À Paris, Édith Théret développe une pratique du vitrail contemporain qui associe la commande architecturale, la création libre et la transmission. Dans son atelier des Batignolles, elle imagine des verrières, des portes, des cloisons et des panneaux artistiques, mais aussi des sculptures de verre, des miroirs, des luminaires et des bijoux en séries très limitées. La lumière n’est pas un simple effet ajouté à l’objet : elle participe au dessin, à la perception des couleurs et à la manière dont une pièce change au fil de la journée.
Le parcours d’Édith Théret réunit les Beaux-Arts de Versailles, un DMA Vitrail et un DSAA à l’ENSAAMA. Sa formation lui donne une compréhension à la fois plastique et technique du verre. La coupe, le sertissage, la soudure et la finition doivent répondre à une intention de composition, mais la composition doit aussi respecter les propriétés de chaque matériau. Un verre transparent, opalescent, texturé ou coloré ne réagit pas de la même façon devant une fenêtre. Le choix intervient donc dès les premières esquisses, avec la lumière du lieu comme contrainte et comme source d’inspiration.
Les projets sur mesure commencent par un échange consacré à l’espace, aux usages et aux goûts du commanditaire. Une verrière destinée à séparer une entrée d’une pièce de vie n’a pas les mêmes besoins qu’un panneau intégré dans une porte ou qu’une œuvre conçue pour être regardée à hauteur des yeux. Les dimensions, les points de vue, la lumière naturelle et la relation avec la menuiserie orientent le dessin. Édith Théret peut partir d’une idée précise ou aider à faire émerger une direction lorsque le projet n’est encore qu’une envie de couleur, de transparence ou de rythme.
L’esquisse est ensuite développée avec une proposition colorée. Les formes peuvent être géométriques, végétales, figuratives, abstraites ou volontairement épurées. Le dessin n’est pas plaqué sur une ouverture existante : il est construit avec elle. Une ligne doit tenir compte de la structure du panneau, des baguettes qui vont maintenir les pièces et de la lecture de l’ensemble depuis plusieurs distances. Un motif floral peut accompagner une cloison sans la surcharger ; une composition géométrique peut prolonger les lignes d’une architecture ; une figure peut être réduite à quelques contours et à des rapports de couleurs.
L’atelier travaille plusieurs techniques. Le vitrail au plomb permet d’assembler des pièces de verre dans un réseau de baguettes qui dessine le chemin de la composition. La méthode Tiffany offre une autre manière de sertir les éléments et convient à certaines formes ou à des objets de plus petite taille. La dalle de verre et la grisaille peinte ouvrent encore d’autres possibilités de texture, de relief et de détail. Ces procédés ne sont pas interchangeables : ils influencent la construction, le poids, la transparence et la façon dont la lumière traverse l’œuvre.
La fabrication suit les décisions prises pendant la conception. Les verres sont sélectionnés, puis les formes sont reportées sur des calibres avant la coupe. Le geste doit rester précis, car une pièce légèrement trop grande ou trop petite peut modifier l’équilibre d’un panneau. Le verre se travaille avec son épaisseur, sa texture et ses irrégularités naturelles. Une coupe nette ne supprime pas la personnalité de la matière ; elle permet au contraire de l’intégrer dans un ensemble où chaque fragment joue un rôle.
Le sertissage rassemble les pièces dans la structure prévue par le dessin. Les baguettes de plomb maintiennent le verre et donnent à la composition ses lignes principales. Les intersections sont ensuite soudées à l’étain. Selon le projet, le masticage complète la construction en améliorant la tenue et l’étanchéité de l’ensemble. Ces opérations demandent de la patience, mais aussi une vision globale : il faut vérifier la régularité du réseau, la stabilité du panneau et la continuité visuelle des lignes avant la pose.
Les portes, fenêtres et cloisons sont conçues en fonction de leur environnement. Un panneau placé dans une menuiserie ancienne peut demander une intervention différente d’une création destinée à une maison contemporaine. Le vitrail peut préserver une séparation tout en laissant circuler la lumière, filtrer une vue ou introduire une présence colorée dans un passage. Pour un projet professionnel, l’atelier prend aussi en compte l’identité du lieu, les contraintes de circulation et la manière dont l’œuvre sera perçue par les personnes qui y vivent ou y travaillent.
La création libre occupe une place complémentaire. En dehors des commandes, Édith Théret réalise des pièces qui ne répondent pas à un cahier des charges architectural. Ses sculptures de verre et ses tableaux de lumière explorent la relation entre la forme, la transparence et l’éclairage naturel. Une œuvre peut être regardée différemment le matin et en fin d’après-midi, lorsque l’angle des rayons change. Le vitrail devient alors un objet qui accompagne le temps plutôt qu’une image fixe.
Cette recherche apparaît aussi dans des réalisations de tailles différentes. Une grande verrière transforme une pièce par sa présence architecturale ; un panneau plus réduit concentre le regard sur un motif ; une sculpture de verre se découvre par ses volumes et ses ombres. Les bijoux et les petits objets déplacent encore la technique vers une échelle intime. Le fragment de verre sélectionné pour sa couleur ou sa transparence devient un élément porté, posé ou offert. La précision reste celle du vitrail, mais la relation avec la main et avec le corps change.
Les luminaires prolongent naturellement le travail sur la lumière. Un abat-jour ou une suspension ne se contente pas d’être décoratif lorsqu’il est éteint. Une fois allumé, il projette des couleurs, des ombres et des variations sur les murs. La construction doit donc répondre à l’usage de l’objet, à la chaleur de l’éclairage et à l’équilibre de la forme. Le verre transforme l’éclairage en expérience visuelle, tandis que les lignes de sertissage restent visibles comme une partie du dessin.
Les mini-vitraux et les miroirs apportent une autre manière d’habiter la lumière. Un petit panneau peut être suspendu devant une fenêtre pour capter les changements du jour ou accroché au mur comme un tableau. Lorsqu’un miroir est intégré, le verre coloré encadre le reflet et introduit une profondeur différente. L’objet ne renvoie pas la même image selon la position du visiteur. La transparence, la couleur et la réflexion composent ensemble une surface mobile, même lorsque le panneau reste immobile.
La transmission occupe une place centrale dans l’atelier. Les cours du samedi matin sont organisés en très petit groupe afin que chaque participant puisse être accompagné pendant la coupe du verre, le sertissage et la soudure. Aucun prérequis technique n’est nécessaire pour découvrir le vitrail au plomb. Le matériel est fourni et la séance suit une progression complète, de la sélection des verres jusqu’aux finitions. L’objectif est de comprendre les gestes en les pratiquant, avec une attention particulière portée à la précision et à la sécurité.
Cette volonté de transmettre s’inscrit dans le parcours d’Édith Théret. En 2021, elle a reçu le prix Savoir-faire en transmission de la Ville de Paris et a effectué un stage auprès de Justine Dablanc. La BDMMA indique que cette expérience lui a permis de gagner en autonomie sur des missions de restauration et de poursuivre une recherche expérimentale sur le verre. Un projet mené sur un temps long a notamment exploré des matériaux récupérés sans recourir au plomb, à la soudure ni à la peinture. La transmission ne se limite donc pas à reproduire des gestes : elle peut aussi ouvrir un espace de recherche.
La restauration de vitraux anciens demande une approche différente de la création contemporaine. Il faut observer l’état du plomb, repérer les verres cassés ou manquants et comprendre la construction du panneau avant d’intervenir. Un renforcement peut être nécessaire, mais il doit rester cohérent avec l’histoire de l’œuvre. Le remplacement d’un élément ne consiste pas toujours à effacer toute trace du temps. La restauration cherche plutôt à rendre la pièce stable et lisible, en conservant autant que possible les informations apportées par les matériaux anciens.
L’atelier parisien réunit ainsi plusieurs dimensions du métier de vitrailliste. Le dessin prépare une composition, la coupe traduit les formes dans le verre, le sertissage construit le réseau et la lumière révèle le résultat. Les commandes architecturales, les sculptures, les bijoux, les miroirs et les luminaires montrent que le vitrail peut dépasser le cadre de la fenêtre. Les cours permettent au public de découvrir cette matière par le geste, tandis que la restauration et la recherche prolongent la relation avec les techniques et les usages du verre.
À Paris, Édith Théret conçoit des pièces où la tradition du vitrail rencontre une écriture contemporaine. Son travail s’appuie sur une formation à l’ENSAAMA, une recherche personnelle sur la lumière et une pratique attentive aux contraintes de chaque lieu. Verrières, portes, cloisons, panneaux, sculptures, bijoux et objets lumineux sont dessinés, coupés et assemblés à la main. La couleur, la transparence et le plomb ne servent pas seulement à décorer un espace : ils organisent une relation changeante entre l’architecture, la matière et le regard.