À Salins-les-Bains, dans le Jura, Marc Fontaine fabrique des clavecins dans un atelier qu’il présente comme installé depuis 1994. Son parcours associe l’ébénisterie, la pratique de la musique ancienne et la construction d’instruments. Il travaille seul et réalise lui-même les pièces de ses clavecins, notamment les claviers et les sautereaux. Cette organisation donne à chaque instrument une continuité entre le choix des bois, la construction de la caisse, la préparation du mécanisme et la recherche d’un réglage stable.
La relation de Marc Fontaine avec les instruments anciens commence par la musique. Son premier instrument est la guitare, puis il se tourne rapidement vers le luth, qu’il fabrique comme premier instrument d’époque. Après avoir choisi l’ébénisterie pour entrer dans la vie professionnelle et acquis de l’expérience dans ce domaine, il s’oriente vers la facture de clavecins. Cette trajectoire relie la connaissance du bois à une attention portée au fonctionnement et à la sonorité des instruments destinés au répertoire ancien.
Le bois est préparé longtemps avant de devenir une partie du clavecin. Marc Fontaine explique sélectionner les épicéas de la région, réputée pour ses bois de résonance, en fonction de leur utilisation. À l’atelier, les bois sont choisis selon des critères d’esthétique, de stabilité et de méthode de débit. Ils sont sciés en scierie sous son contrôle, avec une méthode adaptée à leur future fonction. Ils sèchent ensuite naturellement pendant quelques années, avant d’être débités et stabilisés durant plusieurs mois. Cette durée de préparation accompagne la recherche d’un matériau qui puisse rester fiable une fois intégré à l’instrument.
Le choix d’un bois ne concerne pas seulement l’apparence extérieure. Dans un clavecin, les différentes pièces n’ont pas toutes le même rôle ni les mêmes contraintes. La caisse, les éléments porteurs, les pièces de clavier et les parties qui transmettent le mouvement doivent être fabriqués avec des matériaux appropriés à leur usage. La méthode de débit influence la manière dont une pièce se comporte, tandis que la stabilité du bois est une condition de la précision du montage. L’approche de l’atelier commence donc avant l’assemblage, par une sélection et une préparation qui tiennent compte de la destination de chaque élément.
La fabrication personnelle des claviers et des sautereaux constitue un point fort de la démarche. Le clavier transmet le geste du musicien ; les sautereaux portent les plectres qui pincent les cordes. La relation entre ces pièces conditionne la régularité du toucher et la réponse de l’instrument. En réalisant ces éléments à l’atelier, Marc Fontaine maîtrise leur fabrication et peut les intégrer à la conception générale du clavecin. Le travail ne se réduit pas à réunir des composants achetés séparément : il s’inscrit dans une construction suivie, où la mécanique est pensée avec la caisse, les cordes et la recherche sonore.
Les clavecins de Marc Fontaine s’inspirent de modèles historiques sans chercher à en produire des copies exactes. Les techniques éprouvées des anciens facteurs servent de référence, puis sont perfectionnées avec les solutions propres à l’atelier. Cette position permet de conserver un lien avec les instruments qui ont marqué les différentes écoles de facture tout en laissant place à une interprétation contemporaine du travail. La stabilité et le réglage sont recherchés au même titre que la beauté de la sonorité, car un instrument doit être agréable à entendre mais aussi cohérent et fiable dans son usage musical.
Le catalogue présente plusieurs familles de clavecins. On y trouve des clavecins d’étude, des modèles français, allemands et italiens, des instruments franco-allemands ainsi que des versions à deux claviers. Ces appellations ne désignent pas uniquement une forme décorative. Elles renvoient à des traditions de construction, à des proportions, à des dispositions de clavier et à des caractères sonores différents. Le choix d’un modèle peut ainsi dépendre du répertoire pratiqué, de la place disponible, du type de toucher souhaité et de la relation recherchée avec une école historique.
Un modèle français du XVIIIe siècle à un clavier est présenté comme inspiré d’un clavecin de Blanchet. Sa caisse est en peuplier peint. Les naturelles du clavier sont en ébène avec arcades, tandis que les dièses sont en noyer plaqué os. Le piétement peut prendre une forme standard ou Louis XV. L’instrument possède une étendue fa-fa et deux jeux de huit pieds ; sa longueur indiquée est de 2,28 mètres. Ces détails montrent comment une référence historique se traduit en choix de bois, de placage, de clavier, de piétement et de disposition sonore.
Un autre modèle français du XVIIIe siècle, à deux claviers, est donné d’après Hemsch. Sa caisse est également en peuplier peint, avec des naturelles en ébène et des dièses en noyer plaqué os. Le piétement est proposé en version standard, Louis XV ou Louis XVI. L’étendue est fa-fa, avec deux jeux de huit pieds, un jeu de quatre pieds et un jeu de luth ; la longueur indiquée est de 2,39 mètres. La présence de deux claviers et d’un jeu de luth ouvre une autre relation au répertoire et à la registration que le modèle français à un seul clavier.
La famille allemande est représentée par un grand clavecin à deux claviers d’après Silbermann. La caisse du modèle original est en chêne, avec une proposition en noyer verni ou en finition peinte grisard. Les naturelles sont en ébène avec arcades et les dièses en noyer plaqué os. Une rosace en parchemin et plusieurs options de piétement complètent la présentation. L’instrument possède une étendue fa-fa, deux jeux de huit pieds et un jeu de quatre pieds ; sa longueur indiquée est de 2,64 mètres. La comparaison de ces modèles fait apparaître les différences de proportions, de matériaux et de composition qui donnent à chaque tradition sa personnalité.
Les versions franco-allemandes et italiennes sont également mentionnées parmi les familles fabriquées par l’atelier. Les petits clavecins d’étude répondent à une autre échelle que les instruments à deux claviers. Le choix peut porter sur une conception plus compacte, sur une disposition adaptée au travail quotidien ou sur une facture destinée à un répertoire particulier. La demande est étudiée en fonction du modèle souhaité et des caractéristiques qui doivent être conservées ou adaptées. L’atelier présente ainsi une gamme assez large pour parler de facture historique sans réduire le clavecin à une seule silhouette.
La table d’harmonie peut aussi faire l’objet d’une approche plus contemporaine pour certains clavecins. Marc Fontaine indique proposer, à la demande, une table d’harmonie à facture plus actuelle, avec une double table. Cette possibilité s’inscrit dans la recherche menée autour de la sonorité et de la stabilité. Elle ne supprime pas la référence aux modèles anciens ; elle offre une autre manière de travailler la réponse de l’instrument lorsque le projet justifie une solution différente. Le choix est lié au clavecin concerné et à la conception générale retenue.
Une commande de clavecin se construit donc autour de plusieurs décisions liées. Le modèle historique donne une direction, mais il faut aussi examiner la place de l’instrument, la présence d’un ou de deux claviers, l’éventuel pédalier, la finition de la caisse, le piétement, l’étendue et la disposition des jeux. La matière du clavier, le choix des placages, la rosace et les proportions participent à l’identité de l’ensemble. L’atelier peut partir d’une famille française, allemande, italienne ou franco-allemande et préciser ensuite les caractéristiques de l’instrument à réaliser.
À Salins-les-Bains, Marc Fontaine poursuit ainsi une facture de clavecins fondée sur le travail solitaire de l’atelier, la préparation patiente des bois et la fabrication intégrale des pièces essentielles. Ses instruments s’inspirent de modèles historiques sans être des copies, avec une attention portée à la sonorité, à la stabilité et au réglage. Clavecins d’étude, français, allemands, italiens et franco-allemands, instruments à un ou deux claviers et solutions de table d’harmonie offrent des directions différentes selon le projet musical. La demande peut être étudiée directement avec le facteur à partir du modèle, du répertoire et de l’usage envisagé.