À Bourcefranc-le-Chapus, en Charente-Maritime, Éric Fournier fait vivre un savoir-faire de tabletier-graveur nourri par la nacre, le bois précieux et les gestes d’ornementation. Son parcours commence par une formation technique et vingt années passées dans l’industrie métallurgique et verrière. En 1996, il propose au conservateur chargé de la création du Musée de la Nacre et de la Tabletterie de Méru d’y intégrer un atelier de création et de production. L’objectif était de faire du musée un lieu vivant, où le public puisse voir les métiers, comprendre les matières et découvrir la fabrication d’objets. Cette expérience a ouvert un long travail de recherche autour de la tabletterie.
Éric Fournier explique s’être formé de manière autodidacte dans cette spécialité en rencontrant pendant dix ans d’anciens professionnels du métier. Ces échanges lui ont permis de recueillir des gestes et des connaissances liés à la fabrication et à l’ornementation d’objets en matières naturelles. La tabletterie s’est développée dans de nombreux domaines, mais certaines pratiques décoratives sont devenues rares avec l’industrialisation. Le travail du tabletier consiste justement à retrouver une relation directe avec la matière, à observer sa structure et à choisir l’outil capable de la transformer sans la fragiliser.
La nacre occupe une place centrale dans la démarche. Cette matière naturelle possède des reflets, des épaisseurs et des orientations qui changent selon la coquille et la partie utilisée. Elle peut devenir un élément de bijou, une surface décorative ou le support d’un relief. Le tabletier doit tenir compte de sa fragilité, de ses bords et de la façon dont la lumière se déplace sur la surface. Le choix d’un fragment précède donc le dessin final : une forme destinée à être portée ne réclame pas les mêmes dimensions qu’un objet décoratif, et une pièce courbe ne se travaille pas comme une plaquette plane.
La gravure sur nacre se pratique au burin et à l’échoppe. Le burin enlève une fine quantité de matière et fait apparaître une ligne nette ; l’échoppe permet de conduire la coupe avec une autre géométrie et de moduler le trait. Le geste demande de maintenir une direction, une profondeur et une pression régulières. Une inflexion peut modifier le contour d’un motif, tandis qu’une reprise trop appuyée peut marquer durablement la surface. La gravure peut rester linéaire, suggérer un volume ou accompagner un travail de sculpture et de bas-relief.
Les bijoux illustrent cette association entre précision et présence de la matière. Éric Fournier présente des créations en nacre et indique pouvoir travailler à façon à partir d’un dessin pour personnaliser une pièce. Un motif peut être gravé sur une petite forme, comme une tête de cheval réalisée en bas-relief sur un pion de nacre noire de 36 millimètres. À cette échelle, chaque ligne compte : l’épaisseur disponible, la profondeur du relief et le rapport entre les zones polies et les zones creusées déterminent la lisibilité du sujet. Le bijou doit aussi rester agréable à porter et suffisamment solide pour supporter les manipulations ordinaires.
La tabletterie ne se limite pas à la nacre. L’atelier travaille également les bois précieux et l’os, des matières dont le grain, la densité et la couleur influencent la forme. Un bois peut apporter une profondeur chaude et une continuité de veinage ; l’os peut servir de contraste ou de détail ; la nacre introduit une lumière irisée qui attire le regard. Lorsque plusieurs matières sont réunies, leur épaisseur et leur assemblage doivent être compatibles. La coupe, le perçage, le façonnage et le polissage s’enchaînent avec mesure pour conserver des arêtes nettes et un toucher régulier.
Les objets décoratifs prennent des formes variées. Le site de l’artisan cite notamment la coquille, l’éventail et le masque parmi les supports de la gravure et de la sculpture. Une coquille permet de suivre une surface courbe et de composer avec la transparence ou les reflets du coquillage. Un éventail demande d’accorder l’ornement à une construction mobile, où les brins et les feuilles doivent conserver leur fonction. Un masque met davantage l’accent sur le volume, le contour et la relation entre les parties. Chaque objet impose donc une manière particulière de placer le motif et de protéger les zones les plus fines.
La restauration d’objets anciens forme un autre volet de l’activité. Coffrets, plateaux et bibelots peuvent présenter des éléments manquants, des assemblages fragilisés, une surface ternie ou un décor incomplet. Avant d’intervenir, il faut observer la construction et distinguer ce qui appartient à la matière d’origine de ce qui vient d’une réparation plus récente. Une pièce de remplacement ne doit pas seulement reproduire une silhouette : elle doit s’accorder à l’épaisseur, à la teinte, au grain et au mode de fixation de l’ensemble. La restauration cherche ainsi à rendre l’objet compréhensible et stable sans effacer son histoire.
L’examen d’un objet ancien peut révéler des traces utiles. Une rayure, une ligne de collage, un percement ou une différence de poli apporte des indications sur la manière dont l’objet a été fabriqué et utilisé. Le restaurateur compare les éléments conservés, recherche les symétries et repère les parties qui ont été modifiées. Les choix dépendent ensuite de l’état réel de la pièce et du souhait de son propriétaire. Une intervention limitée peut stabiliser un objet et préserver ses marques ; une restauration plus complète peut être envisagée lorsque des fragments sont détachés ou que la fonction n’est plus assurée.
La gravure s’exerce aussi sur le laiton et le cuivre. Ces métaux offrent une autre résistance sous l’outil et une autre manière de recevoir la lumière. Le burin suit le dessin en soulevant un copeau, ce qui produit une ligne directement inscrite dans la surface. Un motif peut rester décoratif, accompagner une pièce de mobilier ou répondre à une commande liée à un monument. La préparation du support, la régularité du tracé et la finition déterminent l’équilibre de l’ensemble. La gravure peut être conçue pour être vue de près, comme sur un objet, ou pour rester lisible à distance sur un élément architectural.
Éric Fournier réalise des créations et accepte des commandes pour des monuments, des communes et des particuliers. Une demande peut porter sur un objet en nacre, un décor gravé, une restauration ou une pièce personnalisée à partir d’un dessin. Les dimensions, la matière disponible, le niveau de relief, l’usage et la manière dont l’objet sera exposé influencent la proposition. Un projet destiné à être manipulé ne se prépare pas comme un élément décoratif fixe. Un dessin fourni par un client peut aussi devoir être simplifié ou redimensionné pour rester réalisable dans la matière choisie.
Les estampes prolongent la pratique de la gravure sur une autre surface. L’artisan indique réaliser et imprimer des tirages limités et numérotés. Le burin crée les creux qui retiennent l’encre, puis le passage sur papier fait apparaître le dessin. La pression, la quantité d’encre et la préparation du papier influencent la netteté et la profondeur du résultat. Dans un tirage limité, chaque épreuve est identifiée et conserve une relation avec la matrice gravée. Le travail associe donc la précision du métal ou du support gravé à la sensibilité du papier qui reçoit l’impression.
Le parcours d’Éric Fournier comprend également une recherche documentaire sur l’histoire de la tabletterie. Il travaille pour M. Goelet et avec la commune d’Andeville autour des documents et recherches laissés par François Taupinard, tabletier et historien. Cette activité relie les objets aux personnes qui les ont fabriqués et aux territoires où le métier s’est développé. Les noms d’anciens tabletiers, les formes conservées et les techniques décrites dans les archives peuvent aider à comprendre les choix d’une pièce et à retrouver des gestes devenus peu courants.
La formation suivie au Greta de l’école Boulle, en dessin, modelage et gravure ornementale, complète ce parcours. Le dessin sert à préparer un motif, le modelage à comprendre le volume et la gravure à traduire une ligne dans une matière. Ces trois approches se répondent lorsque l’artisan passe d’une idée à un objet. Un décor en bas-relief demande de penser la lumière et les ombres ; une gravure fine exige de maîtriser le contour ; une pièce sculptée doit conserver un équilibre entre le volume retiré et la matière laissée en place.
La reconnaissance de ce travail comprend un prix de la ville de Beauvais attribué en 2015 pour les estampes. Cette distinction s’inscrit dans une pratique qui associe tabletterie, gravure et recherche sur les techniques anciennes. Les pièces peuvent être découvertes dans le secteur de l’île d’Oléron, où l’artisan signale un espace de présentation dans une cabane du Château d’Oléron. Les disponibilités, les objets visibles et les possibilités de rendez-vous sont à confirmer directement, car la présence sur place peut varier selon les périodes et les projets.
À Bourcefranc-le-Chapus, Esprit créatif réunit ainsi tabletterie, travail de la nacre, gravure au burin, sculpture, restauration et estampes. Éric Fournier s’appuie sur des matières naturelles et sur une connaissance patiemment retrouvée auprès d’anciens du métier. Bijoux, coquilles, éventails, masques, coffrets restaurés, décors sur laiton ou le cuivre et tirages limités naissent de la même attention portée au dessin et au geste. Une commande se prépare avec les dimensions, le support, l’usage et le niveau de personnalisation souhaités ; l’échange direct permet ensuite de déterminer la solution adaptée à la matière et à l’objet.