À Vallères, en Indre-et-Loire, Félix Bouchet exerce le métier de menuisier en sièges et développe une pratique centrée sur les chaises, les bancs et les objets utilitaires en bois. Son travail s’inspire particulièrement de la chaise Windsor, dont la silhouette associe une assise sculptée, des barreaux tournés, un dossier léger et une structure capable de durer. L’atelier ne cherche pas à reproduire une forme figée : les modèles traditionnels servent de point de départ à une recherche sur le confort, la ligne, le choix des essences et la trace laissée par les outils. Les pièces sont fabriquées en petites séries ou comme des objets singuliers, avec une attention constante portée à la relation entre la main, le bois et l’usage quotidien.
Félix Bouchet a découvert la fabrication des sièges pendant plusieurs années passées en Amérique du Nord. Il y a appris les techniques traditionnelles de la chaise Windsor auprès de George Sawyer, artisan de deuxième génération, dans le Vermont. Cette expérience lui a permis d’approcher un mobilier où chaque élément répond à une fonction précise : l’assise porte le poids et accompagne le corps, les barreaux donnent de la légèreté au dossier, les pieds assurent la stabilité et les assemblages doivent rester fiables sans alourdir la silhouette. La chaise devient alors un objet complet, lisible par ses proportions et par la continuité des gestes qui ont conduit du morceau de bois à la pièce terminée.
Le bois est la matière première et le fil conducteur de l’atelier. Les essences ne sont pas choisies uniquement pour leur couleur. Leur capacité à se fendre, à être rabotées, à se cintrer, à résister aux contraintes ou à recevoir une finition détermine leur place dans la construction. Pour les assises, certaines pièces peuvent privilégier des bois dont la fibre et le grain permettent une sculpture confortable. Les barreaux et les éléments cintrés demandent d’autres qualités, car ils doivent combiner souplesse et résistance. En Touraine, le chêne occupe une place naturelle dans cette réflexion, tandis que le frêne, le noyer, l’orme, le poirier, le tilleul ou le tulipier peuvent trouver leur intérêt selon la pièce et la fonction recherchée.
La chaise Windsor traditionnelle repose sur un ensemble de gestes qui se répondent. Le bois vert peut être fendu dans la grume afin de préserver la continuité de la fibre. Les pièces sont ensuite dégrossies au rabot, tournées ou sculptées selon leur destination. Les barreaux ne sont pas de simples cylindres décoratifs : leur profil influence la finesse du dossier, la manière dont la main les perçoit et la souplesse visuelle de l’ensemble. L’assise peut être creusée pour recevoir le corps et répartir les appuis. Le cintrage du dossier ajoute une courbe qui accompagne la posture. Enfin, l’assemblage réunit des éléments préparés séparément et donne au siège sa stabilité.
Le tournage sur bois intervient dans la fabrication des barreaux, des pieds et de certaines pièces de liaison. Cette technique impose de lire le fil, de maintenir un outil bien présenté et de retirer la matière par étapes pour obtenir un profil régulier. Les formes naissent de la répétition, mais elles ne deviennent pas mécaniques pour autant : l’état du bois, la présence d’un nœud, une variation de densité ou une légère différence de diamètre modifient le geste. Une série de barreaux doit rester cohérente tout en conservant la vivacité propre au travail manuel. La précision du tournage participe directement à l’équilibre du siège et à la qualité de ses assemblages.
Le fendage offre une autre relation avec la matière. Lorsque le bois est séparé dans le sens de la fibre, la pièce obtenue conserve une résistance et une souplesse différentes de celles d’un élément scié. Cette méthode demande de suivre les réactions du matériau et d’accepter que chaque bille révèle son propre chemin. Le menuisier en sièges adapte ensuite le rabot, le couteau et les outils de sculpture à la forme créée par le fendage. Une chaise bien construite garde la mémoire de cette préparation : les surfaces ne sont pas seulement lisses, elles montrent comment la fibre a été respectée et comment la matière a été conduite vers sa fonction.
Les assises et les dossiers reçoivent un travail de sculpture qui doit rester à la fois précis et accueillant. Une assise trop plate ne soutient pas le corps de la même façon qu’une assise creusée ; une courbe trop marquée peut modifier la posture et l’équilibre du siège. Félix Bouchet examine donc les volumes, l’épaisseur disponible et le rapport entre les différentes parties. Le geste retire progressivement du bois, jusqu’à obtenir une surface qui accompagne l’utilisateur sans perdre la force visuelle de la pièce. Cette sculpture fonctionnelle distingue le siège d’un simple assemblage de planches : le bois devient une forme destinée à être touchée, utilisée et conservée.
La gamme comprend des chaises, des bancs et des fauteuils inspirés de la tradition Windsor, mais aussi des ustensiles en bois et des pièces de mobilier. Le banc peut être réalisé dans différentes longueurs, en fonction de son usage et de l’espace qui l’accueillera. Le siège reste léger dans sa silhouette tout en recherchant une résistance suffisante pour une utilisation répétée. Les cuillères et autres ustensiles prolongent le même rapport au geste : ils sont taillés dans la matière, pensés pour la main et destinés à entrer dans la vie quotidienne. Leur surface conserve la présence de l’outil et demande un entretien cohérent avec le matériau, notamment une attention à l’eau et aux conditions de lavage.
La fabrication à la main donne à chaque objet une personnalité discrète. La répétition d’un geste ne produit pas un objet anonyme : elle permet au contraire de construire une régularité qui laisse apparaître les différences du bois et la signature du fabricant. Une chaise peut porter une ligne légèrement plus vive, un dossier plus ouvert ou une assise dont le creux répond à une autre manière de s’asseoir. La conception ne sépare pas le dessin de la production. Les proportions sont testées dans le matériau, les outils révèlent la forme et les contraintes d’usage corrigent les premières intentions. C’est dans cet aller-retour entre projet et matière que les modèles trouvent leur équilibre.
L’atelier de Vallères s’inscrit dans un territoire où les ressources forestières et les métiers du bois nourrissent une pratique contemporaine. Le retour de Félix Bouchet en France et l’installation de son activité en Indre-et-Loire ont rapproché ses méthodes de travail des essences disponibles en Touraine. Le choix d’un bois local ne signifie pas qu’une essence convient à toutes les pièces. Il suppose d’observer son séchage, sa réaction au fendage, sa capacité à être travaillée et la façon dont elle supportera les efforts du siège. La matière est ainsi sélectionnée selon un usage, puis accompagnée par des outils qui respectent sa structure plutôt que de la contraindre inutilement.
La transmission fait partie du parcours de Félix Bouchet. Son apprentissage auprès d’un artisan américain spécialisé dans la chaise l’a conduit à enseigner à son tour les principes de la chaise Windsor, notamment dans le cadre de stages consacrés à la fabrication d’un siège. Montrer comment fendre une pièce, préparer une assise, tourner un barreau ou assembler un dossier permet de rendre visibles des opérations que le meuble fini dissimule. La pédagogie s’appuie sur la durée et sur la répétition : le participant apprend à tenir un outil, à écouter la matière et à corriger son geste plutôt qu’à suivre une suite de mouvements sans compréhension.
À Vallères, Félix Bouchet réunit donc menuiserie en sièges, tournage, sculpture fonctionnelle et conception de mobilier autour d’un même intérêt pour le bois massif. Chaises Windsor, bancs, fauteuils et objets utilitaires sont construits pour durer et pour garder la trace de leur fabrication. Le projet peut concerner une pièce destinée à un intérieur, une petite série ou un siège étudié pour un usage précis. Les choix de dimensions, d’essence, de forme, de finition et de quantité se définissent directement avec l’atelier, dans le respect de la matière et du geste qui rendent chaque objet reconnaissable.