À Montoulieu, en Ariège, Kévin Catois développe sous le nom de Dimikev – Créations bois et métal un travail de sculpture qui fait dialoguer les matières naturelles, les objets anciens et l’imaginaire. Son atelier est présenté par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat Occitanie comme une étape de la Route des Métiers d’Art. Il y façonne le bois et le métal, mais il les aborde aussi comme des fragments capables de changer de rôle. Un tronc, un morceau de bois, une pièce métallique, un outil ou une machine oubliée peuvent devenir les éléments d’une œuvre nouvelle.
Le sculpteur décrit un univers où les copeaux, les étincelles, les éclairs et la poussière accompagnent la transformation de la matière. L’image rend compte d’une pratique physique, mais elle ne suffit pas à résumer son approche. Le geste doit rester précis, car chaque enlèvement de bois modifie une silhouette et chaque incision dans le métal change une surface. La forme se construit dans un échange permanent entre ce que le matériau permet, ce que l’œil repère et ce que l’imagination projette. La sculpture naît d’un équilibre entre décision, adaptation et découverte.
Kévin Catois a connu une évolution dans ses outils et dans sa manière de travailler. Il évoque le passage des gouges et des maillets à la tronçonneuse et à la meuleuse. Ces instruments ne produisent pas le même rapport au temps ni à la surface. La gouge creuse, dessine et affine par petites touches ; le maillet accompagne la coupe et permet de contrôler la profondeur. La tronçonneuse enlève plus rapidement de grandes quantités de bois et laisse des traces qui peuvent participer à l’aspect final. La meuleuse intervient sur le métal, mais aussi sur les textures et les transitions entre les éléments.
Le recours à des outils puissants ne dispense pas d’une observation attentive. Le bois possède ses nœuds, ses fentes, ses changements de fil et ses zones de densité différente. Une essence peut se laisser entailler facilement tandis qu’une autre résiste ou arrache davantage les fibres. Les irrégularités peuvent devenir des yeux, des écailles, une ligne de dos, une articulation ou une nervure. Le sculpteur doit parfois modifier son idée pour suivre une courbe présente dans le tronc. La forme finale garde ainsi la mémoire de la matière qui l’a portée.
Les bois employés par Dimikev sont de différentes essences et peuvent être bruts ou issus du réemploi. Leur histoire n’est pas toujours connue dans le détail, mais elle apparaît dans leur état, leur couleur, leurs blessures et leur texture. Un morceau récupéré ne se comporte pas comme une pièce neuve parfaitement calibrée. Il peut porter des traces de clous, une ancienne coupe, une surface érodée ou une teinte modifiée par le temps. Plutôt que de rendre ces marques invisibles, l’artiste les intègre dans la composition lorsqu’elles servent la présence de l’œuvre.
Le métal introduit un autre rythme. Il peut être formé, découpé, assemblé ou associé au bois. Sa surface réfléchit la lumière différemment, ses arêtes créent des lignes nettes et ses traces d’outils demeurent parfois visibles. Un élément métallique peut servir d’ossature, de prolongement ou de contrepoint à une masse sculptée. Le métal permet aussi de faire entrer dans l’œuvre des objets qui appartenaient à un autre monde : pièce mécanique, outil, fragment de machine ou élément utilitaire. Leur fonction première disparaît, mais leur silhouette et leur patine continuent d’agir.
Cette réutilisation transforme le regard porté sur les objets oubliés. Une pièce mécanique peut évoquer une articulation, une carapace ou une créature ; un outil ancien peut devenir un signe dans une composition ; une plaque usée peut apporter une profondeur visuelle qu’un métal neuf ne posséderait pas. Le réemploi n’est pas un simple ajout décoratif. Il impose de tenir compte des proportions, du poids, des fixations et de la relation entre les matières. L’artiste cherche une cohérence entre l’objet trouvé et la forme qu’il contribue à faire naître.
Les univers explorés sont nombreux : animal, végétal, organique, cosmique, mécanique, fantastique ou onirique. Ils peuvent se mêler dans une même sculpture. Une créature peut posséder une silhouette animale, des détails végétaux et une structure qui rappelle une machine. Une forme abstraite peut suggérer un mouvement, une croissance ou un fragment de paysage sans représenter un sujet reconnaissable. Cette ouverture permet à chaque œuvre de conserver une part d’ambiguïté. Le regard du visiteur complète la pièce en identifiant une présence, un caractère ou une histoire possible.
L’univers animal occupe une place visible dans les œuvres présentées par l’atelier. La sculpture Genette s’inscrit dans cette recherche sur les animaux et les silhouettes issues du vivant. Pour rendre un animal crédible, il ne suffit pas d’aligner des détails. Le poids du corps, l’inclinaison de la tête, la tension des pattes et la direction du regard doivent former un ensemble lisible. Le bois permet de suggérer le pelage par des reliefs, des arrachements ou des changements de plan, tandis que la lumière révèle la construction du volume.
Le Dragon, réalisé pour la Métropole Européenne de Lille et présenté au Jardin Mosaïc, est une œuvre en bois de chêne qui montre une autre échelle de création. Le dragon appartient à un imaginaire largement partagé, mais sa matérialité dépend de la structure qui lui donne son élan. Le chêne offre une présence dense et une résistance qui permettent de construire un volume puissant. Les courbes du corps, les pointes, les pattes et les éléments de la tête doivent être organisés pour que la figure puisse être reconnue depuis plusieurs points de vue.
Ormané est présenté comme un bois de séquoia ayant vécu en Ariège. Le nom de l’œuvre laisse place à une interprétation poétique, tandis que le matériau conserve une relation avec le territoire. Un séquoia porte une échelle, une fibre et une verticalité qui diffèrent de celles du chêne. La sculpture peut alors s’appuyer sur la douceur des courbes, les différences de largeur et la manière dont les cernes se dévoilent. L’œuvre ne se réduit pas à une représentation ; elle fait sentir la rencontre entre un arbre, un paysage et une forme imaginée.
Dracovégétalis semble réunir deux règnes dans un même mot : le dragon et le végétal. Ce type de titre correspond à la liberté avec laquelle Dimikev rapproche des motifs qui appartiennent habituellement à des univers distincts. Une branche peut devenir une corne, une racine une patte, une excroissance un relief de peau ou une nervure. La sculpture s’enrichit de ces glissements. Le visiteur reconnaît des indices sans pouvoir enfermer immédiatement l’œuvre dans une catégorie unique.
La sculpture sur bois demande de construire la profondeur par plans successifs. Les premiers enlèvements établissent la silhouette générale ; les suivants dégagent les masses, les creux et les directions du mouvement. Les détails viennent ensuite, mais ils ne peuvent pas corriger une proportion mal engagée. Une tête trop lourde, une base trop étroite ou une ligne du dos mal orientée modifierait toute la lecture de l’animal. Le sculpteur travaille donc avec une vision globale, en alternant les distances et les angles d’observation.
La surface conserve parfois les traces de cette progression. Une coupe franche peut contraster avec une zone plus polie, une empreinte d’outil peut souligner un relief et une partie laissée plus brute peut rappeler l’origine du matériau. La finition ne cherche pas forcément à uniformiser. Elle peut accentuer certaines zones, protéger le bois et laisser la lumière glisser sur les différences de texture. Les ombres jouent un rôle décisif dans une sculpture : elles creusent les volumes, séparent les plans et donnent une expression aux formes.
Le travail du métal suit une logique différente mais complémentaire. La matière peut être chauffée, découpée, meulée ou assemblée selon l’effet recherché. Les soudures et les jonctions doivent être suffisamment solides pour supporter la composition, tout en pouvant rester visibles lorsqu’elles font partie du langage de l’œuvre. Une surface métallique peut être conservée brute, assombrie par une patine ou travaillée pour obtenir un contraste avec le bois. Les différences de température, de dilatation et de poids doivent être prises en compte lorsque les deux matériaux sont réunis.
L’atelier accueille aussi la réalisation de commandes et de projets destinés à des lieux extérieurs. Une œuvre installée dans un jardin, un parc ou un espace public doit être regardée depuis plusieurs directions et résister à des conditions différentes de celles d’une pièce intérieure. La base, la stabilité, l’évacuation de l’eau, la relation au sol et l’échelle du site deviennent partie intégrante de la conception. Une sculpture peut être conçue pour apparaître progressivement au cours d’un déplacement, ou pour s’imposer comme un repère dès l’entrée dans le lieu.
La présence de Dimikev au Jardin Mosaïc pour le Dragon montre comment une création peut entrer en dialogue avec un environnement paysager. Le végétal n’est plus seulement un thème ; il devient le cadre réel dans lequel l’œuvre est découverte. Les branches, les feuillages et les variations de lumière transforment la perception du bois sculpté. Une œuvre installée dehors change d’aspect selon la saison, l’humidité et l’heure. Cette relation avec le site prolonge le travail sur les formes organiques et rappelle que la sculpture peut vivre avec le paysage.
La transmission passe aussi par les rencontres avec le public. Dans le cadre de la Route des Métiers d’Art d’Occitanie, le public peut découvrir le travail de Dimikev, sculpteur sur bois et métal. Une visite permet d’observer les matières avant leur transformation, les outils et les œuvres à différents stades. Elle rend perceptible la différence entre une idée dessinée et une forme qui doit composer avec un tronc, une plaque ou un objet trouvé. La parole de l’artisan accompagne alors le regard sans remplacer l’expérience directe des volumes.
À Montoulieu, Kévin Catois construit ainsi un langage de sculpture fondé sur le bois, le métal et la métamorphose des objets. Les œuvres animalières, les formes végétales, les créatures fantastiques et les assemblages mécaniques se nourrissent de matières brutes ou réemployées. Ormané, Dragon, Dracovégétalis et Genette montrent plusieurs directions de cette recherche, entre territoire, imaginaire et observation du vivant. Les outils rapides ou précis, les traces laissées sur les surfaces et l’attention portée aux équilibres donnent aux pièces une présence singulière. Chaque création invite à regarder autrement ce qui semblait n’être qu’un morceau de bois, un fragment de métal ou un objet oublié.