À Dourdan, dans l’Essonne, la Fonderie ArtCulture accompagne les artistes dans la réalisation d’œuvres en bronze. Fondée en 2017 par Noufou Sissao, sculpteur-fondeur et ancien enseignant du modelage, elle réunit une équipe de professionnels autour d’une chaîne de fabrication allant du modèle original à la ciselure et à la patine. La cire perdue permet de reproduire des formes complexes, de réaliser une pièce unique ou de préparer plusieurs exemplaires à partir d’un moule souple. Le résultat dépend autant de la qualité du modèle que de la préparation des jets, du moulage, de la coulée, de la reprise du métal et de la finition.
Un espace dédié aux artistes et au bronze
Noufou Sissao présente la Fonderie ArtCulture comme un lieu où les artistes peuvent trouver un accompagnement à chaque étape de la création. Son parcours comprend de nombreuses années passées à la Fonderie Gilbert Clémenti, puis un enseignement du modelage à Paris-Ateliers. Cette expérience relie la compréhension du volume et des intentions du sculpteur à la maîtrise des contraintes de la fonte. Une fonderie d’art ne reçoit pas seulement une forme pour la transformer mécaniquement : elle doit comprendre ce qui fait la justesse d’un geste, la finesse d’un relief ou la tension d’une silhouette.
Le site décrit une société composée de son dirigeant et d’une équipe de professionnels. Les artistes peuvent venir avec une sculpture en terre, en plâtre, en résine ou dans une autre matière, puis travailler avec le fondeur sur les choix de reproduction. La forme, ses contre-dépouilles, ses parties fines et ses zones de fragilité déterminent le type de moule et la manière dont la cire sera préparée. Le dialogue en amont évite de traiter de la même façon une figure compacte, un relief très découpé, une pièce ajourée ou un volume destiné à être assemblé.
La Fonderie ArtCulture est présentée comme une fonderie d’art à la cire perdue et porte le logo Artisan d’Art sur son site. Elle met également en avant un Grand Prix de l’artisanat obtenu dans le cadre de Stars & Métiers en 2025 pour Noufou Sissao. Ces éléments accompagnent un travail concret : préparer des moules, former des cires, organiser une coulée, nettoyer le bronze, reprendre les détails et construire une patine en dialogue avec l’artiste.
La fabrication conserve une dimension collective. Le sculpteur connaît le modèle et son intention ; le mouleur traduit la forme dans une empreinte démontable ; le préparateur de cire vérifie l’épaisseur et les alimentations ; le fondeur organise le passage du métal ; le ciseleur restitue la finesse des surfaces ; le patineur donne une tonalité au bronze. La qualité finale naît de la continuité entre ces rôles, plutôt que d’une seule intervention isolée.
Préparer le moule à partir du modèle
La cire perdue commence avec le modèle original. Pour qu’une sculpture puisse être reproduite, il faut construire autour d’elle un moule souple en élastomère, souvent associé à une chape rigide. Le moule doit pouvoir s’ouvrir et se refermer tout en conservant les détails. Les plans de joint sont placés de manière à limiter les marques visibles et à permettre le retrait du modèle. Les formes qui reviennent sur elles-mêmes, les espaces étroits et les saillies demandent une étude attentive.
L’élastomère épouse les volumes et enregistre les reliefs de la sculpture. Une chape en plâtre ou dans une matière rigide soutient ensuite cette peau souple. Lorsque le moule est démonté, chaque partie doit retrouver sa position. La précision de cette étape conditionne la netteté du tirage de cire. Une mauvaise fermeture peut créer une déformation ou une bavure qui demandera une reprise supplémentaire ; un plan de joint mal choisi peut compliquer la ciselure et modifier la lecture du modèle.
Dans le cas d’un projet destiné à plusieurs exemplaires, le moule devient un outil de conservation de la forme originale. Il permet de reproduire la sculpture sans demander à l’artiste de recommencer son modelage. Les tirages restent toutefois soumis à un contrôle de chaque cire et de chaque bronze. La matière peut présenter des variations, les assemblages peuvent différer et les finitions peuvent donner à chaque exemplaire une présence propre, dans les limites fixées par le projet.
La préparation du moule prend aussi en compte la manière dont le bronze circulera. Les alimentations et les évents doivent être positionnés pour que le métal atteigne les détails et que l’air puisse s’échapper. La géométrie du modèle, son épaisseur et la manière dont il sera soutenu pendant la cuisson influencent ces choix. Une sculpture très fine ou comportant de grands écarts de volume ne se prépare pas comme un objet massif.
Former la cire et organiser la coulée
Une fois l’empreinte prête, la cire reproduit la forme négative. Des couches de cire peuvent être appliquées ou la matière peut être coulée dans le moule afin d’obtenir une peau régulière. L’épaisseur doit être suffisante pour permettre au bronze de prendre sa place sans rendre la pièce inutilement lourde. Les coutures laissées par les différentes parties du moule sont reprises, et les détails sont contrôlés avant l’ajout des jets et des évents.
Les jets sont des conduits par lesquels le bronze en fusion pénétrera dans la carapace. Les évents facilitent l’évacuation de l’air et contribuent à la bonne répartition du métal. Leur disposition dépend de la forme, de la position de la pièce et des zones qui doivent être alimentées en priorité. Cette architecture temporaire sera supprimée après la coulée, mais elle joue un rôle déterminant dans la réussite du bronze.
Le réseau de cire reçoit plusieurs couches de matière réfractaire. Une armature peut renforcer l’ensemble et maintenir la carapace pendant la cuisson. Le moule est chauffé dans un four de décirage : la cire fond et s’évacue, laissant une cavité qui reprend exactement le volume prévu. La cuisson élimine l’humidité résiduelle et prépare le moule à recevoir le bronze liquide.
La coulée demande une préparation coordonnée. Le bronze est porté à l’état de fusion puis versé par le cône prévu à cet effet. Le métal parcourt les canaux, remplit les volumes et se fige contre les parois de la carapace. Après refroidissement, le moule réfractaire est cassé pour libérer la pièce. Les tiges de coulée et les évents sont retirés, le bronze est nettoyé et la surface devient accessible au travail de ciselure.
La Fonderie ArtCulture montre aussi cette chaîne dans ses stages de transmission. Les participants peuvent modeler une forme en terre, réaliser un moule en élastomère, tirer la cire, poser les alimentations et préparer un moulage réfractaire avant d’assister à la fonte et de découvrir la ciselure et la patine. Cette progression rend visible la relation entre le geste initial et le résultat métallique, sans réduire le métier à une démonstration spectaculaire de coulée.
Ciselure et patine, donner sa présence au bronze
Le bronze sorti de la carapace n’est pas terminé. Les traces de jets, les plans de joint, les irrégularités et les petites aspérités doivent être traités. La ciselure reprend la surface avec des outils adaptés. Elle cherche à retrouver les détails du modèle, à affirmer les transitions et à effacer ce qui appartient au procédé de fabrication. Un drapé, un visage, une chevelure, une feuille ou une texture minérale ne demandent pas le même geste.
Le ciseleur ne remodèle pas librement la sculpture. Il travaille à partir du bronze obtenu et du modèle de référence, en conservant les volumes et le caractère de l’œuvre. Cette intervention demande de savoir où retirer de la matière, où redessiner un bord et où laisser une trace de travail. Une surface trop uniforme peut perdre la vibration du modelage ; une reprise trop faible peut laisser visibles des marques qui détournent le regard.
Le site de la fonderie rappelle aussi les règles de marquage des œuvres fondues. Selon la décision de l’artiste, le bronze peut être identifié comme original, multiple ou pièce unique. La signature du sculpteur, le numéro d’épreuve, la marque du fondeur et le millésime de la fonte sont inscrits dans l’épaisseur du métal selon les principes du code de déontologie présenté par l’atelier. Ces marques assurent la lisibilité du tirage et accompagnent l’histoire de l’objet.
La patine intervient après la ciselure. Elle colore le métal et modifie la façon dont la lumière révèle les volumes. Le choix dépend de l’artiste, du sujet et de la destination de l’œuvre. Une patine peut approfondir les creux, faire ressortir une arête, réchauffer un visage ou créer une variation entre les parties d’une composition. Le travail se construit par couches et par réactions, avec une attention constante à la transparence et à la continuité de la surface.
La finition n’est pas séparée de la sculpture. Elle doit respecter les intentions du modèle tout en donnant au bronze une apparence durable. Une pièce destinée à un intérieur peut rechercher une nuance subtile et des reflets réguliers ; une œuvre installée dans un lieu public doit conserver sa lisibilité malgré les changements de lumière. Dans tous les cas, l’artiste reste associé aux étapes de finalisation, comme le rappelle la présentation de la cire perdue de la fonderie.
Création, œuvres et transmission à Dourdan
La Fonderie ArtCulture travaille avec des artistes contemporains et présente des œuvres réalisées pour des sculpteurs invités ou accompagnés. Son site cite notamment une exposition au Centre culturel d’Orly, où des œuvres en bronze produites dans la fonderie ont été présentées avec une démonstration de patine. Il mentionne aussi la participation au Parcours Hélium, avec des artistes comme Christophe Beaufront, Sylvie Cantara, Hopare, Moussa Ouattara, Noufou Sissao et Sophie Vincent. Ces références montrent un lieu qui relie production, exposition et rencontre avec le public.
La transmission fait partie de l’identité du lieu. Les stages décrits par l’atelier associent modelage, moule, cire, alimentation, carapace réfractaire, fonte, ciselure et patine. La personne qui modèle découvre ainsi les conséquences de ses choix sur le moule et la cire. Elle comprend aussi pourquoi une forme doit parfois être simplifiée, renforcée ou séparée pour survivre à la transformation en bronze. Cette pédagogie rend visibles des métiers souvent cachés derrière l’objet fini.
À Dourdan, la Fonderie ArtCulture réunit donc sculpture, moulage, cire perdue, fonte, ciselure, patine et accompagnement artistique. Le parcours de Noufou Sissao donne à l’atelier une double compétence : comprendre la construction d’un volume et maîtriser les opérations qui le transforment en métal. Du modèle original à la pièce unique ou au tirage, chaque étape demande de préserver les détails, la cohérence et la présence de l’œuvre. La fonderie devient ainsi un espace de collaboration où la tradition de la cire perdue reste liée à la création contemporaine et à la transmission des gestes.