À Lagraulet-du-Gers, Agnès Busnel développe la verrerie d’art D’ARTAGNÈS. Son travail se concentre sur la fusion du verre au four et au chalumeau, avec des créations destinées à la décoration intérieure. La transparence, les reflets et les chatoiements sont au centre de son approche. Le verre y apparaît comme une matière qui change selon la lumière, l’épaisseur, la couleur et la manière dont les éléments sont réunis. Bols, bouchons, paravents et luminaires témoignent d’un univers où la pièce décorative conserve la présence du geste et la singularité de la matière.
Le parcours d’Agnès Busnel s’est construit par les voyages et la rencontre de plusieurs traditions verrières. Elle a sillonné la planète avant de se former à Istanbul, au centre de formation verrière Glass Furnace. Elle y a approfondi différentes techniques auprès de formateurs internationaux. Cette expérience lui a permis d’aborder le filage de perles en verre de Murano, le fusing, le travail des poudres et le travail du verre au chalumeau. Ces pratiques ne demandent pas la même relation au matériau : le verre peut être étiré, assemblé, fusionné, coloré ou mis en forme avec une précision différente selon la technique.
Le filage au chalumeau se travaille à proximité immédiate de la flamme. Le verre est chauffé jusqu’à devenir suffisamment malléable pour être étiré et modelé. La forme apparaît par la combinaison de la chaleur, du mouvement et du refroidissement progressif. Le geste doit rester précis, car une variation de température ou de vitesse modifie la ligne obtenue. Le filage de perles permet de composer des éléments de petite dimension, avec des volumes, des couleurs et des détails qui peuvent ensuite être réunis dans une création.
Le verre de Murano est associé à ce travail de perles dans la présentation de l’atelier. Sa couleur, sa transparence et sa manière de réagir à la flamme offrent une palette particulière. Le verre est choisi en fonction du résultat recherché, puis chauffé et transformé par étapes. La régularité d’une perle ne tient pas seulement à son contour : elle dépend aussi de la répartition de la matière, de l’équilibre du volume et de la qualité de la surface. Le refroidissement doit accompagner la fabrication pour préserver la pièce et éviter les tensions excessives.
Le fusing repose sur la fusion de plusieurs éléments dans un four. Des morceaux de verre, des couleurs et des poudres peuvent être disposés avant la cuisson afin de former une plaque, un relief ou une composition. La chaleur rapproche les éléments et modifie leurs contours. Le résultat dépend de la température, du temps de cuisson, de la compatibilité des verres et de la manière dont ils sont placés. Une surface peut rester lisible comme une composition de fragments ou devenir plus homogène après la fusion.
Le travail des poudres apporte une autre façon de construire la couleur et la texture. La poudre de verre peut être déposée, superposée ou répartie sur une surface avant le passage au four. Les couches influencent la densité, la transparence et la présence du motif. Une poudre claire ne produit pas la même profondeur qu’une poudre dense, et la lumière traverse différemment une zone fine ou épaisse. Ce travail demande de prévoir la manière dont les éléments vont se transformer lorsqu’ils seront chauffés.
La fusion au four donne au verre une relation particulière avec le temps. Le matériau doit atteindre une température suffisante pour se réunir, puis revenir progressivement à un état stable. La cuisson ne se résume pas à l’instant où les éléments se rencontrent : la montée en température, le palier et le refroidissement participent à la qualité de la pièce. Le rythme du four accompagne la création et permet de conserver une surface, un relief ou une transparence selon le projet.
Le chalumeau et le four ne produisent pas les mêmes formes. Au chalumeau, la verrière travaille une quantité de matière plus localisée et suit directement son évolution dans la flamme. Au four, elle prépare une composition qui sera transformée dans un espace de cuisson. Les deux approches peuvent se compléter, mais chacune impose son vocabulaire. Une pièce peut privilégier la ligne et le volume, tandis qu’une autre s’appuie sur la superposition de couleurs, la fusion et la surface.
Les luminaires forment une famille importante de créations chez D’ARTAGNÈS. Le verre y est pensé en relation avec l’éclairage et avec l’espace intérieur. Une pièce lumineuse doit diffuser, filtrer ou réfléchir la lumière tout en conservant une structure adaptée à sa fonction. La transparence peut laisser apparaître la lumière, tandis qu’une partie plus épaisse ou colorée crée une zone de profondeur. Les reflets se déplacent sur les murs et les meubles, ce qui donne à l’objet une présence différente lorsqu’il est allumé ou éteint.
La forme d’un luminaire influence la manière dont il est perçu. Une suspension organise la lumière autour d’un point placé en hauteur, alors qu’une lampe posée crée une relation plus proche avec une table ou une console. Un abat-jour ou un élément en verre peut retenir une partie de la lumière et en laisser passer une autre. Les transparences, les opacités et les reliefs forment alors un équilibre entre éclairage et décoration. Le travail artisanal conserve des variations qui empêchent la surface de devenir parfaitement uniforme.
Les paravents jouent sur la séparation et la lumière. Une plaque ou un assemblage de verre peut délimiter un espace sans produire une fermeture totalement opaque. La lumière traverse certaines zones, se réfléchit sur d’autres et change la perception du décor en fonction du point de vue. Le motif et la structure doivent être pensés avec la stabilité de l’ensemble. Un paravent peut devenir un élément d’architecture intérieure tout en gardant une qualité de pièce artistique.
Les bols permettent d’observer la relation entre forme, bord et transparence. Leur volume doit être lisible dans la main et dans l’espace où ils sont posés. Une surface colorée ou travaillée réagit à la lumière qui arrive par le dessus et aux ombres projetées sur la table. La courbe du bord donne une direction à la pièce, tandis que l’épaisseur influence la sensation de solidité. Un bol décoratif peut rester proche d’une forme simple ou devenir une composition où la couleur et le relief occupent une place majeure.
Le bouchon est un objet de petite dimension qui demande une attention particulière aux proportions. Il associe une partie destinée à fermer et une partie visible, souvent conçue pour être saisie. Le verre peut apporter une touche de couleur, un volume ou un détail qui transforme un objet utilitaire en élément décoratif. La prise en main, l’équilibre et la relation entre le verre et le support font partie du dessin. La fabrication manuelle donne à chaque bouchon une présence distincte.
La transparence est travaillée comme une matière à part entière. Elle n’est jamais identique selon la couleur, l’épaisseur ou l’éclairage. Un verre transparent peut faire apparaître le fond et les ombres, alors qu’un verre coloré transforme la lumière avant de la transmettre. Un relief peut accrocher les reflets et rendre la surface plus active. Les chatoiements évoqués par l’atelier naissent de cette relation entre la lumière, le volume et les mouvements du regard.
La couleur peut être concentrée dans une zone ou répartie sur toute la pièce. Les poudres, les éléments de verre et les cuissons contribuent à cette construction. Une teinte peut rester douce et translucide, devenir plus profonde dans une partie épaisse ou se mêler à une autre couleur lors de la fusion. Le choix ne dépend pas seulement de la nuance observée à plat : la lumière révèle des différences selon l’angle et l’environnement. La verrière compose donc avec une couleur en mouvement.
Les créations de D’ARTAGNÈS sont dédiées à la décoration intérieure, mais elles ne sont pas réduites à une fonction d’ornement. Une lampe modifie l’ambiance d’une pièce, un paravent organise les espaces, un bol introduit une forme dans un quotidien et un bouchon ajoute un détail tactile à un objet. La matière garde le souvenir de la chaleur et du geste. Les différences de surface, de transparence et de couleur donnent aux réalisations un caractère qui se découvre en les regardant sous plusieurs lumières.
La fabrication d’une pièce en verre demande de penser les étapes dans le bon ordre. Le dessin détermine les dimensions, la quantité de matière et les zones qui devront être assemblées. Le choix de la technique guide ensuite le travail : filage, fusing, poudres, fusion au four ou chalumeau. La cuisson ou le refroidissement ne peuvent pas être séparés de la conception, car ils modifient le résultat. Une pièce réussie tient ainsi à la relation entre préparation, geste, chaleur et observation.
Les formateurs rencontrés par Agnès Busnel à Glass Furnace représentent plusieurs voies de travail. Andrea Guarino, Jelveh Jaferian et Michaela Möller sont cités pour le filage de perles en verre de Murano. Mark Ditzler et Bob Leatherbarrow sont associés au fusing et au travail des poudres. Tom Galbraith et Christian Arnold interviennent dans le travail au chalumeau. Ces références montrent la diversité des apprentissages qui nourrissent l’activité de la verrière, sans réduire son travail à une seule technique.
Le retour à Lagraulet-du-Gers marque l’installation de la verrerie D’ARTAGNÈS dans un village du Gers. Après ses expériences et ses formations, Agnès Busnel y concentre son activité sur la fusion au four et au chalumeau. Le lieu de production devient le cadre d’une recherche consacrée aux transparences, aux reflets et aux objets destinés à l’intérieur. Le verre y est travaillé à une échelle artisanale, avec une attention à la forme et à la relation entre chaque création et l’espace qui l’accueille.
La pratique de la verrière s’inscrit dans une recherche de pièces singulières. Un bol, une lampe ou un paravent peut reprendre une idée générale sans être reproduit exactement. Les petites différences de placement, de fusion, de relief et de transparence participent au caractère de l’objet. Le four et la flamme ne donnent pas toujours une surface identique, et le travail de la main conserve cette part de variation. La pièce porte ainsi la trace de son parcours de fabrication.
À Lagraulet-du-Gers, D’ARTAGNÈS réunit le verre de Murano, le fusing, les poudres, le travail au four et le chalumeau autour de créations pour la décoration intérieure. Agnès Busnel façonne des luminaires, des bols, des bouchons et des paravents en jouant avec la transparence, la couleur et les reflets. Sa formation internationale et son installation dans le Gers donnent à son travail une identité ouverte, nourrie par plusieurs gestes verriers mais centrée sur la fusion et la lumière. Les créations s’adressent aux personnes qui recherchent un objet en verre fabriqué à la main, une pièce décorative unique ou un luminaire dont la matière transforme l’espace.