À Varages, dans le Var, la faïence reste liée à la terre, à l’eau et à une histoire industrielle commencée à la fin du XVIIe siècle. La manufacture née en 1695 est associée à une longue succession de tourneurs, d’émailleurs, de peintres et de cuiseurs. Le village s’est développé sur un gisement d’argile à poterie, au pied d’une falaise de tuf et près d’une rivière. Ce contexte géologique et hydraulique a favorisé l’installation d’ateliers capables de transformer une matière locale en objets utiles et décoratifs. La production contemporaine revendique cette mémoire tout en proposant des formes adaptées aux usages actuels.
Le premier atelier de faïence est attribué à Étienne Armand, après un apprentissage de plusieurs années à Marseille. Les collections du musée de Varages conservent des pièces signées et datées de 1697 et 1698, décorées en camaïeu bleu sur fond blanc. Au début du XVIIIe siècle, les ornements inspirés de Jean Bérain marquent les décors. La palette s’élargit ensuite avec les oxydes d’antimoine et de cuivre, qui apportent le jaune et le vert. La polychromie accompagne des bouquets, des grotesques, des scènes mythologiques et des compositions de goût chinois. Dans la seconde moitié du siècle, la technique du petit feu permet d’obtenir un éventail de couleurs plus étendu après une première cuisson.
Les bouleversements économiques et politiques fragilisent les fabriques provençales. Après la Révolution française, plusieurs fours cessent leur activité et certaines maisons simplifient leurs pièces pour réduire les coûts. Les assiettes à bord jaune ou bleu, rehaussées d’un décor au pochoir, répondent à une demande plus quotidienne. À partir du milieu du XIXe siècle, l’arrivée du chemin de fer facilite la circulation d’une faïence fine fabriquée dans le nord et l’est de la France. Pour rester présente, Varages adapte ses terres, ses émaux et ses procédés. La terre blanche venue du Gard, le décor posé sur le biscuit et la couverte transparente deviennent des solutions nouvelles, tandis que des peintres cherchent à moderniser les formes et les motifs sans rompre avec l’identité locale.
La manufacture actuelle s’inscrit dans un mouvement de renaissance. Après l’arrêt de l’activité industrielle annoncé en février 2025, un collectif de cinq repreneurs a rouvert les portes de la boutique au début de juillet 2025 et travaille à relancer la production. Le musée décrit une manufacture reprise par une société coopérative formée d’anciens salariés, aux côtés de faïenceries d’art qui continuent de faire vivre le métier. Cette organisation met l’accent sur la transmission des gestes et sur une fabrication française identifiable. Elle associe la connaissance des pâtes et des cuissons à une capacité de renouvellement des collections.
Les pièces proposées couvrent les arts de la table et de nombreux objets pour la maison. Assiettes, bols, tasses, gobelets, plats, beurriers, coquetiers, boîtes à œufs, pots à ustensiles, jumbos, pagodes et tians composent une gamme destinée aux repas comme à la décoration. Les collections portent des noms qui évoquent des silhouettes ou des rythmes de surface : Les Essentiels, Aile, Baroque, Côtes, Coupe, Créatives, Feston, Kimberley et Quadrangulaire. Certaines lignes privilégient des formes sobres et des aplats colorés ; d’autres jouent avec les reliefs, les bordures ou des profils plus architecturés. Les nouveautés prolongent cet ensemble avec des pièces pensées pour des usages précis, du plat à pizza au poke bowl.
La couleur constitue un axe fort de la signature varageoise. Les émaux sont préparés pour couvrir régulièrement la pièce et révéler le modelé après cuisson. Une assiette ou un bol doit supporter les manipulations, les différences de température et le nettoyage tout en gardant une surface agréable au toucher. Le travail ne s’arrête donc pas à la mise en forme : il comprend la préparation, le séchage, la première cuisson, la pose de l’émail, les éventuels décors, puis une nouvelle cuisson adaptée à la composition choisie. La durée de chaque phase dépend de l’épaisseur, du format et du résultat attendu. Les variations qui apparaissent d’une pièce à l’autre témoignent de la matière et de l’intervention manuelle.
Le territoire joue un rôle dans la découverte du métier. L’Office de Tourisme de Provence Verte décrit un village construit sur un éperon de travertin, bordé par une rivière et installé sur un gisement d’argile. Le Musée des Faïences présente plus de mille pièces du XVIIe au XXIe siècle et explique les techniques de préparation de l’argile et de décoration. Les visiteurs peuvent ainsi rapprocher les objets contemporains des formes anciennes, comprendre le passage du décor bleu à la polychromie, puis suivre les adaptations de la faïence fine. Les ateliers du village proposent des styles contemporains ou reprennent les formes et les décors traditionnels qui ont fait connaître Varages.
La visite se prolonge par la boutique et par les collections accessibles en ligne. Acheter une pièce permet de choisir une couleur, un format et une fonction, mais aussi d’introduire chez soi un objet qui conserve une relation visible avec son lieu de fabrication. Les objets de table se combinent pour composer un service, tandis que les luminaires, vases et éléments décoratifs donnent une autre échelle au travail de l’émail. Les séries ne gomment pas les nuances : une même forme peut présenter de petites différences de teinte ou de texture, particulièrement sensibles sur les surfaces colorées.
Pour les professionnels de la restauration, de l’hôtellerie, de la décoration ou de l’architecture intérieure, la faïencerie offre un vocabulaire cohérent de formes et de couleurs. Les créations peuvent accompagner une table, un comptoir, une chambre d’hôtes ou un projet décoratif. La relation avec l’atelier sert alors à préciser les dimensions, la quantité, le calendrier et les contraintes d’usage. Les particuliers peuvent privilégier une pièce unique, compléter un service ou offrir un objet fabriqué en France. Dans les deux cas, la qualité d’un résultat tient à la préparation du projet et au dialogue avec l’équipe qui connaît les limites de la terre, des émaux et des cuissons.
La Faïencerie de Varages représente ainsi un métier où l’histoire n’est pas figée dans un musée. Les gestes de tournage, d’émaillage, de décoration et de cuisson restent associés à des objets utilisables, tandis que les collections évoluent pour répondre aux cuisines et aux intérieurs contemporains. Le village, le musée, la boutique et les ateliers forment un même parcours autour de la matière. Les horaires d’ouverture, les disponibilités des collections, les possibilités de visite et les conditions de commande sont communiqués directement par l’équipe selon la période et le projet.