Atelier & professionnel

Bergerault — manufacture de percussions à Ligueil

Ligueil

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Ligueil, Bergerault conçoit et fabrique des instruments de percussion destinés aux musiciens, aux orchestres, aux conservatoires et à l’enseignement. La maison est particulièrement associée aux claviers de percussion : xylophones, marimbas, vibraphones et glockenspiels. Elle réalise aussi des timbales, des cloches, des crotales, des instruments de défilé et du mobilier d’orchestre. Derrière cette diversité se rencontrent le travail du bois, du métal, des matériaux composites, de la peinture et de l’acoustique musicale, avec des instruments accordés à l’oreille et à la main.

L’histoire commence en 1932 avec Albert Bergerault, musicien et inventeur qui fonde sa propre entreprise et devient le premier fabricant de xylophones en France. Les premiers instruments s’inscrivent dans la vie musicale de leur époque : xylophones chromatiques, batteries automatiques actionnées par des pédales, métallophones et carillons accompagnent notamment les musiciens des bals. La collection historique conserve des formes trapézoïdales, des claviers superposés et des revêtements marbrés qui montrent combien la facture instrumentale associe dès l’origine mécanisme, son et présence visuelle.

La mémoire de la maison retient aussi un xylophone fabriqué à la main par Albert Bergerault pendant sa captivité au camp de Sagan, en Pologne, avec un couteau et des outils de fortune. Au-delà de l’épisode biographique, cet instrument rappelle les éléments fondamentaux d’un clavier de percussion : des lames distinctes, une organisation des hauteurs et un support qui permet de jouer. Après son retour, Albert Bergerault reprend ses recherches et développe des xylophones, marimbas, vibraphones, cloches et glockenspiels. Dans les années 1950, ses instruments équipent déjà des ensembles, des conservatoires et des orchestres.

Fabriquer une percussion à clavier demande de réunir des compétences qui ne se confondent pas. La menuiserie façonne les lames et certaines parties du châssis ; le travail du métal intervient dans les résonateurs, les structures et les mécanismes ; les composites apportent d’autres réponses aux contraintes d’usage. L’accord n’est pas ramené à un simple réglage électronique : l’Institut pour les savoir-faire français souligne qu’il se fait à l’oreille et à la main. Le facteur doit donc relier la dimension de chaque élément, la matière et le résultat sonore entendu.

Le bois des lames occupe une place déterminante. Bergerault réserve le palissandre du Honduras, dur et très sonore, aux instruments de concert. Cette essence protégée relève de la réglementation CITES, ce qui encadre strictement son importation. Le bois de rose d’Afrique, plus dur que le padouk, limite le marquage et l’usure rapide des lames ; il est notamment employé pour des marimbas de la série Campus et pour des xylophones d’étude. Le padouk est utilisé sur des marimbas d’entrée de gamme, mais la manufacture l’écarte de ses xylophones d’étude en raison de sa tendreté.

Ces choix ne correspondent pas seulement à une différence d’aspect. Une lame frappée de manière répétée doit conserver sa surface et son accord, tandis que ses propriétés mécaniques participent à la qualité du son. Le palissandre du Honduras, le bois de rose d’Afrique et le padouk n’offrent ni la même dureté ni la même durabilité. La destination de l’instrument intervient donc dans la sélection : concert, étude, conservatoire ou pratique en extérieur ne soumettent pas le clavier aux mêmes conditions. La facture devient un compromis précis entre timbre, résistance, usage et contraintes d’approvisionnement.

Les variations de température et d’humidité peuvent modifier les claviers en bois et nuire à la justesse de leur accord. Pour les écoles de musique, les harmonies ou les ensembles amenés à jouer dehors, maintenir une atmosphère constante n’est pas toujours possible. Bergerault a mis au point le Techlon pour répondre à ce problème. Ce matériau composite résiste aux changements ambiants et équipe notamment des xylophones d’étude. Il est également adopté dans des marching bands, où les déplacements et l’exposition imposent une robustesse différente de celle demandée à un instrument installé en salle.

Un instrument Bergerault réunit le clavier à d’autres éléments qui conditionnent le jeu. Les résonateurs amplifient et colorent les vibrations, le châssis maintient l’ensemble, les dispositifs de réglage adaptent la hauteur de jeu et les mécanismes d’étouffoir contrôlent la durée du son sur certains modèles. La manufacture a développé des solutions autour de ces relations plutôt qu’une seule forme figée. Un xylophone, un vibraphone et un marimba appartiennent à la même famille visuelle, mais la matière des lames, la tessiture, les résonateurs et les mécanismes conduisent à des instruments distincts.

Dans les années 1970, Gilbert Fergeau, gendre du fondateur, prend la tête de l’entreprise. Avec Mack et Sylvia Perry de Peripole aux États-Unis, il développe une gamme destinée à l’éducation musicale selon l’approche Orff. Les instruments doivent alors rendre la pratique collective accessible à des élèves, permettre une organisation pédagogique des hauteurs et résister à un usage régulier. Cette orientation ouvre des relations avec des établissements américains tout en prolongeant la fabrication à Ligueil. Elle place l’enseignement au même niveau que le concert dans l’histoire de la maison.

La collaboration avec les compositeurs et les interprètes nourrit parallèlement des instruments hors norme. Bergerault réalise un marimba basse contemporain de cinq octaves, un vibraphone associé à un glockenspiel au quart de ton pour le Conservatoire de Genève, des crotales dotés d’un mécanisme amortisseur et des cloches conçues avec le CNRS. Des cloches tubulaires destinées à des carillons monumentaux au Japon montrent également que le savoir-faire peut sortir du format habituel de l’orchestre.

Les Sixxens fabriqués pour Pléiades de Iannis Xenakis illustrent la rencontre entre facture et écriture contemporaine. L’œuvre, composée pour six percussionnistes, se divise en mouvements consacrés aux peaux, aux claviers, aux métaux puis au mélange des timbres. Le mouvement métallique exige un instrument conçu pour lui. Le facteur ne part donc pas d’un modèle existant à reproduire : il doit traduire une organisation sonore et rythmique en objets jouables, cohérents entre eux et capables de répondre à la partition.

D’autres inventions ont rejoint l’usage courant des musiciens. Bergerault fabrique en 1966 un vibraphone de quatre octaves pour l’orchestre de l’ORTF. La maison développe aussi un glockenspiel avec étouffoir à pédale pour les Percussions de Strasbourg, un marimba basse pour Alain Londeix et un xylophone à clavier plat superposable pour Radio France. La collection historique conserve en parallèle une xylo-chaise jouée avec des maillets, un vibra-marimba démontable à clavier permutable et un vibraphone dont les barres suivent la disposition du clavier droit d’un accordéon.

La troisième génération prend la suite en 2002 avec Mathieu Fergeau, Alexandre Fergeau et David Alaime, petits-fils d’Albert Bergerault. La maîtrise du bois, du métal, des composites et de l’acoustique est alors complétée par le développement de mobilier spécialisé pour les orchestres. Une première gamme de timbales Bergerault apparaît en 2010. Les collaborations s’étendent à des universités, à des Drum Corps américains, à des solistes et à des ensembles, tandis que les instruments trouvent place dans des orchestres en Europe, en Amérique, en Asie et en Australie.

La production actuelle couvre plusieurs contextes musicaux. Les percussions classiques rassemblent claviers, timbales, grosses caisses, caisses claires, toms mélodiques et tubes-cloches. Les instruments de défilé nécessitent des harnais, des stands et des structures adaptées au mouvement. Gongs, cymbales, triangles, crotales et bols complètent les métaux, tandis que les percussions éducatives comprennent des claviers, des instruments à peau et des ensembles destinés au travail collectif. Cette largeur de gamme permet de suivre un musicien depuis l’apprentissage jusqu’à l’orchestre.

Le mobilier d’orchestre prolonge la facture instrumentale par l’ergonomie et la protection. Bergerault réalise des chaises, des pupitres, des stands pour instruments, des chariots de transport, des écrans acoustiques, des écrans de protection et du mobilier pour chef d’orchestre. Un instrument volumineux doit pouvoir être installé à une hauteur adaptée, déplacé sans endommager son clavier et conservé entre deux concerts. Les supports et les housses ne produisent pas le son, mais ils participent à la durée de vie du matériel et aux conditions de travail des interprètes.

L’entretien et la réparation font également partie des services de la manufacture. Le rapport de l’Institut pour les savoir-faire français relie le caractère artisanal de la fabrication à la possibilité de suivre durablement un instrument, depuis le clavier jusqu’au châssis et aux tubes. Cette connaissance de la construction facilite l’identification d’une pièce usée, d’un mécanisme à reprendre ou d’un accord à contrôler. Elle donne aussi une continuité entre la fabrication initiale et la vie musicale de l’instrument, qui peut traverser plusieurs années de répétitions, de transports et de concerts.

Bergerault a reçu le label Entreprise du patrimoine vivant pour le maintien de la fabrication d’instruments de musique en France et pour un savoir-faire développé depuis 1932. L’Institut pour les savoir-faire français cite la manufacture, implantée en Indre-et-Loire, comme un acteur de premier plan de la percussion française. Son étude rappelle la rareté des compétences nécessaires : bois, métal, composites, peinture, réglage acoustique et accord manuel. La transmission interne devient essentielle lorsque les gestes se situent à la rencontre de plusieurs métiers et ne disposent pas d’un cursus unique.

L’ancrage à Ligueil dépasse le seul lieu de production. Les Percufolies du Grand Ligueillois ont associé la découverte des percussions, l’initiation du public et la valorisation du savoir-faire local. Le territoire présente Albert Bergerault comme une figure de son histoire musicale et l’entreprise comme une composante ancienne de son activité économique. Cette relation est cohérente avec une manufacture dont les instruments circulent à l’international tout en restant attachés à une commune d’Indre-et-Loire.

L’activité de Bergerault demeure enregistrée dans la fabrication d’instruments de musique. La maison poursuit à Ligueil une gamme qui relie instruments professionnels, modèles d’étude, percussions éducatives, accessoires et mobilier. Pour choisir un clavier, la question ne se limite pas au nombre de notes : l’étendue, la matière des lames, les conditions de conservation, la mobilité, la hauteur de jeu et le contexte musical doivent être rapprochés. Un marimba de concert en palissandre et un xylophone d’étude en Techlon répondent ainsi à des usages réellement différents.

À Ligueil, Bergerault fait vivre une facture de percussions où l’invention reste inséparable de la fabrication. Le xylophone d’Albert Bergerault, les instruments éducatifs de la deuxième génération, les Sixxens de Xenakis, le vibraphone de l’ORTF, les marimbas, timbales et claviers contemporains jalonnent une histoire commencée en 1932. La maîtrise des bois sonores, des métaux, des composites, des résonateurs et des mécanismes permet d’adapter l’instrument au musicien. L’accord réalisé à la main et à l’oreille demeure le point de rencontre entre tous ces matériaux : la pièce fabriquée doit finalement devenir une hauteur, un timbre et une réponse sous la baguette.

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel site-officiel

    Bergerault — créateur d’instruments (site externe)

    Organisme : Bergerault Percussions

    Fait soutenu
    Le site officiel confirme l’activité actuelle à Ligueil, les familles d’instruments, le mobilier d’orchestre, l’entretien, la réparation et l’appartenance au groupe Buffet Crampon.
    Consultée le
    10 septembre 2026

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