À Chambéry, en Savoie, Zoé Massot transforme la laine en créations ludiques, poétiques et sensibles sous le nom de Feutrée. Son atelier réunit des objets décoratifs, des chapeaux, des bijoux, des luminaires et des animaux feutrés, ainsi que des propositions d’initiation au feutrage. Chaque réalisation est faite à la main. La matière garde donc une part de variation qui distingue une pièce d’une autre, même lorsque le même modèle sert de point de départ. Une couleur, une bordure, la disposition des fibres ou la manière dont le volume se resserre peuvent modifier le résultat final.
Le parcours de Zoé Massot commence par une rencontre avec un chapeau en feutre reçu à Noël 2011. En découvrant l’atelier d’une feutrière et la possibilité d’échanger le modèle, elle s’intéresse à la fabrication artisanale de la laine. Elle achète ensuite de la laine peignée, consulte des ouvrages et expérimente par elle-même. Les occasions d’apprentissage se présentent progressivement, sous la forme d’initiations et de stages courts auprès de feutrières expérimentées. Cette découverte devient une orientation professionnelle après des études en design industriel, un diplôme national d’art plastique et plusieurs années de travail comme infographiste. Zoé Massot exerce comme artisan d’art depuis 2012.
Le feutre artisanal n’est ni une feutrine industrielle ni une laine bouillie. C’est un matériau non tissé obtenu par l’imbrication irréversible de fibres naturelles d’origine animale. La laine de mouton est la plus courante, mais le site de Feutrée cite aussi l’alpaga, la chèvre, le lapin et le yak. Ces fibres possèdent de petites écailles qui s’ouvrent sous l’effet de l’humidité et de la chaleur. L’eau, le savon et les frottements les font s’accrocher les unes aux autres jusqu’à former une nappe compacte. La transformation est à la fois physique et créative : la feutrière accompagne le resserrement de la matière et oriente le résultat vers une surface, un volume ou une forme portable.
Le feutrage à l’eau demande de répartir la laine avec attention avant de la mouiller et de la travailler. La quantité de fibres, leur orientation et la manière dont les couleurs se rencontrent influencent l’épaisseur et la régularité de l’ensemble. Une nappe fine peut devenir une étoffe souple pour un accessoire, tandis qu’une construction plus dense peut servir à créer un chapeau, une peluche ou un objet en volume. Les frottements rapprochent progressivement les fibres. Le geste doit être suffisamment présent pour provoquer l’assemblage, mais assez attentif pour conserver le dessin et les nuances de la composition.
La part d’aléatoire constitue une caractéristique revendiquée par Feutrée. Lorsque les fibres se mêlent, elles ne se placent jamais exactement comme lors d’une réalisation précédente. Une même forme peut donc changer d’expression selon l’agencement des couleurs, la densité locale et les détails ajoutés. Cette singularité est particulièrement visible dans les créations inspirées du vivant. Les petits pingouins, les oiseaux, les fleurs et les autres animaux feutrés peuvent garder une silhouette reconnaissable tout en présentant des différences de volume, de regard et de texture. Le travail manuel donne à ces variations une place dans le résultat plutôt que de les considérer comme des défauts.
Les chapeaux et les bérets montrent une autre possibilité de la laine feutrée. Le textile doit prendre une forme qui accompagne la tête tout en conservant sa tenue. La couleur, l’épaisseur du bord et le modelé du volume participent à l’équilibre de la pièce. Une journée d’initiation proposée par l’atelier permet d’explorer la fabrication d’un béret ou d’un chapeau. Ce type de réalisation demande davantage de temps qu’un petit objet plat, car il faut construire une matière suffisamment résistante, la resserrer et lui donner une silhouette cohérente. Le résultat reste lié à la main et aux fibres choisies.
Les luminaires ouvrent le feutre vers l’aménagement intérieur. Une suspension ou un abat-jour doit associer présence décorative, légèreté et passage de la lumière. Les fibres peuvent filtrer l’éclairage et produire une atmosphère plus douce qu’un matériau parfaitement transparent. La forme du volume, son ouverture et la densité de la laine modifient l’ombre portée. Feutrée présente notamment un luminaire en forme de pingouin et des ateliers consacrés à la création d’un abat-jour personnalisé. La laine devient alors un élément de mise en scène qui transforme la lumière tout en gardant l’empreinte du façonnage.
Les bijoux utilisent la douceur et la légèreté des perles feutrées. Pour réaliser une paire de boucles d’oreilles ou un autre accessoire, la laine est d’abord agencée puis feutrée en petits volumes. Les perles peuvent ensuite être montées avec des éléments adaptés au bijou. La différence de densité entre les fibres et les pièces associées influence le mouvement et le confort. Ce format permet de travailler sur la couleur et la répétition tout en conservant une dimension très tactile. Une initiation aux bijoux en perles feutrées donne à comprendre la transformation d’une matière souple en élément régulier, puis son passage vers un objet porté.
Feutrée développe aussi des fleurs, des tableaux, des pochettes et des cache-pots. Le feutrage à plat permet d’organiser une composition sur une surface, tandis que le feutrage en volume construit directement une enveloppe ou un contenant. Une fleur demande de différencier les pétales et la tige ; un tableau invite à répartir les couleurs et les formes sur un support ; une pochette ou un cache-pot doit conserver une tenue suffisante pour l’usage. Ces projets rendent visibles plusieurs façons de conduire les fibres, depuis une nappe décorative jusqu’à une forme qui doit garder ses arêtes et sa profondeur.
L’univers de Zoé Massot reste volontairement joueur. Elle explique vouloir faire rire, faire rêver et aider chacun à retrouver sa capacité d’émerveillement. Les peluches aux expressions amusantes, les chapeaux colorés et les bijoux doux prolongent cette intention sans abandonner la précision du geste. La poésie vient de la rencontre entre une matière naturelle et des formes familières ou imaginaires. Un pingouin feutré peut devenir un petit personnage, une fleur peut être composée comme un bouquet durable et un chapeau peut porter une couleur inattendue. Dans chaque cas, la laine n’est pas seulement choisie pour sa fonction : elle participe à l’émotion de l’objet.
Les commandes personnalisées occupent une place dans la démarche de Feutrée. Une création peut être imaginée dans une autre couleur, une autre taille ou avec un détail différent. Il est également possible de partir d’une idée particulière pour concevoir un objet en laine feutrée. Le travail sur commande ne promet pas une reproduction mécanique. Même lorsqu’un modèle est repris, le feutrage produit une nouvelle combinaison de fibres, de nuances et de gestes. Le dialogue autour de la forme et de l’usage permet de choisir une construction réaliste, en tenant compte de la matière et du temps nécessaire à sa transformation.
L’atelier transmet également le feutrage lors de formats adaptés aux différents âges. Les propositions pour enfants commencent par des projets simples comme une fleur, un savon habillé de laine, un petit tableau ou un pingouin. Les indications d’âge varient selon la durée et la capacité de concentration nécessaires. Les ateliers pour adultes et adolescents abordent des réalisations plus longues : pingouin, fleur, tableau, savon exfoliant, abat-jour, béret, chapeau, cache-pot, pochette ou bijoux en perles feutrées. Ces séances d’initiation permettent d’expérimenter l’eau, le savon, les frottements et la construction du volume sans réduire le feutrage à une activité de coloriage avec de la laine.
Une séance de feutrage commence par une intention de forme ou de motif, mais la matière garde son rôle dans la décision. Les fibres peuvent se déplacer, se resserrer davantage à certains endroits ou faire apparaître un mélange de tons différent de celui imaginé. Il faut observer la nappe, corriger la répartition et poursuivre les frottements jusqu’à ce que l’assemblage soit suffisamment solide. Cette progression explique pourquoi l’accompagnement s’intéresse autant au geste qu’au modèle final. La personne apprend à sentir la résistance de la laine et à comprendre le moment où le feutre devient stable.
Le feutre obtenu accompagne des usages très différents. Un objet décoratif se regarde pour sa texture et ses couleurs ; un chapeau se choisit pour son volume et sa relation au visage ; un luminaire se découvre par la lumière qu’il diffuse ; un bijou se porte pour sa légèreté et son relief. Cette diversité donne à l’atelier une identité située entre textile, accessoire et objet d’art. La laine peut rester douce et souple ou devenir dense et structurée. Elle peut être laissée visible dans son aspect fibreux ou travaillée pour obtenir une surface plus régulière.
À Chambéry, Feutrée associe donc création et transmission autour d’un matériau entièrement transformé à la main. Le parcours de Zoé Massot, commencé par une découverte fortuite du chapeau en feutre, s’est construit entre design, arts plastiques, expérimentation et pratique professionnelle. Les créations ludiques et poétiques, les pièces uniques, les petites séries, les commandes et les ateliers montrent plusieurs expressions d’un même savoir-faire. La laine, l’eau, le savon, la chaleur et le mouvement deviennent les moyens d’inventer des formes qui gardent la douceur de la fibre et la singularité du geste.