Atelier & professionnel

Filambule — Virginie Jambon, fileuse de verre à Puy-l’Évêque

Puy-l'Évêque

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Puy-l’Évêque, dans le Lot, Virginie Jambon développe sous le nom Filambule une pratique de fileuse de verre. Son travail s’inscrit dans une relation très directe avec la flamme, la couleur et les petits volumes. Le verre y devient une matière que l’on peut étirer, déposer, réunir et faire varier par étapes, jusqu’à faire apparaître une forme reconnaissable ou un motif. Les sujets qu’elle choisit viennent de la faune et de la flore : fleurs, champignons, feuilles, animaux et créatures des abysses nourrissent son imaginaire. Elle travaille aussi la visibilité des communautés LGBTQIA+ au moyen de pièces qui reprennent les couleurs de leurs fiertés.

Le parcours de Virginie Jambon commence par une formation de six mois en verrerie de laboratoire au lycée Dorian, à Paris. Elle y apprend à travailler le verre au chalumeau pour fabriquer des objets destinés au domaine scientifique. Cette première approche la place face à une matière qui répond immédiatement à la chaleur et demande une grande précision. Le chalumeau permet de concentrer l’action sur une zone réduite ; la forme apparaît alors dans un espace où la flamme, la baguette de verre et le geste doivent rester en relation constante. Cette expérience constitue le premier chapitre de son rapport au verre, même si elle ne se reconnaît pas durablement dans cette orientation scientifique.

Elle se dirige ensuite vers la verrerie à la canne. Pour approfondir cette autre manière de travailler, elle se forme au lycée Dominique Labroise, à Sarrebourg, puis assiste pendant quelque temps Jean-Pierre Seurat, artisan verrier. Le passage du chalumeau à la canne élargit son expérience de la matière et l’amène à observer le verre dans un autre rapport au mouvement et au volume. Son parcours ne suit pourtant pas une ligne continue : la verrerie est mise de côté pendant plusieurs années. Cette interruption fait partie de son histoire professionnelle et donne un relief particulier à la reprise de son activité.

En 2023, l’envie de retravailler le verre devient assez forte pour qu’elle reprenne sa formation. Elle part alors à L’Âge du Verre, à Locoal-Mendon, auprès de Floriane Lataille. Ce retour n’est pas une simple répétition du passé. Il réactive des connaissances déjà rencontrées et les inscrit dans une recherche personnelle, centrée sur les formes, les couleurs et les thèmes qu’elle souhaite désormais développer. La reprise marque ainsi un nouveau départ pour Filambule : l’expérience de la verrerie de laboratoire et de la canne reste présente dans son parcours, tandis que son activité actuelle s’oriente vers le filage et vers un univers figuratif très identifiable.

Virginie Jambon travaille avec du verre sodocalcique, aussi appelé verre tendre. Cette matière lui offre une gamme de couleurs très étendue, élément essentiel dans une pratique où la teinte ne sert pas seulement à décorer la forme. Elle utilise principalement du verre de Murano et peut aussi employer du verre provenant de République tchèque ou d’Allemagne. Ces matériaux deviennent les réserves d’une recherche chromatique qui accompagne chaque sujet. Une fleur, une feuille, un animal ou une créature marine n’appelle pas la même densité de couleur ni la même relation entre transparence et éclat. Le choix du verre participe donc à la construction du motif dès les premières étapes.

Le filage au chalumeau repose sur une transformation progressive. La chaleur rend le verre suffisamment souple pour qu’il puisse être conduit et modelé ; le geste organise ensuite la matière autour d’une forme qui se précise peu à peu. Une couleur peut être déposée, étirée ou rapprochée d’une autre. Une variation de température modifie la manière dont le verre se comporte, tandis qu’une variation du mouvement change la ligne, l’épaisseur ou l’équilibre du volume. Le travail demande de regarder en permanence ce qui se passe dans la flamme. La main suit une intention, mais elle doit également répondre aux transformations visibles de la matière.

Cette attention est particulièrement importante lorsque Virginie Jambon s’attache aux détails de la faune et de la flore. Une feuille peut être suggérée par une silhouette fine ou par une nervure colorée. Un champignon peut jouer sur l’opposition entre un pied et un chapeau, sur une forme ramassée ou sur une couleur inattendue. Une fleur peut faire naître un ensemble de pétales, un centre et un rythme de teintes. Les animaux et les créatures des abysses ouvrent encore d’autres possibilités : leurs formes peuvent évoquer des nageoires, des tentacules, des carapaces ou des présences difficiles à rapprocher du monde terrestre. Chaque sujet devient une occasion d’adapter le volume et le dessin.

Les créatures des abysses occupent une place singulière dans cet univers. Elles permettent de s’éloigner des silhouettes familières et de travailler avec des formes qui semblent venir d’un monde sans lumière directe. Le verre se prête à cette évocation parce qu’il peut associer des couleurs franches, des transparences et des détails de petite échelle. Une pièce peut suggérer une présence marine par quelques lignes, un volume allongé ou une combinaison de teintes, sans chercher à reproduire un modèle naturaliste. La flamme donne à ces êtres imaginaires une matérialité légère : ils deviennent des objets de verre qui gardent quelque chose d’étrange, de vivant et de profond.

La flore apporte une autre direction, davantage liée à la croissance, à la répétition et aux variations d’une même forme. Une série de feuilles peut se distinguer par des changements de couleur ou d’inclinaison. Des fleurs peuvent être rapprochées sans être identiques, comme si chacune avait développé son propre mouvement dans la chaleur. Les champignons introduisent des volumes compacts et des rapports de proportions différents. Dans tous les cas, la matière reste au centre de la représentation. Le verre ne se contente pas d’imiter une plante : il transforme ses caractéristiques en transparence, en éclat, en ligne et en relief.

Le travail de Filambule porte également une dimension de visibilité. Virginie Jambon crée des pièces aux couleurs des fiertés pour rendre visibles les communautés LGBTQIA+. La couleur prend alors une portée particulière : elle reste une composante plastique, mais elle devient aussi un signe de présence et de reconnaissance. Les teintes peuvent être rapprochées en bandes, en points, en détails ou dans une composition plus libre. La matière verrière donne à ces couleurs un volume et une lumière propres. Selon la forme travaillée, elles peuvent apparaître avec netteté ou se modifier par transparence, de sorte que le message et la qualité visuelle se répondent.

Cette attention portée aux couleurs des fiertés ne constitue pas un motif plaqué sur une technique. Elle s’inscrit dans une pratique où la couleur est déjà le principal moyen de faire vivre les sujets. Le verre sodocalcique permet de multiplier les nuances et de construire des contrastes. La lumière traverse certaines zones, se concentre dans d’autres et révèle différemment les couches ou les détails. Une pièce peut donc être regardée pour son sujet, pour son assemblage chromatique et pour la façon dont sa surface réagit à l’éclairage. La signification et la matière se rencontrent dans un objet dont la présence change avec le point de vue.

Le nom Filambule accompagne une production qui accepte cette diversité de directions. Il y a la mémoire des objets scientifiques entrevus au début du parcours, l’expérience de la verrerie à la canne, la reprise engagée en 2023 et la recherche actuelle autour des petits sujets figuratifs. Ces étapes ne sont pas séparées les unes des autres : elles forment une expérience accumulée de la chaleur, du verre et du geste. La formation auprès de Floriane Lataille à L’Âge du Verre a permis de remettre cette expérience en mouvement et de la relier aux thèmes qui occupent aujourd’hui Virginie Jambon.

Les œuvres présentées sous le nom Filambule comprennent notamment « Absolutely Fabulous », « Goutte » et « Bouquet ». Ces titres donnent trois accès différents à son travail. « Bouquet » renvoie naturellement à la relation avec la flore et à l’idée d’un ensemble de formes réunies. « Goutte » évoque une présence plus ramassée, où le volume et la lumière peuvent devenir les sujets principaux. « Absolutely Fabulous » affirme une personnalité plus expressive, en accord avec un univers qui n’hésite pas à faire cohabiter le merveilleux, l’étrange, la couleur et l’humour. Chaque œuvre peut ainsi être abordée par sa forme, son titre ou l’imaginaire qu’elle fait naître.

La petite échelle propre au filage demande une précision particulière. Le détail n’est jamais éloigné de la flamme, et une modification minime peut changer la lecture d’un volume. Le verre doit rester assez souple pour recevoir une intervention, mais suffisamment contrôlé pour conserver la structure déjà construite. Le travail avance par décisions successives : une couleur, une ligne, un relief ou une transparence viennent préciser la forme. L’observation intervient à chaque instant, car la pièce se montre en même temps qu’elle se fabrique. La chaleur n’est donc pas seulement un moyen de transformation ; elle est aussi le cadre dans lequel la forme se révèle.

Les matériaux employés renforcent cette relation entre précision et diversité. Le verre de Murano apporte une grande richesse de couleurs, tandis que les verres de République tchèque ou d’Allemagne peuvent intervenir ponctuellement dans la recherche. Ce choix donne la possibilité de composer avec des nuances et des effets différents sans perdre l’unité du travail. La matière reste reconnaissable comme verre, mais elle peut prendre des allures de pétale, de goutte, de feuille, de corps animal ou de créature venue des profondeurs. Le filage rend ces métamorphoses visibles dans un volume qui conserve la légèreté et l’éclat caractéristiques du matériau.

À Puy-l’Évêque, Virginie Jambon poursuit donc une pratique verrière personnelle, nourrie par plusieurs formations et par une reprise engagée en 2023. Avec Filambule, elle travaille le verre sodocalcique principalement à partir de matériaux de Murano, tout en intégrant parfois des verres tchèques ou allemands. Ses pièces s’intéressent aux fleurs, aux champignons, aux feuilles, aux animaux et aux créatures des abysses, mais aussi aux couleurs des fiertés LGBTQIA+. Entre la flamme du chalumeau, la précision du filage et la richesse des teintes, son univers transforme le verre en formes sensibles, colorées et immédiatement singulières.

Métiers exercés

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel annuaire-professionnel

    Filambule — Les métiers d'art d'Occitanie (site externe)

    Organisme : Chambre de Métiers et de l'Artisanat Occitanie

    Fait soutenu
    Le profil professionnel identifie Virginie Jambon comme fileuse de verre à Puy-l'Évêque et décrit ses formations au lycée Dorian, au lycée Dominique Labroise et à L'Âge du Verre, son passage auprès de Jean-Pierre Seurat, sa reprise en 2023, son usage du verre sodocalcique principalement de Murano ainsi que ses thèmes liés à la faune, à la flore et à la visibilité LGBTQIA+. Il cite aussi les œuvres Absolutely Fabulous, Goutte et Bouquet.
    Consultée le
    10 septembre 2026

Vous représentez cet atelier ou vous avez repéré une erreur ?

Revendiquer la ficheSignaler une correction