À Carantec, dans le Finistère, Catherine Marghieri développe une pratique de la laque qui associe tableaux, sculptures et bijoux. Son atelier-galerie Différence présente des créations conçues et fabriquées en France, ainsi que des œuvres d’autres artisans d’art invités au fil des expositions. Le parcours de Catherine Marghieri est lié à une pratique de la laque commencée il y a plus de quarante ans. Après un diplôme de l’École supérieure des arts appliqués Duperré à Paris et un apprentissage dans un atelier parisien, elle a fondé son propre atelier de création et de restauration.
La laque constitue un travail de surface, de profondeur et de lumière. Elle ne se réduit pas à une couleur déposée sur un support. Les couches se superposent, se poncent, se polissent et se reprennent pour faire apparaître un aspect plus mat, plus transparent, plus profond ou plus reliefé. Chaque étape modifie la manière dont la lumière rencontre le bois. Une surface peut sembler calme à distance puis révéler des variations lorsque le regard s’approche. La fabrication demande du temps et une attention constante à l’épaisseur, à la régularité et à l’état du support.
Catherine Marghieri travaille sur des supports en bois avec des laques cellulosiques ou hydrosolubles. Ces deux familles de produits ne se comportent pas de manière identique et doivent être choisies selon le projet, la surface et le rendu recherché. La préparation du bois conditionne l’adhérence et l’aspect de la finition. Une surface mal préparée pourrait interrompre la continuité des couches ou faire apparaître des irrégularités. Le geste du laqueur consiste donc autant à construire la couleur qu’à préparer la matière qui la reçoit.
La superposition est au cœur de la technique présentée par l’atelier. Une couche peut apporter une base, une autre modifier la nuance, une troisième produire une profondeur ou une transparence. Entre ces étapes, le ponçage régularise la surface et prépare la suivante. Le polissage peut ensuite faire ressortir une douceur particulière ou accentuer les différences de réflexion. La recherche ne consiste pas à obtenir un brillant uniforme dans tous les cas : la matité, le relief et la transparence font aussi partie des effets possibles.
Les feuilles d’or occupent une place singulière dans ce travail. Posées sur une surface laquée, elles accrochent la lumière et introduisent une matière métallique qui dialogue avec la couleur. L’or peut apparaître en zone continue, en fragment, en ligne ou dans un motif plus diffus. Son éclat varie selon la couche qui l’entoure, la manière dont elle est polie et l’éclairage du lieu. Une composition avec feuille d’or demande donc de penser la relation entre le métal, le fond et les zones laissées plus calmes.
L’argent oxydé produit un effet différent. Son aspect peut être plus sourd, plus nuancé ou plus profond qu’un métal clair et brillant. L’oxydation modifie la présence de la feuille et crée une relation particulière avec les couleurs voisines. Sur un panneau ou un petit format, elle peut faire apparaître une atmosphère minérale, une ligne de lumière ou une zone de contraste. Le travail de la laque permet d’encadrer cette matière, de la recouvrir partiellement ou de la laisser dialoguer avec le bois.
La coquille d’œuf apporte une texture et une lumière particulières. Utilisée sur une surface laquée, elle peut former un motif, un fond ou un contraste avec une couleur plus dense. Les fragments produisent une irrégularité contrôlée et une variation de rythme. Ils peuvent être rapprochés pour constituer une zone claire ou espacés afin de laisser apparaître la couche située dessous. La coquille d’œuf ne sert pas seulement à décorer : elle modifie le toucher visuel et la manière dont la lumière se disperse sur le panneau.
Le travail en petits formats occupe une place actuelle dans la démarche de Catherine Marghieri. Après avoir abordé de grands formats, elle décrit une évolution vers des espaces plus intimes, où les couleurs et les surfaces invitent à une lecture concentrée. Un petit tableau peut contenir une profondeur visuelle très dense sans avoir besoin d’une grande échelle. Le regard se rapproche, observe les transitions, suit une ligne et découvre les effets de superposition. La pièce devient un objet de contemplation qui peut trouver sa place dans un intérieur privé ou une collection.
Les paysages immatériels évoqués par l’atelier ne représentent pas nécessairement un lieu identifiable. Ils proposent plutôt une impression de distance, de légèreté, de calme ou de fusion entre couleur et lumière. Une ligne peut suggérer un horizon, une zone colorée peut rappeler un ciel, et une matière métallique peut faire apparaître un éclat. La laque permet de rester entre la figure et l’abstraction. Le tableau ne décrit pas un paysage avec des détails narratifs ; il construit une sensation à partir des rapports de surface et de profondeur.
Les tableaux laqués demandent une attention particulière au format et à la relation avec le mur. Une pièce sombre peut absorber une partie de la lumière et prendre une présence dense. Une surface claire ou métallique peut renvoyer l’éclairage et modifier la perception de la pièce. Le choix de l’accrochage, de la distance au mur et de l’éclairage du lieu participe donc au résultat. Un tableau laqué se regarde selon plusieurs angles, car les reflets changent avec le déplacement du visiteur.
Les sculptures en laque permettent de sortir du plan. Le relief, les volumes et les faces multiples offrent d’autres possibilités de superposition et de lumière. Une sculpture peut recevoir un décor différent selon ses côtés et révéler des transitions lorsque l’on tourne autour d’elle. Le support doit être préparé avec soin afin que les couches accompagnent les courbes, les arêtes et les creux. Les effets de matité ou de brillance peuvent alors souligner la forme, ralentir le regard sur une zone ou produire un contraste entre deux volumes.
Les bijoux en laque constituent une autre échelle de création. Catherine Marghieri a conçu des bijoux en laque pour de grands couturiers, notamment Yves Saint Laurent, Christian Lacroix et Christian Dior, selon la présentation de son atelier. Un bijou doit rester léger, agréable à porter et suffisamment résistant pour accompagner les gestes du quotidien. La surface laquée devient alors une partie d’un objet proche du corps. Les couleurs, le relief et les effets métalliques doivent être étudiés en fonction de la taille de la pièce, de sa forme et de la manière dont elle sera portée.
La technique personnelle de résine modelée laquée, mentionnée dans le répertoire d’Ateliers d’Art de France, ouvre un espace différent pour les bijoux. La résine peut être modelée avant de recevoir une finition, ce qui permet de créer un volume qui ne se limite pas à un panneau plat. La laque accompagne la forme et lui donne une présence colorée ou lumineuse. Les bijoux peuvent rester très épurés ou recevoir des détails plus expressifs. Dans tous les cas, le modelage, la préparation et la finition doivent rester cohérents avec l’usage de l’objet.
La restauration de laque fait partie de la formation et de l’activité annoncées par Catherine Marghieri. Restaurer une pièce laquée demande d’observer les couches existantes, les fissures, les soulèvements, les pertes, les anciennes réparations et les changements de brillance. La décision d’intervenir dépend de l’état du support et de la valeur de la surface conservée. Une reprise doit éviter de masquer inutilement les traces anciennes. Le travail consiste à stabiliser, compléter ou harmoniser avec une retenue adaptée à l’objet, tout en respectant ses proportions et son histoire.
La restauration n’est pas identique à la création. Dans une pièce neuve, le laqueur peut choisir le support, les produits, la palette, le degré de relief et l’organisation des couches. Dans une pièce ancienne, une partie de ces éléments est déjà présente et doit être comprise avant toute intervention. La surface peut porter les marques d’une technique, d’un usage ou d’un vieillissement. Les différences de brillant et de couleur ne sont pas toujours des défauts à effacer. Elles peuvent documenter l’histoire de l’objet et guider la restauration.
Le parcours de Catherine Marghieri inclut un dialogue avec la mode et la création. Les bijoux réalisés pour des maisons de couture montrent que la laque peut quitter le décor intérieur pour devenir un élément d’accessoire. Les exigences changent alors : l’objet doit répondre à un format précis, à une présentation, à une relation avec un vêtement et à une manipulation répétée. La couleur et la matière restent essentielles, mais elles s’inscrivent dans une silhouette qui accompagne le mouvement. Ce passage entre art décoratif et mode enrichit la manière de penser le volume et la surface.
L’atelier-galerie de Carantec accueille aussi les créations de collègues artisans d’art. La galerie est décrite comme un espace où peintures, sculptures, gravures, photographies, objets de décoration, accessoires et bijoux peuvent être présentés. Cette activité ne remplace pas le travail personnel de Catherine Marghieri ; elle l’inscrit dans un environnement de métiers d’art. Le visiteur peut comparer des matières, des formats et des techniques différentes. La sélection évolue au fil des expositions et fait dialoguer la laque avec le verre, le bois, la céramique, le textile ou le métal.
La relation au territoire breton apparaît dans l’installation de l’atelier à Carantec depuis 2006. Le Finistère offre un environnement de lumière changeante, d’horizons marins et de couleurs minérales qui peut nourrir une recherche sur la surface. Catherine Marghieri ne se limite pas à reproduire un paysage local. Elle transforme plutôt des impressions de lumière, de profondeur ou de silence en compositions laquées. Les petits formats invitent à une lecture intérieure, tandis que les bijoux et sculptures donnent à ces recherches des formes plus proches de l’objet.
La qualité d’une laque se découvre avec le mouvement du regard. Un vernis brillant renvoie l’image de l’espace ; une surface mate absorbe davantage la lumière ; une feuille métallique crée un éclat qui se déplace ; une coquille d’œuf ajoute un grain visible. Le laqueur doit anticiper ces réactions lorsque la pièce sera installée. La lumière naturelle, l’éclairage artificiel, la distance d’observation et les couleurs voisines modifient la perception. Une œuvre peut ainsi sembler différente le matin, le soir ou lorsque le visiteur change de position.
L’entretien dépend des produits, de la finition et de la place de la pièce. Une surface laquée se manipule avec soin et doit être protégée des rayures, des chocs et d’un nettoyage trop agressif. Les feuilles métalliques et les effets de coquille d’œuf demandent une attention particulière. Pour une restauration ou une pièce ancienne, les recommandations doivent être adaptées à l’état de conservation. Le respect de ces conditions permet de préserver la profondeur, la transparence et la relation entre les couches.
À Carantec, Catherine Marghieri poursuit une pratique de la laque qui associe création, restauration et recherche de surface. Les supports en bois reçoivent des laques cellulosiques ou hydrosolubles, des feuilles d’or, de l’argent oxydé ou de la coquille d’œuf. Les couches sont superposées, poncées et polies pour faire apparaître profondeur, transparence, matité et relief. Tableaux, sculptures et bijoux prolongent cette technique vers des formats différents. Son atelier-galerie présente ses propres œuvres et celles d’autres créateurs, dans un espace où la couleur, la lumière et la matière invitent à regarder lentement.