À Plumelec, dans le Morbihan, Céline Le Belz développe Brodeline, un atelier de broderie d’art exclusivement réalisé à la main. Son travail se déploie entre costumes bretons, vêtements contemporains, tableaux, tentures, sculptures textiles, ornements et projets de collaboration. La brodeuse associe la précision des points, le choix des matières et la construction d’un motif pour donner forme à des pièces uniques. Son approche peut s’appuyer sur un costume traditionnel, une demande de création, un projet de designer ou un travail de restauration, avec la même attention portée à la composition et à la qualité du geste.
La broderie à la main repose sur une relation étroite entre le support, le fil, l’aiguille et la tension. Le tissu doit être maintenu avec assez de fermeté pour recevoir les points, sans être déformé par le travail. Une toile de lin, un satin, un velours, un tulle ou une toile ancienne ne réagissent pas de la même façon. La brodeuse observe le poids du fil, la densité du motif, la transparence du support et l’effet recherché avant de choisir la technique. Le résultat dépend autant de la régularité de l’exécution que de la manière dont les couleurs se rencontrent sur la surface.
Céline Le Belz pratique notamment la peinture à l’aiguille, le passé empiétant, le point de tige, le point de nœud, le point lancé et la broderie Richelieu. Ces techniques permettent de produire des contours, des aplats, des dégradés et des effets de matière très différents. La peinture à l’aiguille fait circuler les nuances comme des touches colorées, tandis que le passé empiétant permet de fondre les points et de modeler une forme. Le point de nœud peut apporter un relief ponctué, et le point de tige dessiner une ligne souple. Le choix des points suit le motif plutôt qu’une recette unique.
La broderie or ajoute au travail des fils colorés des matières métalliques et des effets de lumière. La cannetille, le cordonnet, les fils d’or et les éléments posés peuvent souligner un bord, construire un décor ou donner du relief à un costume. Sur un tissu sombre, un fil métallique capte la lumière avec une intensité variable selon l’orientation du point. La brodeuse règle la densité, la direction et les superpositions pour conserver une surface équilibrée. La broderie or demande une grande minutie, car la matière doit rester nette tout en accompagnant les mouvements du support.
Le costume breton occupe une place centrale dans le parcours de Brodeline. Tablier, gilet, châle, guimpe, coiffe et autres éléments vestimentaires portent des codes de région, de période et de statut. Les motifs, la disposition des couleurs et la nature des broderies ne sont pas interchangeables. Travailler sur un costume demande donc de regarder la forme du vêtement, les zones visibles lorsque la pièce est portée et les traditions auxquelles elle se rattache. Une création peut reprendre un vocabulaire ancien, s’inspirer d’un modèle conservé ou proposer une interprétation nouvelle tout en gardant une cohérence textile.
Céline Le Belz réalise aussi des tabliers pour les reines et majestés d’Arvor. Ces pièces s’inscrivent dans le contexte du Festival d’Arvor à Vannes et peuvent s’appuyer sur un style régional ou une période donnée. Les exemples présentés par l’atelier montrent des broderies Richelieu, classiques, au perlage, à la cannetille ou mêlant fil de couleur et fil métallique. Les temps de travail annoncés pour certains tabliers atteignent plusieurs centaines d’heures. Une telle réalisation suppose de préparer le dessin, d’organiser les zones de broderie, de maintenir la régularité des points et de suivre la tenue du satin ou du velours pendant toute l’exécution.
La brodeuse intervient également sur des costumes historiques. Une copie ou une restauration commence par l’étude de la pièce, de ses motifs, de ses matériaux et de ses traces d’usage. Un vêtement ancien peut avoir été transformé, repris ou fragilisé par les manipulations. Les broderies existantes doivent être distinguées des ajouts plus récents, et une partie manquante ne peut être complétée qu’à partir d’indices suffisamment solides. Le choix du fil, de la couleur et du point doit respecter la logique du modèle sans donner à la reprise une apparence artificiellement uniforme. La conservation d’un costume tient autant à la stabilité du textile qu’à la lisibilité de son décor.
Le patrimoine religieux et cérémoniel fait partie des projets présentés par Brodeline. L’atelier a participé à la restauration de bannières et à la réalisation d’éléments de paramentique, en collaboration avec d’autres professionnels. Chasubles, chapes, étoles, mitres et bannières associent textiles, formes liturgiques et broderies destinées à être vues dans un espace particulier. Un motif peut devoir rester lisible à distance, suivre un axe central ou s’adapter à une surface courbe. La broderie devient alors une composante d’un ensemble qui comprend aussi la coupe, la confection et l’usage cérémoniel.
Les collaborations ouvrent un autre champ de recherche. Céline Le Belz a travaillé avec des designers, des artistes, des tapissiers et des couturiers pour mettre au point des prototypes et des objets textiles. Dans ce contexte, la broderie peut être appliquée à une forme qui n’est pas un vêtement, à une sculpture, à une structure ajourée ou à un élément de décor. Le point doit alors accompagner une échelle, une courbure ou une matière nouvelle. La brodeuse apporte sa connaissance des fils et des supports tout en adaptant ses techniques à l’intention plastique du projet.
Les sculptures brodées de Brodeline prolongent cette recherche hors du plan traditionnel. Une coiffe monumentale, une forme inspirée du littoral morbihannais ou une structure brodée sur grillage transforme le textile en volume. La broderie peut dessiner une silhouette, créer une peau ajourée ou faire apparaître un motif lorsque la lumière traverse les fils. Le support n’est plus seulement une toile tendue : il devient une armature avec laquelle les points doivent composer. Cette transposition demande de réfléchir à la résistance, au poids, aux points d’attache et à la manière dont l’objet sera observé.
Les tableaux et tentures brodés forment un espace de composition où les motifs celtiques et bretons rencontrent la couleur et la matière. Broderie or, broderie sur tulle, peinture à l’aiguille, broderie Richelieu et points de couleur peuvent être réunis dans une même œuvre. Le motif ne se limite pas à une bordure décorative : il organise une surface, fait circuler le regard et établit des rythmes. Un entrelacs celtique peut se développer comme une ligne continue, tandis qu’une scène végétale demande de différencier les tiges, les pétales, les feuilles et les zones d’ombre. Le choix des points donne à chaque partie une texture identifiable.
Céline Le Belz explore aussi la broderie contemporaine par le changement d’échelle, la réinterprétation des motifs et le détournement d’objets. Des vêtements peuvent devenir des supports d’expression, et des éléments de costume peuvent être déplacés vers une forme sculpturale. Cette liberté ne supprime pas les contraintes de la technique : le tissu doit rester stable, les fils doivent être ancrés et les tensions doivent être réparties. Elle permet cependant de faire dialoguer la mémoire des costumes traditionnels avec des usages et des silhouettes actuels. Le travail conserve ainsi un lien avec la culture textile tout en ouvrant des pistes personnelles.
La formation de Céline Le Belz comprend un Brevet des Métiers d’Art en broderie main, spécialité broderie or. Elle a créé l’Atelier Brodeline en 2000 après un parcours nourri par son intérêt pour le costume traditionnel breton. Cette spécialisation lui a donné les bases de la broderie or et des techniques à la main, puis son activité s’est élargie aux vêtements, au patrimoine, aux tentures, aux sculptures et aux collaborations. La pratique s’est construite au fil de projets très divers, sans renoncer à l’exigence de la pièce unique et du travail minutieux.
En 2007, Céline Le Belz a obtenu le titre de Meilleur Ouvrier de France dans la catégorie liée à la peinture à l’aiguille. La pièce présentée, Pivoines et delphiniums, associe une composition florale, une toile de lin fine, du coton et des nuances travaillées au passé empiétant. Cette distinction récompense la maîtrise des points, de la couleur et de la composition. Le parcours de l’atelier présente également une coiffe-sculpture monumentale réalisée en environ huit cents heures, une tenture consacrée au cosmos et un tableau inspiré d’une légende du Golfe du Morbihan. Ces réalisations montrent l’amplitude des formats et des univers abordés.
Le travail sur un projet commence par l’échange autour de l’usage, du support et de l’image à produire. Pour un costume, il faut comprendre la coupe, la manière dont le vêtement sera porté et les parties qui doivent rester souples. Pour une tenture, le dessin, les dimensions et la distance de présentation orientent la densité des points. Pour une sculpture, la structure et le mode d’exposition déterminent la manière d’ancrer la broderie. Dans une collaboration, ces décisions se prennent avec le créateur ou l’artisan qui porte le projet, afin que la broderie remplisse son rôle sans perdre sa qualité propre.
La restauration et la copie de costumes historiques exigent une attention particulière aux documents de référence. Photographies, pièces conservées, fragments, descriptions et habitudes régionales peuvent aider à comprendre une forme ou un décor. Le travail ne consiste pas à ajouter des ornements au hasard, mais à retrouver une cohérence entre le textile, le motif et l’époque représentée. Lorsque les informations sont incomplètes, la brodeuse doit différencier la restitution fondée sur un modèle et la part de création nécessaire à la réalisation. Cette distinction permet de conserver la lisibilité du projet et le caractère du vêtement.
La broderie entièrement manuelle donne à chaque pièce une présence qui ne se réduit pas à son motif. Les petites variations de tension, la profondeur des points, la direction des fils et les changements de lumière font partie de la surface. Sur un tableau, elles créent un relief que l’on découvre en approchant. Sur un vêtement, elles accompagnent le mouvement et modifient la perception du décor lorsque la personne se déplace. Sur une bannière ou un élément liturgique, elles participent à la visibilité de l’ensemble. La main reste ainsi au centre de la fabrication, de la préparation du dessin jusqu’aux derniers points.
À Plumelec, Céline Le Belz propose une broderie d’art qui relie patrimoine breton, broderie or, peinture à l’aiguille et création contemporaine. Costumes, tabliers, gilets, coiffes, vêtements, tableaux, tentures, sculptures, bannières et ornements peuvent être conçus, restaurés, copiés ou développés dans le cadre d’une collaboration. Le travail associe connaissance des matières, choix précis des points et patience d’exécution. Brodeline s’adresse ainsi aux projets qui cherchent une présence textile durable, qu’ils s’inscrivent dans une tradition régionale, dans une œuvre contemporaine ou dans la mise au point d’un objet singulier.