À Lantenay, en Côte-d’Or, Florian Rosier développe une pratique de verrier d’art consacrée aux pièces uniques, aux créations sur commande et à la restauration d’objets en verre et en cristal. Son travail s’appuie sur plusieurs techniques : pâte de verre, cristal moulé, fusing-thermoformage, soufflage, filage au chalumeau et vitrail. Les surfaces planes peuvent être modelées en trois dimensions, tandis que les formes translucides accueillent parfois des éléments pigmentés au cœur de la matière. Cette diversité permet à l’atelier de passer d’un objet décoratif à une sculpture, d’un luminaire à un vitrail ou d’une pièce ancienne à restaurer à une réalisation contemporaine.
Une formation construite autour du verre
Florian Rosier est présenté comme maître verrier et compagnon-verrier européen. Son parcours comprend un diplôme du Centre européen de recherche et de formation aux arts verriers, ainsi que plusieurs expériences auprès d’artisans vitraillistes. La formation au CERFAV lui apporte une base technique pour comprendre les propriétés du verre et les exigences des différentes cuissons. Les expériences en atelier complètent cet apprentissage par une connaissance concrète des gestes, des outils et des étapes nécessaires à la réalisation d’une pièce.
Avant de se consacrer pleinement à la verrerie, son parcours est marqué par une pratique de la matière et par un intérêt pour la création. L’atelier et la galerie associés à son activité permettent de présenter des œuvres conçues, dessinées et réalisées dans une démarche personnelle. La pièce ne se limite pas à un modèle reproduit : elle résulte d’une recherche sur le volume, la transparence, la couleur et la manière dont le verre peut prendre place dans un espace.
La création verrière demande de coordonner plusieurs temps de travail. Une idée doit d’abord trouver une forme dessinée. Le matériau impose ensuite ses propres contraintes. Une plaque destinée au fusing ne réagit pas comme une masse de pâte de verre. Un vitrail dépend de l’organisation des pièces et de la façon dont la lumière traversera la composition. Un objet soufflé ou travaillé à la flamme demande une attention continue à la température et à l’équilibre du volume.
Cette relation entre intention et matière donne à chaque réalisation une part d’imprévu maîtrisé. Le verrier prépare son geste et connaît les étapes nécessaires, mais les nuances de transparence, les effets de cuisson et la profondeur des pigments participent aussi au caractère de l’objet. L’exigence technique sert alors une expression personnelle plutôt qu’une simple recherche de régularité.
Le fusing-thermoformage, de la surface au volume
Florian Rosier utilise le fusing-thermoformage pour transformer des surfaces planes et les modeler en trois dimensions. Le fusing consiste à assembler ou à faire réagir des éléments de verre sous l’action de la chaleur. Le thermoformage intervient ensuite pour donner du relief à une plaque ou pour l’adapter à une forme. Cette combinaison ouvre un large champ de possibilités : un plan peut devenir une vasque, un plat, un élément de luminaire ou une sculpture.
Le passage du plat au volume modifie la manière dont la lumière circule. Une surface plane renvoie la clarté de façon relativement régulière. Une forme courbe crée des zones d’ombre et des reflets, et son épaisseur se lit différemment selon l’angle de regard. Le verrier doit anticiper ces changements dès le dessin. Les lignes, les pigments et les transparences ne produiront pas le même effet sur un plan horizontal, une paroi inclinée ou un volume creux.
Les objets issus de cette technique peuvent être utilitaires ou décoratifs. Une vasque doit conserver une forme adaptée à son usage, alors qu’une sculpture peut privilégier une tension visuelle ou un mouvement. Un plat peut être regardé comme un objet de table et comme une composition colorée. La matière reste la même, mais la destination influence les proportions, les bords et la relation entre la pièce et son environnement.
Le site de Florian Rosier présente des objets de décoration, des vasques, des vases, des plats, des luminaires et des sculptures. Cette liste montre la variété des formats abordés par l’atelier. Les créations sont originales et uniques, avec des formes translucides souvent décorées de motifs pigmentés à l’intérieur du verre. La couleur ne semble donc pas seulement posée sur la surface : elle participe à la profondeur de la pièce et accompagne les effets de transparence.
Pâte de verre, cristal et lumière
La pâte de verre et le cristal moulé constituent un autre axe de la production. Le moulage permet de construire une forme autour d’un volume et de travailler une présence plus sculpturale. La matière peut garder une certaine densité tout en laissant passer la lumière par endroits. Les variations d’épaisseur influencent la lecture de l’objet, comme les pigments qui apparaissent au cœur de la masse.
Une pièce en pâte de verre se découvre souvent par ses détails. Un contour, une inclusion, une zone plus opaque ou un passage transparent peut modifier l’expression d’un volume. La lumière révèle ces différences sans les rendre identiques d’un lieu à l’autre. Une œuvre placée près d’une fenêtre, sous un éclairage intérieur ou dans un espace plus sombre n’aura pas la même présence.
Les œuvres présentées sur le site portent notamment les titres « Daum débris d’une automobile », « Ainsi va la vie » et « Passage ». Ces références montrent un univers qui ne se limite pas à l’ornement floral ou à l’objet utilitaire. Les titres ouvrent des pistes de lecture autour du mouvement, de la trace, de la transformation ou du passage. Le verre devient alors un support pour une expression plus personnelle, avec des thèmes parfois philosophiques mentionnés dans la présentation de l’artiste.
La transparence permet d’entretenir un rapport particulier avec l’espace. Un objet translucide ne ferme jamais complètement son environnement. Il laisse apparaître un arrière-plan, projette une ombre ou fait varier ses contours selon le déplacement de la personne qui le regarde. Cette qualité donne aux sculptures et aux luminaires une présence changeante, tandis que les objets de table peuvent associer l’usage à une expérience visuelle.
Vitrail contemporain et traditionnel
L’atelier travaille également le vitrail contemporain en fusing et le vitrail traditionnel monté au plomb. Ces deux approches ont en commun la relation entre verre et architecture, mais elles mobilisent des principes différents. Le fusing permet de composer une surface vitrée par la fusion et le modelage. Le montage au plomb organise des pièces distinctes dans un réseau qui dessine la composition et la maintient.
Un vitrail doit être pensé pour la lumière qui le traverse. L’orientation, la distance de regard, la couleur du lieu et la dimension de la baie influencent le résultat. Une composition destinée à une fenêtre ne se regarde pas comme un panneau présenté dans une galerie. Le dessin doit conserver sa lisibilité, tandis que les textures et les densités de verre peuvent enrichir la perception depuis l’intérieur comme depuis l’extérieur.
Le vitrail contemporain permet de travailler avec une écriture plus libre, des surfaces modelées ou des rythmes irréguliers. Le vitrail traditionnel au plomb s’appuie sur un assemblage de pièces et sur la présence des lignes de plomb. Dans les deux cas, la couleur est liée à la construction. Une teinte peut conduire le regard, équilibrer une partie plus dense ou créer une profondeur dans l’ensemble.
Cette activité peut répondre à une commande pour un intérieur, un édifice ou un projet décoratif. Les choix se construisent en fonction du lieu et de l’intention exprimée. Le verrier doit tenir compte de la lumière disponible, des proportions, du support et de la manière dont le panneau sera intégré. La création reste ainsi liée à son contexte au lieu d’être conçue comme un objet indépendant de l’espace.
Soufflage, filage et finitions
La production de l’atelier mentionne aussi le soufflage et le filage au chalumeau. Le soufflage apporte une relation directe entre le souffle, la rotation et la naissance du volume. La paraison de verre se déploie sous l’action de l’air, mais elle doit rester équilibrée pendant que la matière conserve sa chaleur. Le geste produit une forme creuse, légère ou plus ample, selon le projet.
Le filage au chalumeau permet de travailler le verre à une échelle plus précise. La chaleur localisée autorise des formes fines, des détails et des éléments de petite taille. Cette technique demande de regarder simultanément la flamme et la matière, car un changement de température peut modifier rapidement la souplesse du verre. Les objets obtenus peuvent compléter une recherche décorative ou développer une écriture spécifique autour de la ligne.
Le parachèvement regroupe des interventions de taille, polissage, gravure et sablage. Ces étapes modifient la surface et la manière dont elle reçoit la lumière. Une zone polie peut devenir plus nette et plus brillante. Une partie sablée diffuse la clarté. La gravure introduit un dessin ou une texture dans la surface, tandis que la taille peut accentuer un relief ou une arête.
Ces finitions prolongent la mise en forme. Elles ne servent pas seulement à corriger un objet terminé ; elles peuvent participer à sa composition. Un motif gravé peut apparaître progressivement lorsque la lumière change. Une zone mate peut équilibrer une partie très transparente. La différence entre une surface lisse et une surface travaillée donne au regard des points d’appui et renforce la profondeur de la pièce.
Restaurer les objets en verre et en cristal
Florian Rosier propose aussi la restauration d’objets en verre et en cristal. Une pièce ancienne ne se traite pas comme une création neuve. Il faut d’abord regarder sa forme, sa matière, ses assemblages, ses éventuelles décorations et la nature des dommages. Une fissure, un éclat ou une partie manquante peut modifier la solidité et la lecture de l’objet. L’intervention doit chercher un équilibre entre stabilité, respect de l’existant et lisibilité.
La restauration de pièces attribuées à des maisons telles que Daum, Lalique ou Baccarat demande une attention particulière à la matière et au dessin. Le but n’est pas de donner à l’objet une apparence uniforme qui effacerait son histoire. Les marques du temps et les différences entre la partie conservée et la réparation doivent être considérées avec mesure. Le savoir-faire verrier sert alors à protéger une pièce et à lui permettre de retrouver sa place.
Le travail peut concerner un objet décoratif, une pièce de collection ou un élément de vitrail. Chaque support impose des précautions différentes. Une œuvre translucide révèle facilement une réparation mal adaptée. Un cristal moulé possède des arêtes et des effets de lumière qui participent à son identité. Un panneau de vitrail dépend aussi de son réseau et de la relation entre le verre et son cadre.
Cette activité de conservation complète la création. Elle nourrit une connaissance concrète des matières anciennes, des formes et des techniques. Elle rappelle que le verre peut être à la fois un matériau fragile et une œuvre durable, dont la valeur tient autant à son histoire qu’à sa forme.
Une pratique personnelle et des commandes
Le site de l’atelier distingue les pièces uniques, les commandes et la restauration. Une commande peut porter sur les arts de la table, les luminaires, les vitraux ou le mobilier. La démarche commence par une intention et se poursuit par un échange sur les dimensions, la fonction et l’atmosphère recherchée. Le matériau impose ses contraintes, mais il offre aussi des solutions très variées grâce aux différences de transparence, de texture et de relief.
Une création pour un intérieur doit dialoguer avec les volumes et la lumière du lieu. Un luminaire doit tenir compte de la diffusion de la clarté. Une vasque ou un plat ajoute une présence matérielle à une pièce tout en restant lié à un usage. Un vitrail peut filtrer la lumière, structurer une séparation ou donner une profondeur colorée à une ouverture. Le projet se construit donc autour de la rencontre entre l’objet et l’espace.
À Lantenay, Florian Rosier réunit ces approches dans une verrerie d’art où la technique reste au service de la forme. La pâte de verre, le cristal moulé, le fusing-thermoformage, le soufflage, le filage et le vitrail permettent de travailler des objets et des sculptures très différents. Les opérations de taille, polissage, gravure et sablage complètent cette palette en donnant aux surfaces leurs effets de lumière.
L’ensemble compose un univers où la transparence n’est jamais passive. Elle révèle les pigments, laisse apparaître les épaisseurs, transforme les contours et relie chaque création à l’éclairage qui l’entoure. Les pièces uniques, les vitraux et les objets restaurés portent la même attention au geste et à la matière. Cette pratique, située à Lantenay en Côte-d’Or, associe la précision du compagnon-verrier à une recherche contemporaine sur le verre, la lumière et la forme.