À Saint-Pierre-en-Faucigny, en Haute-Savoie, Christine Charbonnel exerce le métier de maître-verrier autour de la création et de la restauration de vitraux d’art. Son parcours est lié à une pratique de longue durée : elle travaille le vitrail depuis 1988 et propose également des cours et des stages d’initiation depuis 2006. Son atelier s’adresse aussi bien aux projets de création qu’aux interventions sur des œuvres existantes, avec une attention particulière portée à la lumière, à la transparence et aux couleurs qui se transforment selon leur environnement.
Christine Charbonnel a appris le métier de manière autodidacte, en pratiquant et en se documentant avant de recevoir ses premières commandes de création et de restauration dans la région. Cette progression explique la place accordée à l’observation et à l’expérience directe. Un vitrail ne se comprend pas uniquement par son dessin : il faut aussi regarder la qualité des verres, l’état du réseau de plomb, les soudures, les armatures et la manière dont le panneau s’insère dans le bâtiment. La lumière naturelle, l’humidité et les mouvements du support peuvent modifier l’état d’une œuvre au fil des années.
La restauration occupe une place centrale dans son activité. De nombreux vitraux anciens ont été réalisés au XIXe siècle et présentent des scènes religieuses, des figures de saints ou des compositions géométriques. Avec le temps, le réseau de plomb se fragilise, les panneaux peuvent s’affaisser et les pièces de verre risquent de se fendre ou de tomber. Une restauration commence alors par un diagnostic des désordres. Le maître-verrier doit comprendre ce qui relève de la structure, ce qui concerne les pièces de verre et ce qui dépend du châssis ou de l’édifice. Le protocole d’intervention est établi à partir de cet examen.
Lorsque le réseau de plomb doit être remplacé, les pièces originales sont conservées autant que leur état le permet. Ce choix protège la valeur historique de l’ensemble et évite de confondre une restauration avec une reconstruction complète. Les parties lacunaires demandent parfois des recherches iconographiques afin de retrouver un motif, une silhouette ou une continuité de composition. Le travail associe donc la technique du verre à l’étude du décor. Le nettoyage, le repérage des panneaux, la dépose et la repose doivent rester cohérents avec la fonction du vitrail et avec les contraintes du lieu où il est installé.
La création permet une relation différente avec la matière. Un projet neuf peut être conçu pour une habitation, un bâtiment public, un lieu de culte ou un espace décoratif. Le dessin organise les lignes, les masses colorées et les zones de transparence. Le choix des verres modifie la façon dont la lumière traverse le panneau : une surface peut être claire, texturée, colorée ou plus diffuse. Le résultat dépend du dialogue entre la composition et l’architecture. Une porte, une fenêtre ou une séparation intérieure ne reçoit pas le même traitement, car les angles de vue, les usages et les conditions d’éclairage diffèrent.
Le titre obtenu en 2004 au concours « Un des Meilleurs Ouvriers de France », dans la catégorie des vitraux d’art, marque une étape précise de ce parcours. Pour l’épreuve finale, Christine Charbonnel disposait de deux années pour réaliser une œuvre sur un sujet imposé, représentant environ 800 heures de travail. Cette expérience témoigne d’une capacité à conduire un projet long, à tenir une exigence technique et à mener une composition jusqu’à son aboutissement. Elle ne remplace pas l’examen particulier de chaque demande, mais elle éclaire la nature de la pratique présentée par l’atelier.
La transmission complète la création et la restauration. Les cours particuliers et les stages d’initiation permettent de découvrir les principales étapes du vitrail sous l’accompagnement d’une professionnelle. Pour une personne débutante, le travail peut commencer par le dessin, la coupe du verre, l’assemblage et la soudure. Chaque opération demande de la précision et une compréhension des effets recherchés. La formation peut aussi aider à mieux apprécier la construction d’un panneau ancien, car les gestes techniques rendent visibles les choix qui organisent les lignes et les couleurs.
L’activité de Christine Charbonnel s’exerce principalement en Haute-Savoie, tout en pouvant concerner des restaurations dans d’autres régions de France et ponctuellement à l’étranger. Cette mobilité est cohérente avec la nature des chantiers patrimoniaux, qui dépendent de l’édifice, de la taille des panneaux et de leur état. Avant toute intervention, les photographies, les dimensions, l’histoire connue de l’œuvre et les conditions d’accès permettent de préparer un premier échange. Une création demande pour sa part de préciser l’usage du vitrage, la place de la lumière, les dimensions disponibles et l’ambiance recherchée.
À Saint-Pierre-en-Faucigny, l’atelier réunit ainsi trois dimensions complémentaires : préserver des vitraux fragilisés, concevoir des œuvres adaptées à un lieu et transmettre les gestes qui donnent forme au verre. L’expérience acquise depuis 1988, le titre de Meilleur Ouvrier de France et l’enseignement proposé depuis 2006 dessinent une pratique centrée sur le savoir-faire du maître-verrier. Chaque projet appelle une étude propre, qu’il s’agisse de conserver un décor ancien, de créer une composition contemporaine ou de découvrir progressivement les techniques du vitrail.