le motif doit être simplifié ou enrichi selon la dimension disponible, les courbes et la distance de lecture. Une typographie très fine ne se comporte pas comme une silhouette végétale ; un logo destiné à un objet professionnel ne demande pas le même équilibre qu’un décor imaginé pour une coupe. Le pochoir devient l’interface entre l’idée et la matière. Sa découpe, sa pose et son maintien conditionnent la netteté des réserves. La gravure s’inscrit ensuite dans ce cadre, avec une profondeur visuelle donnée par le contraste entre verre clair et surface mate.
Ayn’Art emploie aussi la gravure chimique à l’acide et la gravure manuelle à la Dremel. Ces procédés permettent d’explorer des rendus différents de celui du sablage. La gravure à l’acide intervient dans une logique de décoration de surface qui demande une préparation précise et une maîtrise du motif. L’outil électroportatif permet quant à lui de suivre un dessin directement sur le verre, avec un trait dont la présence dépend de la pointe, de la pression et du mouvement. Dans les deux cas, le support impose une progression prudente : le verre ne pardonne pas une reprise improvisée, et chaque choix se voit dans la lumière.
Le thermoformage et le fusing ouvrent un autre champ. Le thermoformage donne du volume au verre par la chaleur ; le fusing permet de fusionner plusieurs éléments ou plusieurs niveaux de verre. L’assemblage commence à froid, avec des morceaux ou de la poudre de verre réunis selon la composition prévue. La cuisson suit ensuite une courbe adaptée au type de verre, à son épaisseur et à la forme recherchée. La montée en température, les paliers de refroidissement et la recuisson participent à la réussite de la pièce. Une mauvaise courbe peut provoquer une casse, une bulle ou une dévitrification. Cette pratique relie donc dessin, matière, moule, chaleur et patience.
La gravure sur verre s’inscrit dans une démarche plus large de création. Nicole Aynard est également artiste peintre, et son site présente des toiles abstraites nourries par des influences caribéennes et provençales. La peinture et le verre ne produisent pas les mêmes effets, mais ils partagent une attention aux couleurs, aux contrastes et à la composition. Sur le verre, la lumière traverse ou accroche la surface ; sur une toile, elle est retenue par les couches de matière. Cette différence permet d’aborder un même motif autrement et de construire un langage visuel où le support participe pleinement à l’œuvre.
L’implantation à Loriol-du-Comtat donne à Ayn’Art un cadre provençal clairement revendiqué. La lumière du Vaucluse accompagne l’observation des transparences, des reliefs et des teintes. Les motifs de cigale, d’olivier ou de végétation ne sont pas de simples ornements ajoutés à un objet : ils expriment un rapport au territoire et à ses images familières. D’autres demandes peuvent naturellement s’éloigner de cet imaginaire et privilégier une initiale, une scène, une forme géométrique ou un dessin transmis par une personne. Le travail sur mesure conserve alors sa liberté tout en restant lié aux propriétés du verre.
Les objets gravés sont destinés à être vus et utilisés. Un verre personnalisé accompagne un repas ou une réception ; une bouteille peut garder le souvenir d’un événement ; un miroir ou un vase peut devenir un élément décoratif. La position du décor doit rester agréable à regarder et compatible avec la fonction de la pièce. Pour un objet de table, le motif doit trouver sa place sans rendre la prise en main inconfortable. Pour un objet lumineux, la composition gagne à être observée sous plusieurs angles afin que la surface mate et les zones claires produisent un équilibre lorsque la lumière change.
La démarche artisanale repose sur l’unicité de chaque support. Même deux objets proches ne présentent jamais exactement la même courbe, la même épaisseur ou la même réaction à la lumière. Le dessin doit donc être ajusté plutôt que reproduit mécaniquement. La main intervient dans la préparation du pochoir, le positionnement, le sablage ou le tracé à l’outil, puis dans l’examen de la pièce terminée. Cette succession d’observations explique la présence particulière d’un objet gravé : le décor est lié à sa matière, à ses dimensions et au geste qui l’a fait naître.
À Loriol-du-Comtat, Nicole Aynard fait ainsi dialoguer gravure, verre à chaud, peinture et personnalisation. Ayn’Art propose des pièces décoratives et des objets de la table où le sablage, la gravure manuelle, le thermoformage et le fusing offrent des réponses différentes. Les supports du quotidien deviennent des surfaces de mémoire, tandis que les créations en verre plat ou en volume permettent d’explorer la lumière. Entre l’inspiration martiniquaise, la présence provençale et la précision des gestes verriers, l’atelier construit une pratique personnelle, attentive au dessin comme aux qualités propres de chaque pièce.