À Janville-en-Beauce, Feu de Paille consacre son activité à la marqueterie de paille, une technique de placage qui transforme la paille de seigle en surface décorative. L’atelier réunit cinq personnes et travaille dans le paysage beauceron, entre Orléans, Étampes, Pithiviers et Chartres. Les réalisations annoncées couvrent les œuvres d’art, les objets décoratifs, les meubles et les placages. Cette diversité montre une pratique capable de changer d’échelle : la même matière peut entrer dans une composition murale, habiller un objet ou accompagner les lignes d’un meuble.
La marqueterie de paille repose sur une opération simple à décrire mais exigeante à réaliser. Des éléments de paille de seigle sont préparés puis posés bord à bord sur un support. Ils sont collés à la main et assemblés pour former un décor continu. La paille n’est pas seulement choisie pour sa couleur. Sa surface lisse, son orientation et la manière dont elle reçoit la lumière participent directement au résultat. Un même motif peut donc changer d’aspect lorsque l’observateur se déplace ou lorsque l’éclairage vient d’une autre direction. Le travail demande de considérer la matière comme une surface vivante, avec ses nuances et ses variations, plutôt que comme un revêtement parfaitement uniforme.
À l’atelier, la composition commence par le rapport entre un support, un dessin et une matière. Les motifs peuvent suivre des formes géométriques, organiser des assemblages ou s’inspirer de figures plus lisibles. La pratique de Feu de Paille s’inscrit dans une histoire ancienne de la paille et de la marqueterie, tout en assumant des possibilités graphiques plus récentes. Les lignes, les aplats et les changements d’orientation donnent au décor son rythme. Une bordure peut stabiliser une image, une diagonale conduire le regard et un contraste de teintes faire apparaître une forme sans l’alourdir.
La lumière est au cœur de cette technique. La paille lisse renvoie des reflets qui varient selon le sens de pose et la position de la personne qui regarde. Une teinte claire peut sembler plus mate dans une direction et plus brillante dans une autre. Ces transformations ne constituent pas un défaut : elles font partie du caractère du placage de paille. Les photographies de certaines créations montrent plusieurs orientations afin de rendre perceptibles ces changements de tons. Dans un intérieur, la pièce continue ainsi à évoluer visuellement avec la lumière naturelle, un éclairage ponctuel ou le déplacement du regard.
Les œuvres figuratives de l’atelier utilisent cette propriété pour construire des images sobres et structurées. La création intitulée Vierge à l’enfant appartient à une série de pièces uniques autour de figures simples et symboliques. La composition s’inspire de la manière dont les vitraux anciens organisent une image : les contours sont affirmés, les zones de couleur sont lisibles et les espaces laissés plus silencieux donnent de la respiration à l’ensemble. Le motif représente une mère et son enfant dans une scène calme. La paille apporte des teintes et des reflets qui donnent de la profondeur aux formes sans multiplier les détails.
Cette œuvre permet aussi de comprendre la relation entre dessin et support. Le tableau indiqué par l’atelier mesure 142 sur 78,5 centimètres, avec une épaisseur de six millimètres. Il est réalisé sur MDF et reçoit un placage en paille de seigle. La matière végétale est donc associée à un support stable qui permet de maintenir la composition. Les formes peuvent être reprises dans des palettes différentes ou adaptées à d’autres dimensions. Une telle variation ne supprime pas la singularité du travail manuel : la teinte de la paille et la direction des brins modifient toujours légèrement l’apparence finale.
Les objets décoratifs donnent à la technique une présence plus proche de l’usage quotidien. Feu de Paille présente notamment une horloge murale décorée d’une rose des vents et entièrement plaquée de marqueterie de paille. Le contour joue sur un orange strié de jaune, tandis que la rose des vents se détache dans une teinte de paille. Le support circulaire mesure trente centimètres de diamètre et associe un panneau MDF de six millimètres à un placage en paille de seigle. La géométrie de la rose des vents est particulièrement adaptée au travail d’orientation des brins : les directions du motif deviennent visibles dans les reflets et renforcent la lecture de l’objet.
Le jeu d’échecs marqueté montre une autre manière de faire dialoguer décor et fonction. Le damier est composé de cases dont l’orientation diffère entre les zones claires et les zones foncées. Le plateau mesure trente-quatre centimètres de côté et reçoit lui aussi un placage en paille de seigle sur un support en MDF. Les pièces d’échecs restent des éléments standards en bois, tandis que le plateau porte l’intervention décorative. Le choix d’un motif connu permet de percevoir immédiatement l’effet de la matière : les cases changent de ton avec l’éclairage, mais conservent la structure nécessaire au jeu.
Ces exemples montrent que la marqueterie de paille n’est pas limitée à une image plane. Elle peut accompagner un objet destiné à être regardé, utilisé ou installé dans un espace. Un panneau décoratif appelle une composition lisible à distance. Une horloge doit conserver une bonne lecture de son contour et de ses éléments. Un plateau de jeu doit rester fonctionnel tout en offrant une présence tactile et lumineuse. Le choix des dimensions, du support, du motif et de la direction des brins doit donc tenir compte de la destination de chaque réalisation.
Le travail sur commande ouvre un dialogue autour de ces paramètres. L’atelier indique que certaines œuvres peuvent être déclinées selon une palette de couleurs, avec des dimensions et une échelle choisies pour le projet. Une création peut prendre la forme d’un tableau, d’un panneau ou s’adapter à une autre surface. Il faut alors déterminer la place du motif, la distance de regard, le rapport entre les couleurs et les contraintes du support. Une demande personnalisée ne consiste pas seulement à agrandir une image : la composition doit être redessinée pour que les lignes, les raccords et les changements de direction restent cohérents dans le nouveau format.
La paille introduit également une variation naturelle dans les pièces. Deux réalisations proches peuvent présenter des différences liées à la teinte et à la paille récoltée. Cette particularité est sensible dans les objets dont les surfaces sont observées de près. Les petites nuances ne rompent pas l’unité d’une série ; elles rappellent que chaque élément a été choisi et posé manuellement. Les éventuelles irrégularités visibles participent à l’aspect artisanal du placage et distinguent une pièce réalisée à la main d’une surface industrielle parfaitement répétée.
L’identité de Feu de Paille est aussi liée à l’histoire locale des lieux. L’atelier indique que ses locaux ont appartenu jusqu’en 2021 à l’Atelier de Santons Cassegrain, qui y fabriquait depuis 1943 des santons, des peintures et des céramiques. Jacques et Geneviève Cassegrain avaient installé cette activité dans la maison familiale de Janville après un séjour en Provence. Leur travail comprenait des crèches, des santons, des assiettes, des bols et des pieds de lampe. Cette histoire ne confond pas les productions anciennes avec celles de Feu de Paille, mais elle donne au lieu une mémoire d’atelier et de création manuelle.
Le choix de la marqueterie de paille prolonge ce rapport entre matière ordinaire et expression artistique. La paille est un matériau naturel, simple et largement associé au monde rural. Préparée, sélectionnée et posée avec précision, elle devient une surface capable de porter une image, une géométrie ou un décor. Ce changement de statut nourrit la démarche de l’atelier : la valeur de la pièce vient du regard porté sur la matière autant que du temps consacré aux gestes. Les reflets, les assemblages et les variations donnent à un matériau commun une présence qui peut convenir à une œuvre, un meuble ou un objet.
La transmission fait partie de l’activité proposée par Feu de Paille. L’atelier annonce des stages d’initiation à la marqueterie de paille. Une découverte pratique permet d’aborder la matière, la préparation d’un motif, la pose bord à bord et l’effet produit par les orientations. Elle donne aussi l’occasion de comprendre la patience nécessaire à une surface régulière. Lorsque les éléments sont rapprochés, une petite différence de largeur ou de direction peut modifier la ligne générale. Le participant apprend ainsi à observer les raccords, à maintenir ses repères et à accepter le temps propre à une technique manuelle.
La salle d’exposition installée dans une ancienne grange beauceronne rénovée offre un cadre pour présenter les créations. Ce lieu permet de regarder les pièces autrement qu’à travers une photographie. Les reflets de la paille dépendent de la lumière et de l’angle de vue ; une rencontre directe révèle les changements de tons, la finesse des raccords et la relation entre le décor et son support. L’exposition donne aussi à voir la variété des formats, depuis des objets décoratifs jusqu’à des compositions qui prennent place sur un mur ou un meuble.
À Janville-en-Beauce, Feu de Paille réunit donc une équipe de cinq personnes autour d’un savoir-faire de marqueterie de paille orienté vers la création. Les œuvres figuratives, les objets décoratifs, les meubles, les placages et les projets adaptés à une surface particulière partagent une même attention portée au seigle, à la lumière et au dessin. La Vierge à l’enfant, la rose des vents d’une horloge et le damier d’un jeu d’échecs montrent trois façons de construire une présence avec des brins posés un à un. L’atelier garde ainsi le caractère précis d’un métier de surface tout en ouvrant la paille à des usages artistiques, décoratifs et fonctionnels.