À Lescheroux, dans l’Ain, Bernard Gonnet travaille l’émail sur métal en faisant dialoguer le cuivre, le verre et le feu. Son atelier développe des pièces de forme, des coupes, des vases, des boîtes, des tableaux, des plaques murales, des bijoux et des sculptures. La matière n’est pas seulement recouverte d’une couleur : elle est transformée par la cuisson, par la transparence, par les superpositions et par les marques qui apparaissent lorsque l’émail se lie au métal. Le résultat peut être léger et lumineux, mais il garde la mémoire d’un procédé qui exige de préparer, déposer, chauffer et observer avec précision.
Bernard Gonnet pratique l’émail depuis 1970 et exerce comme émailleur professionnel depuis 1976. Son parcours commence dans une famille de forgerons et de paysans, avec une familiarité précoce avec le métal et le travail manuel. Après des études de gestion comptable à l’université de Lyon, il s’engage dans une recherche autodidacte autour de l’émail. Cette formation par la pratique s’est enrichie de rencontres et d’apprentissages consacrés à la ciselure, au verre et au bronze. La trajectoire de l’atelier repose ainsi sur une combinaison entre expérience directe de la matière, curiosité technique et recherche plastique.
Le principe de l’émaillage sur métal associe une surface métallique et un verre réduit en poudre. Chez Bernard Gonnet, la liaison du cuivre et de l’émail se produit par le feu, autour de 850 °C. Le four révèle alors des couleurs, des profondeurs et des transparences qui n’étaient pas visibles avant la cuisson. L’émail peut devenir opaque, translucide ou opalescent. Il peut former une surface calme, faire apparaître des effets de matière ou accentuer les reliefs d’une pièce travaillée. Chaque passage demande d’anticiper la réaction de la poudre, la préparation du support et la manière dont la lumière se posera sur l’objet terminé.
Le cuivre tient une place centrale dans cette pratique. Il se prête à la mise en forme, à la dinanderie et aux différents gestes qui donnent à une coupe ou à un vase sa silhouette. Le métal peut être martelé, découpé, ciselé, gravé ou laminé avant de recevoir les émaux. Ces étapes ne sont pas séparées de la recherche colorée. Une ligne gravée peut guider un décor, une courbe peut modifier l’épaisseur apparente d’une couche, et un relief peut retenir l’émail ou produire une ombre. Le support devient donc une partie active de la composition, et non une simple base destinée à disparaître sous la couleur.
Les techniques anciennes de l’émail font partie du vocabulaire de l’atelier. Bernard Gonnet travaille notamment le champlevé et le plique-à-jour, deux procédés qui donnent au métal et à l’émail des relations très différentes. Il explore également le plein émail, le cloisonné et les effets de matières. Le champlevé demande de préparer des creux ou des réserves dans le métal afin d’y déposer l’émail. Le cloisonné organise les zones colorées à l’intérieur de séparations métalliques. Le plique-à-jour recherche une transparence qui laisse la lumière traverser la matière, tandis que le plein émail permet de construire une surface continue sur le support.
La pose de l’émail peut se faire à sec ou par pulvérisation, selon la pièce et l’effet recherché. La poudre doit être répartie avec assez de régularité pour éviter une couverture inégale, mais la composition peut aussi tirer parti de nuances et de variations. Le travail du décor par grattage d’émaux pulvérisés ouvre une autre possibilité : la surface devient un espace où l’émail peut être déplacé, dégagé ou marqué avant la cuisson. La succession des couches permet d’obtenir des profondeurs différentes. Une zone peut rester presque transparente, une autre gagner en densité, et une troisième faire apparaître un contraste entre le cuivre et le verre.
La cuisson est un moment de révélation mais aussi de décision. L’atelier utilise un four électrique et une torche à gaz. Le choix du mode de chauffe dépend du format et de la construction de la pièce. La cuisson à la torche permet d’aborder des œuvres de grandes dimensions qui ne peuvent pas être traitées comme de petits objets. Le contrôle de la chaleur, la distance de la flamme et le déplacement du foyer deviennent alors des éléments du geste. Les coupes et les vases en cuivre peuvent recevoir des émaux multicouches sablés, dont l’aspect se construit par plusieurs interventions et par le travail de la surface après cuisson.
Le feu ne donne pas une couleur parfaitement prévisible. Il modifie la transparence, la densité et la texture, parfois de manière subtile. L’émailleur doit donc connaître les produits employés, préparer le support, apprécier l’épaisseur déposée et accepter la part de découverte qui accompagne chaque passage. Une couche trop fine peut laisser le métal trop présent ; une couche trop épaisse peut perdre sa lumière ou réagir de façon différente. Les cuissons successives servent à installer progressivement un équilibre entre la couleur, le relief et la forme. La pièce se construit dans cette alternance entre intention préparée et résultat observé.
Les objets proposés par Bernard Gonnet couvrent plusieurs échelles. Les coupes et les vases mettent en avant le rapport entre volume et lumière. Les boîtes demandent une attention aux ajustements et aux surfaces qui se rencontrent. Les tableaux et les pièces murales déplacent l’émail vers une lecture plus plane, où la couleur peut se développer comme un paysage ou une matière. Les sculptures et les pièces composées ajoutent une relation avec l’espace : le spectateur ne regarde plus seulement une face, il tourne autour de la forme et découvre les variations selon l’angle. Les bijoux introduisent une dimension plus intime, où la couleur émaillée accompagne le métal dans un format destiné à être porté.
Le travail de l’atelier ne se limite pas au cuivre. Des pièces associent le bois, la céramique raku ou le bronze aux éléments émaillés. Ces rapprochements créent des contrastes de texture et de température visuelle. Le bois apporte une présence fibreuse et mate ; le raku introduit une surface céramique marquée par la cuisson ; le bronze offre une densité et une tonalité propres au métal coulé. L’émail peut alors servir de lien entre plusieurs matières, en faisant circuler la couleur d’un élément à l’autre ou en créant un point de lumière au milieu d’un ensemble plus sombre.
La démarche artistique de Bernard Gonnet se nourrit d’une attention aux marques et aux éclats. Une trace sur le métal, une transparence inattendue ou un changement d’intensité peuvent orienter la suite du travail. Cette recherche ne conduit pas à effacer toute irrégularité pour obtenir une surface uniforme. Elle consiste plutôt à comprendre ce que le feu et les matières rendent possible, puis à organiser ces phénomènes dans une forme lisible. La précision intervient dans le dessin, la préparation, la répartition des poudres et le réglage de la cuisson ; la surprise apparaît dans la manière dont l’émail révèle ensuite ses profondeurs.
Le parcours de l’émailleur comprend plusieurs apprentissages complémentaires. La pratique de la ciselure a été approfondie à l’école Boulle. Les techniques du fusing et du thermoformage du verre ont été étudiées au musée-atelier du verre de Sars-Poteries. Le moulage et la fonte du bronze ont élargi la compréhension des volumes et des pièces composées. Ces expériences donnent à l’atelier une approche transversale du matériau. Le métal peut être battu ou gravé, le verre peut être fondu ou formé, le bronze peut être moulé, et l’émail peut relier ces savoir-faire autour d’une même recherche de surface et de lumière.
Les pièces de Bernard Gonnet ont circulé dans de nombreux contextes professionnels et culturels. Son parcours mentionne des rencontres ou des expositions en Angleterre, en Russie, en Hongrie, en Allemagne, en Espagne, au Japon, aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Égypte et en Géorgie. Une centaine d’expositions personnelles et collectives jalonnent également son activité, notamment la Biennale de l’Émail de Limoges et le musée de Ravenstein aux Pays-Bas. Des œuvres sont accueillies dans les collections du musée des Pays de l’Ain, du musée de Pierre de Bresse, du musée des beaux-arts de Limoges et du musée de Ravenstein. Ces présences montrent la capacité de l’émail sur métal à passer de l’objet décoratif à la pièce présentée dans un contexte patrimonial ou artistique.
L’atelier de Lescheroux est aussi un lieu de transmission. Les stages consacrés à l’émail sur métal s’adressent aux professionnels, aux étudiants et aux amateurs très motivés après un échange préalable. Leur contenu associe une démarche créative au travail du métal et aux techniques d’émaillage. La dinanderie, la ciselure, la gravure et le laminage sont abordés avec le plein émail, le champlevé, le cloisonné, les effets de matières et les différentes manières de cuire. Le four électrique et la torche à gaz permettent de comparer deux modes de chauffe. Les stages annoncés durent cinq jours, soit quarante-cinq heures, et accueillent au maximum deux personnes ; les dates sont arrêtées selon les disponibilités de chacun.
Cette transmission rend le procédé concret. Une personne qui découvre l’émail doit d’abord comprendre la relation entre le support métallique, la poudre de verre et la chaleur. Elle apprend ensuite à préparer, déposer, nettoyer et cuire, en observant ce qui se passe à chaque étape. Les gestes de dinanderie ou de ciselure donnent une forme au métal avant que les couleurs ne viennent la modifier. Le travail du four demande de la patience, car une pièce peut exiger plusieurs cuissons et chaque résultat influe sur la décision suivante. L’accompagnement de l’atelier permet de relier les essais techniques à une intention personnelle.
La visite de l’atelier de Lescheroux se fait sur rendez-vous. Elle peut donner à voir des pièces de forme, des vases, des coupes, des tableaux et des sculptures, mais aussi les outils et les étapes qui se trouvent derrière leur surface colorée. Les œuvres disponibles comprennent des objets destinés à la vente et des réalisations déjà adoptées, ce qui permet de percevoir la diversité des formats et des traitements. Les expositions annoncées sur le site prolongent cette découverte dans d’autres lieux, où les pièces peuvent être regardées sous une lumière différente et rapprochées d’autres pratiques de l’émail.
À Lescheroux, Bernard Gonnet fait vivre un émail sur métal à la fois technique et ouvert à l’expérimentation. Le cuivre, travaillé par la dinanderie, la gravure ou la ciselure, reçoit des émaux transparents, opaques ou opalescents, posés en plein émail, en champlevé, en cloisonné ou par d’autres procédés. Le four électrique et la torche à gaz accompagnent des pièces allant du bijou à la sculpture de grande dimension. Les bois, les céramiques raku et les bronzes peuvent rejoindre les compositions, tandis que les stages transmettent les bases et les recherches avancées de l’atelier. La couleur, la chaleur et le geste y construisent des œuvres où chaque surface conserve le souvenir de sa transformation.