À Saint-Beauzile, dans le Tarn, Chloé Lecoup crée des céramiques utilitaires et décoratives sous le nom d’Atelier Panthère. Son travail associe le grès et la porcelaine à une recherche très personnelle sur la couleur, le motif et la forme. Les objets sont pensés pour entrer dans le quotidien, mais ils gardent une présence sensible grâce à leurs volumes, leurs dégradés et leurs surfaces travaillées. Une pièce peut servir à la table, accompagner un intérieur ou être regardée comme un petit objet sculptural. Cette attention simultanée à l’usage et à l’apparence donne à la production de l’atelier une identité douce, colorée et immédiatement reconnaissable.
Le parcours de Chloé Lecoup commence dans le design textile. Elle a travaillé à Lyon dans cet univers avant de se tourner vers la terre, avec l’envie de regarder, de toucher et de fabriquer directement. En 2017, elle découvre la pratique de la céramique dans un atelier et décide d’approfondir cette voie. Elle suit ensuite une année de formation à la Maison de la Céramique de Dieulefit, dans la Drôme. Cette étape lui apporte une base technique et l’aide à préciser une orientation où la matière, le décor et la fonction restent étroitement liés. En 2020, elle ouvre l’Atelier Panthère à Saint-Beauzile, dans un environnement de vignes et de collines du Tarn.
Le regard du designer textile demeure présent dans chaque collection. Chloé Lecoup conserve un goût marqué pour les couleurs et les motifs, mais elle les transpose sur des volumes céramiques. Le décor n’est pas posé sur une forme indifférente. Il doit suivre une courbe, accompagner un bord, se transformer lorsqu’un objet tourne sur lui-même et rester cohérent avec la fonction de la pièce. Les teintes pastel apportent une atmosphère claire et délicate. Elles sont parfois associées à des lignes, des carreaux ou des dégradés qui donnent à la surface un rythme graphique. La couleur devient ainsi une composante de la construction, au même titre que le profil et la matière.
L’Atelier Panthère travaille deux terres qui offrent des réponses différentes. La porcelaine teintée dans la masse permet de faire entrer la couleur au cœur du matériau, et non seulement sur sa surface. Elle donne des pièces fines où les transitions colorées peuvent rappeler un mouvement, un paysage ou une variation de lumière. Le grès chamotté possède une présence plus chaleureuse et une texture qui accompagne volontiers des formes simples ou des assemblages plus géométriques. Le choix de la terre dépend de la silhouette recherchée, de la sensation au toucher et de la relation entre le décor et l’usage quotidien.
Le modelage constitue l’un des gestes fondamentaux de cette pratique. Chloé Lecoup façonne des formes à la main, au colombin ou à la plaque, selon le volume et l’effet souhaités. Le travail commence par une masse qu’il faut organiser, amincir, soutenir et laisser évoluer. Le colombin permet de construire progressivement une paroi en superposant des boudins de terre. La plaque offre une autre manière de penser les plans, les angles et les raccords. Le modelage manuel conserve les traces d’une construction attentive, même lorsque la finition donne à l’objet une apparence très régulière.
Ces premières formes servent aussi à fabriquer des moules en plâtre. Le moulage permet de répéter une silhouette tout en laissant une place aux choix de couleur et de surface. Il faut d’abord comprendre le volume, repérer les lignes de séparation et anticiper la façon dont la terre pourra se retirer du moule. La technique crée un lien particulier entre une forme conçue par la main, un outil de reproduction et l’objet final. Elle est adaptée aux collections où plusieurs pièces partagent une structure, mais où chaque décor, chaque nuance et chaque finition peut conserver une variation.
La première famille de créations s’appuie sur la porcelaine et les dégradés. Les couleurs passent d’un ton à un autre avec des transitions qui peuvent évoquer le mouvement des vagues, les couchers de soleil ou la profondeur des paysages. Ces références ne sont pas traitées comme des images peintes au sens classique. Elles sont traduites par des passages de teinte et par la rencontre entre une forme douce et une surface colorée. Le regard suit le dégradé autour de l’objet, découvre un changement d’intensité et comprend progressivement comment la couleur accompagne le volume.
La collection en grès s’inspire quant à elle du Memphis Design. Elle explore l’assemblage de formes, la géométrie et le motif, avec une énergie plus graphique. Les lignes et les carreaux organisent la surface tandis que les volumes gardent une dimension tactile. La construction peut jouer sur des éléments qui se rencontrent, des profils qui se répondent ou des ruptures de rythme. Le grès chamotté apporte alors une chaleur qui équilibre la vivacité des décors. Cette série montre comment Chloé Lecoup passe d’un registre de teintes fondues à une composition plus structurée sans perdre son intérêt pour l’objet utile.
Les pièces utilitaires occupent une place centrale dans sa démarche. Vaisselle, vases et objets destinés à la maison sont conçus pour être utilisés, déplacés et observés sous plusieurs angles. Une forme doit être agréable à prendre en main, trouver une stabilité et conserver une lisibilité lorsque le décor se poursuit sur ses côtés. Le choix de la matière agit sur la sensation de poids, la texture et la façon dont la lumière se pose sur la surface. La fonction n’est donc pas séparée de la recherche esthétique : elle offre une situation concrète dans laquelle la couleur et le volume peuvent être appréciés.
La cuisson se fait dans un four électrique à haute température. Cette étape transforme les objets et fixe la relation entre la terre, la couleur et la finition. Dans les pièces décrites par l’atelier, l’intérieur peut recevoir un émail tandis que l’extérieur est poncé pour obtenir une matité douce. Le contraste entre une surface plus brillante et une enveloppe plus mate renforce la profondeur du décor. Il permet aussi de distinguer les zones que la main touche, celles qui retiennent la lumière et celles qui restent plus discrètes. La finition participe pleinement à l’expérience de l’objet.
La production alterne petites séries et pièces uniques. Une série offre un cadre commun, mais chaque objet peut conserver une nuance propre en raison du travail de la terre, des couleurs et des cuissons. Une pièce unique permet de pousser plus loin une recherche de volume ou de motif, sans devoir la reconduire à l’identique. Dans les deux cas, la fabrication artisanale maintient une relation étroite entre le dessin, le geste et le résultat. Les différences ne sont pas des défauts à effacer ; elles témoignent de la rencontre entre un matériau vivant et une main qui l’accompagne.
Les décors de l’Atelier Panthère restent liés à la vie quotidienne. Une couleur pastel peut apporter une présence discrète à une table, alors qu’un motif géométrique affirme davantage la personnalité d’un vase ou d’un objet décoratif. Le même langage se déplace d’une pièce à l’autre : les formes, les lignes et les teintes créent des correspondances sans produire une collection uniforme. Cette cohérence permet d’associer plusieurs objets tout en laissant à chacun son propre rythme. Le travail invite à choisir une céramique pour son usage, mais aussi pour la sensation qu’elle apporte dans l’espace.
La transmission accompagne également l’activité de Chloé Lecoup. L’Atelier Panthère propose des cours de modelage et des stages qui permettent de découvrir les gestes de base, de construire une forme et de comprendre la relation entre terre, séchage et cuisson. Les pratiques peuvent s’adresser à des personnes qui commencent comme à celles qui souhaitent approfondir leur approche. Le modelage offre un accès direct à la matière : on apprend à soutenir une paroi, à réunir deux parties, à corriger une silhouette et à accepter le temps nécessaire avant la cuisson. Cette pédagogie prolonge la volonté de rendre la céramique présente dans le quotidien.
L’atelier est installé dans un village du Tarn, dans un cadre qui nourrit une relation attentive aux couleurs et aux paysages sans enfermer la création dans une représentation littérale. Les dégradés de la porcelaine peuvent rappeler une profondeur ou un mouvement, tandis que les formes en grès s’appuient sur une géométrie plus affirmée. Le territoire devient un contexte de travail, mais le vocabulaire de Chloé Lecoup reste ouvert à des influences multiples : design textile, graphisme, architecture des volumes et observation des objets que l’on utilise chaque jour.
Les créations peuvent aussi répondre à des projets particuliers. La maîtrise du modelage et du moulage permet d’étudier une forme, une série ou une combinaison de couleurs selon un besoin précis. Un objet destiné à une table, à une décoration ou à une présentation doit conserver la cohérence du langage de l’atelier tout en trouvant la bonne échelle. La discussion porte alors sur le volume, le décor, la matière et le contexte d’usage. La recherche de Chloé Lecoup offre une base identifiable, mais le travail manuel laisse la place à une réponse adaptée à chaque projet.
À Saint-Beauzile, Chloé Lecoup fait dialoguer la douceur des tons pastel et la précision des motifs avec des formes en grès et en porcelaine. Son expérience de designer textile se prolonge dans une céramique où la couleur accompagne le volume, où le décor suit les surfaces et où l’objet garde une fonction réelle. Modelage, colombinage, travail à la plaque et moulage en plâtre construisent les pièces ; la cuisson électrique, l’émail et le ponçage leur donnent leur aspect final. Vaisselle, vases, petites séries, pièces uniques et stages forment un ensemble cohérent, sensible et profondément lié à la main.