Atelier & professionnel

Fonderie Cornille Havard, cloches et art campanaire à Villedieu-les-Poêles

Villedieu-les-Poêles

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Villedieu-les-Poêles, dans la Manche, la Fonderie Cornille Havard perpétue un savoir-faire consacré aux cloches, aux carillons et aux bronzes d’art. L’atelier actuel a été construit en 1865, dans une ville où des fondeurs de cloches sont installés depuis la fin du Moyen Âge. La fonderie produit des cloches monumentales, des instruments pour les édifices religieux ou privés, des carillons et des pièces de bronze destinées à l’art et à la décoration. Elle exerce également le métier de campaniste, qui relie la fabrication à l’installation, à la restauration et à l’entretien des équipements campanaires.

La fonte d’une cloche commence bien avant le métal en fusion. Sa forme, son diamètre, son épaisseur et son profil déterminent la manière dont elle vibrera. Le dessin doit tenir compte de la note recherchée, de la place disponible dans le beffroi et de la relation avec les autres cloches lorsqu’il s’agit d’un carillon ou d’un ensemble liturgique. Le moule est préparé avec soin afin de recevoir le bronze et de conserver les détails voulus. Les inscriptions, les décors, les frises et les motifs en relief sont intégrés à la conception de la pièce.

Le bronze de cloche est porté à haute température avant d’être coulé dans le moule. Cette étape demande une organisation précise et une observation constante. Le métal doit remplir le volume sans interrompre la forme, tandis que le moule doit résister à la chaleur et rester suffisamment stable pour conserver son empreinte. Après le refroidissement, la cloche est démoulée, nettoyée et examinée. Les surfaces sont reprises, les éléments liés à la suspension sont préparés et la pièce est accordée. La fonte n’est donc qu’un moment d’un parcours plus long qui associe métallurgie, géométrie, écoute et finition.

Le son d’une cloche dépend de l’ensemble de sa construction. La courbe du profil, la répartition du métal, le diamètre et la matière influencent la fondamentale, les partiels et la durée de la résonance. Une cloche peut porter une note qui s’inscrit dans un ensemble plus large, notamment lorsqu’elle rejoint un carillon. L’accordage demande alors de comparer les sons, de tenir compte de l’usage prévu et d’ajuster la pièce avec retenue. Le travail vise une voix claire et stable, capable de trouver sa place dans l’édifice ou dans le paysage sonore qui l’entoure.

La fonderie réalise des cloches pour les églises, les cathédrales et des propriétés privées. Les dimensions peuvent varier considérablement, depuis une pièce destinée à un petit ensemble jusqu’à une cloche monumentale dont le poids impose une étude approfondie du transport, du support et de la mise en place. Le beffroi, les poutres, les paliers, les accès et les dispositifs de suspension doivent être considérés avec la cloche elle-même. Le métier campanaire s’intéresse à cette relation entre le bronze et l’architecture afin que l’instrument puisse sonner et être entretenu dans de bonnes conditions.

Les carillons réunissent plusieurs cloches autour d’une organisation musicale. Chacune possède son propre timbre, mais l’ensemble doit former une famille cohérente. Les commandes, les battants, les marteaux et les systèmes de transmission permettent de jouer des mélodies ou des séquences rythmiques. La conception tient compte du nombre de cloches, des notes, de l’accessibilité du clavier et de la manière dont le son se diffuse. Un carillon peut devenir un instrument de concert, un élément patrimonial d’une ville ou un équipement lié aux cérémonies d’un édifice.

Le campaniste intervient aussi sur l’horlogerie d’édifice. Une horloge monumentale doit être lisible depuis plusieurs points de la ville ou du bâtiment, mais son fonctionnement dépend d’une mécanique et d’un ensemble de transmissions. Les aiguilles, les cadrans, les sonneries, les moteurs et les éléments de commande doivent rester accordés à la structure qui les porte. L’entretien peut concerner le mécanisme, les supports et les dispositifs qui relient l’horloge à la cloche. La fonderie associe ce travail à la maintenance des équipements électriques et électroniques liés à l’art campanaire.

Les beffrois et les abat-sons forment une autre partie du domaine. Le beffroi accueille et stabilise les cloches ; il doit absorber les efforts provoqués par les sonneries et préserver la structure du bâtiment. Les abat-sons orientent le son vers l’extérieur tout en protégeant le clocher contre la pluie et les infiltrations. Leur état influence l’environnement de la cloche et la qualité de sa diffusion. Une intervention campanaire observe donc l’ensemble de l’installation, du bronze jusqu’aux pièces de bois, de métal ou de commande qui permettent son fonctionnement.

La motorisation et les automates complètent les solutions proposées pour les installations contemporaines ou restaurées. Une cloche peut être actionnée à certaines heures, lors d’une cérémonie ou selon une programmation choisie par le lieu. Les systèmes de commande doivent être réglés pour respecter le mouvement de l’instrument et la solidité de ses supports. La technologie n’efface pas le geste traditionnel : elle rend possible une utilisation régulière et contrôlée, tout en laissant la cloche conserver son caractère acoustique et visuel.

La restauration exige d’abord de comprendre l’état du bronze et de l’installation. Une cloche peut présenter une usure liée au battant, une fissure, des traces d’intervention ou une suspension vieillissante. La décision dépend de la partie touchée, de la valeur historique de la pièce et de la possibilité de préserver sa voix. Une cloche historique ne se traite pas comme un objet neuf. Les éléments conservés, les marques du temps et les modifications anciennes participent à son histoire. Le travail vise à retrouver une utilisation sûre et une sonorité cohérente sans effacer les traces qui permettent de comprendre son parcours.

Les réalisations de la fonderie illustrent cette diversité. Pour les 850 ans de Notre-Dame de Paris, neuf nouvelles cloches ont été produites puis installées dans la cathédrale en 2013. Le projet comprenait des cloches de poids et de notes différents, depuis le petit bourdon Marie jusqu’à Jean-Marie, destiné à la tour Nord. Chaque pièce devait trouver sa place dans l’ensemble et répondre à une identité musicale précise. Cette commande montre le lien entre une fonte monumentale, un programme patrimonial et les contraintes d’un édifice emblématique.

La fonderie a également réalisé des cloches pour la cathédrale de Bayeux. Thérèse-Bénédicte et Rose-Françoise ont été fondues à Villedieu-les-Poêles avant d’être installées dans la tour sud de l’édifice. D’autres cloches sont destinées à des églises ou à des ensembles situés en France et à l’étranger. Ces projets demandent de suivre la pièce depuis la préparation du moule jusqu’à sa livraison, puis de tenir compte du transport, de la suspension et des réglages réalisés sur place.

La fonderie d’art ouvre un registre différent, même si elle repose sur la même maîtrise du bronze. Elle réalise des statues, des bas-reliefs, du mobilier urbain et des plaques commémoratives. Une sculpture monumentale suppose d’étudier les volumes, les épaisseurs, les points de reprise et la manière dont le métal sera assemblé ou patiné. Un bas-relief demande de préserver la profondeur des modelés et la lisibilité des plans. Une plaque commémorative doit conserver les lettres et les signes avec netteté. Dans chaque cas, le moulage et la fonte servent une œuvre dont le bronze devient la peau durable.

Le bronze d’art peut recevoir des finitions variées. La surface sortie de fonderie est nettoyée, ébarbée et préparée avant de recevoir une patine ou une protection. Les creux peuvent retenir des nuances plus sombres, tandis que les reliefs accrochent davantage la lumière. La finition doit respecter le modelé et rendre visibles les différences de profondeur. Pour une œuvre exposée dehors, le choix tient aussi compte de la pluie, des changements de température et de l’environnement urbain. L’aspect final résulte ainsi du dialogue entre la sculpture, la matière et le lieu où elle sera présentée.

Le travail de Cornille Havard s’inscrit dans une histoire familiale et industrielle longue. Paul Havard a donné son nom à la fonderie après avoir succédé à son beau-frère César Béatrix en 1836. Adolphe Havard a ensuite fait construire l’atelier en 1865 et sédentarisé une activité auparavant itinérante. En 1903, il s’est associé à son gendre Léon Cornille, qui a pris la direction de l’entreprise en 1904. Cette continuité explique la présence d’outils, de méthodes et de gestes transmis au fil des générations, tout en laissant une place aux équipements nécessaires aux installations actuelles.

L’atelier fabrique aujourd’hui une centaine de cloches monumentales par an et accueille le public pour découvrir le lieu de production. Voir les fours, les moules, les modèles et les pièces en cours permet de comprendre la succession des gestes qui transforme un dessin en instrument sonore. La visite met en relation le poids du bronze, la précision des inscriptions, le temps de refroidissement et la préparation de la suspension. Elle donne aussi à percevoir l’échelle particulière d’une cloche, dont la forme peut sembler simple alors qu’elle concentre des choix de profil, de note et de construction.

À Villedieu-les-Poêles, la Fonderie Cornille Havard réunit la fabrication des cloches, la fonderie d’art et l’art campanaire. Cloches monumentales, carillons, horloges d’édifice, beffrois, abat-sons, motorisations, automates, statues, bas-reliefs et plaques commémoratives relèvent de projets distincts, mais tous demandent de maîtriser le bronze, l’architecture et la durée. La voix d’une cloche naît de la forme du métal, tandis que sa vie dépend de la qualité de son installation et de son entretien. L’atelier normand fait ainsi entendre un patrimoine vivant, où la tradition des fondeurs rencontre les exigences des bâtiments et des usages contemporains.

Métiers exercés

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel site-officiel

    Accueil — Fonderie Cornille Havard (site externe)

    Organisme : Fonderie Cornille Havard

    Fait soutenu
    La page officielle présente la fabrication de cloches et de bronzes d’art, l’activité campaniste, l’atelier construit en 1865, les cloches monumentales, les carillons, l’horlogerie d’édifice et l’ouverture au public.
    Consultée le
    10 septembre 2026

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