À Mauges-sur-Loire, dans le Maine-et-Loire, Quentin Colas crée des objets en porcelaine sous le nom de Basaltik. Son atelier associe une formation de designer à un savoir-faire de porcelainier acquis au contact d’une manufacture française. Les collections s’intéressent à la rencontre entre une matière blanche et lumineuse, issue du kaolin, et un noir profond évoqué par le basalte. Cette opposition n’est pas seulement une affaire de couleur. Elle permet de faire dialoguer la légèreté visuelle de la porcelaine, la densité minérale suggérée par le noir, les courbes d’un objet et la précision de ses finitions.
Le parcours de Quentin Colas commence par le design et par une curiosité ancienne pour les métiers d’art. Sa découverte du travail de la Maison J.L. Coquet et de Jaune de Chrome l’a conduit à s’intéresser particulièrement à la porcelaine. Il a ensuite intégré les ateliers de cette manufacture pendant deux années pour apprendre le métier d’artisan porcelainier. Cette expérience lui a permis de passer de la théorie à la pratique, de répéter des gestes précis et de comprendre les exigences d’une matière qui se transforme fortement entre le moulage, le séchage et la cuisson.
Dans une manufacture, la porcelaine se découvre à travers des opérations qui demandent autant de régularité que de sensibilité. Une pâte trop épaisse ne réagit pas comme une paroi fine ; un séchage inégal peut fragiliser une forme ; une retouche mal placée se révélera après la cuisson. Quentin Colas a ainsi appris à observer la matière à chaque étape, à préparer les outils et à évaluer les effets d’un geste avant de poursuivre. Les années consacrées aux collections de la manufacture ont nourri son envie de créer un atelier où le dessin, la mise au point et la fabrication restent étroitement liés.
Le nom Basaltik fait référence au basalte, roche née du refroidissement d’une matière en fusion. Il accompagne un univers fondé sur le contraste entre un noir intense et la blancheur de la porcelaine. Le noir peut absorber la lumière ou la renvoyer de façon plus sourde, tandis que le blanc du kaolin souligne les arêtes, les creux et les changements de courbe. Une même silhouette peut donc produire des impressions très différentes selon la finition qui l’habille. L’objet devient un terrain d’équilibre entre force minérale, douceur des volumes et éclat de l’émail.
L’héritage de la céramique traditionnelle est présent dans les collections, mais il n’est pas reproduit à l’identique. Quentin Colas reprend des codes connus pour les déplacer vers des objets contemporains. Une lampe, un bougeoir, un miroir ou une pièce destinée à la table doit pouvoir trouver sa place dans un intérieur actuel, tout en conservant la lisibilité d’un travail artisanal. Les proportions, la relation entre la base et le volume, la manière dont un bord se termine et la façon dont la lumière accroche une surface participent ensemble à l’identité de l’objet.
Chez Basaltik, le dessin donne le premier rythme à une collection. Quentin Colas commence par une esquisse qui lui permet de chercher une courbe, une ouverture, une hauteur ou une relation entre plusieurs éléments. Cette étape peut demander du temps, car un dessin doit ensuite devenir un volume manipulable et reproductible en petite série. La mise au point ne consiste pas à agrandir une image. Elle oblige à choisir une épaisseur, à prévoir les zones de retrait et à imaginer comment la pièce sera démoulée, séchée, émaillée et cuite.
Les modèles sont réalisés dans des blocs de plâtre à l’aide de techniques de modelage traditionnel. Le plâtre sculpté devient une forme de référence à partir de laquelle les moules seront conçus. Ce modèle doit être suffisamment précis pour porter l’intention du dessin, mais aussi adapté aux contraintes du démoulage. Un contre-dépouille, une arrête trop fermée ou un angle mal orienté peut empêcher la sortie de la pièce. Le travail préparatoire détermine donc une grande partie de la qualité finale, même s’il disparaît ensuite derrière la porcelaine.
Le moule en plâtre joue un rôle particulier dans le coulage. La porcelaine liquide, appelée barbotine, est préparée à l’atelier puis versée dans le moule. Par capillarité, une fine pellicule se forme au contact du plâtre. Son épaisseur dépend du temps pendant lequel la barbotine reste en place. Quentin Colas doit donc suivre cette durée avec attention : une paroi trop fine peut manquer de solidité, tandis qu’une paroi trop épaisse modifie la légèreté recherchée et complique le séchage. Une fois la couche constituée, l’excédent est reversé, puis la pièce est ébarbée et démoulée avec précaution.
Le coulage donne accès à des formes qui seraient difficiles à obtenir autrement, notamment lorsque l’objet doit présenter une paroi régulière ou une silhouette creuse. Cette régularité ne rend pas le travail automatique. Chaque pièce demande une préparation de la barbotine, un moule propre, une durée de pose maîtrisée et une finition attentive des jointures. Le démoulage révèle les lignes laissées par le moule ; l’ébarbage les atténue et prépare la surface à recevoir l’émail. Le geste du porcelainier intervient ainsi avant, pendant et après la formation du volume.
Le séchage constitue une phase décisive. La porcelaine se contracte en perdant son eau, et cette contraction doit se faire de manière aussi homogène que possible. Une pièce manipulée trop tôt peut se déformer ; une pièce séchée trop vite peut présenter des tensions. Le temps de fabrication annoncé par l’atelier atteint généralement deux semaines pour une pièce, ce qui montre la succession des opérations nécessaires avant la sortie du four. La patience n’est pas un supplément de confort : elle conditionne la stabilité de la forme et la qualité des finitions.
La première cuisson, réalisée à 980 °C, consolide la matière et prépare la pièce à l’émaillage. À ce stade, la porcelaine possède une résistance suffisante pour être manipulée, mais elle doit encore recevoir le traitement qui donnera sa surface définitive. L’émail peut renforcer la blancheur, créer un contraste, apporter de la brillance ou modifier la manière dont la lumière se répartit sur les courbes. La couche doit être déposée avec régularité, en tenant compte des bords, des creux et des zones qui toucheront une table ou un support.
La seconde cuisson atteint 1 280 °C. Elle garantit la solidité de la porcelaine et la brillance de l’émail. La chaleur transforme les matières et fixe le résultat d’une préparation qui ne peut plus être corrigée une fois la pièce dans le four. La sortie du four est donc un moment d’observation : la couleur, la tension d’une surface, la netteté d’une ligne et la qualité d’un bord doivent être examinées avant le nettoyage. Quentin Colas défourne, nettoie et prépare ensuite les pièces pour leur présentation ou leur livraison.
Les objets Basaltik sont entièrement fabriqués à la main dans l’atelier du Maine-et-Loire. Les techniques de modelage, de moulage et de coulage se complètent selon la forme recherchée. Le modelage sert à faire naître le modèle en plâtre et à préciser un volume ; le moulage permet de conserver ce modèle dans un outil de production ; le coulage transforme la barbotine en objet creux. Cette combinaison associe la liberté du dessin à une fabrication suffisamment précise pour créer des petites séries cohérentes.
La porcelaine se prête particulièrement au travail de la lumière. Une lampe ou un lustre doit être pensé pour son volume propre, mais aussi pour les ombres qu’il projette et la manière dont il diffuse l’éclairage. Une paroi fine peut laisser passer une lueur douce ; une surface plus opaque peut concentrer la lumière vers une ouverture. Le contraste entre le noir et le blanc modifie encore cette perception. Les objets ne sont donc pas seulement des formes posées dans un décor : ils entretiennent une relation avec l’espace, la distance et l’éclairage qui les entoure.
Les pièces de table et les objets décoratifs suivent une autre relation au geste quotidien. Une vaisselle doit avoir une prise agréable, une base stable et des proportions compatibles avec son usage. Un bougeoir doit supporter sa fonction et garder une présence lorsque la flamme n’est pas allumée. Un vase doit équilibrer son ouverture et son volume, tandis qu’un miroir ajoute la réflexion à la matière céramique. Les catégories présentées par le répertoire professionnel — bougeoirs, lampes, lustres, miroirs, vaisselle et vases — montrent cette diversité sans effacer le fil conducteur de la porcelaine.
Le travail de Basaltik peut aussi s’adresser à des projets professionnels. La connaissance des manufactures françaises permet à Quentin Colas de comprendre les attentes liées à une collection, à une pièce éditée ou à une collaboration. Un dessin destiné à un architecte, une marque ou un décorateur doit être traduit en choix de matière, de moule et de finition. La petite série impose alors de maintenir une cohérence d’ensemble tout en acceptant les variations propres au travail manuel et à la cuisson. La conception et la fabrication avancent ensemble pour préserver l’intention de départ.
À Mauges-sur-Loire, Quentin Colas développe avec Basaltik une porcelaine contemporaine qui s’appuie sur la tradition sans s’y enfermer. Le dessin, le modèle en plâtre, le moule, la barbotine, le séchage, l’ébarbage, l’émaillage et les deux cuissons composent un parcours de fabrication précis. Le noir inspiré du basalte rencontre le blanc du kaolin, les courbes donnent une présence aux objets et les finitions organisent le rapport à la lumière. Lampes, lustres, bougeoirs, miroirs, vases et pièces de table sont façonnés à la main dans le Maine-et-Loire, avec la volonté de faire entrer dans les intérieurs des formes actuelles qui gardent la mémoire du feu et du geste.