À Blan, dans le Tarn, la Fonderie de Bronze Lauragaise perpétue depuis 1979 la tradition de la fonderie d’art à la cire perdue. Installée dans le Lauragais, près de Revel, elle travaille avec des artistes sculpteurs, des collectivités et des entreprises privées pour réaliser des bronzes, des trophées et des œuvres de différents formats. La maison figure parmi les dernières fonderies françaises présentées comme spécialisées dans la cire perdue de haut niveau et porte le label Entreprise du Patrimoine Vivant.
La cire perdue donne au sculpteur et à la fonderie une relation étroite autour du modèle. La forme est d’abord traduite dans une cire qui conserve les volumes, les détails et les effets de surface de la sculpture. Les mouleurs, préparateurs en cire, enrobeurs, ciseleurs et patineurs interviennent ensuite à des moments distincts. Le travail ne s’arrête pas lorsque le métal a été coulé. La ciselure rend les surfaces plus précises, tandis que la patine donne au bronze une couleur et une profondeur adaptées à la pièce. Les artistes disposent d’un espace pour retravailler leurs cires et restent associés aux étapes où leur sculpture prend son aspect final.
L’histoire de la fonderie est liée à la demande des fabricants de meubles. Dans les années 1970, l’atelier s’est installé dans le Tarn pour réaliser des ornements en bronze. Dans les années 1980, il a développé la reproduction de sculptures en bronze des XVIIIe et XIXe siècles. Cette évolution a conduit à la constitution d’une collection de plus de trois cents modèles issus de bronzes anciens de grands sculpteurs français. En parallèle, la fonderie a commencé à produire des sculptures d’artistes contemporains. Son activité réunit donc la mémoire de formes anciennes et l’accompagnement de créations nouvelles.
Le moule conserve la possibilité de retrouver une forme. La fonderie explique que sa collection a été constituée à partir de bronzes anciens des XVIIIe au XXe siècle. Chaque modèle appartient à une histoire de sculpture, de fabrication et d’édition. La reproduction n’est pas une simple copie d’image : elle demande de comprendre le volume, la ligne, les détails et les conditions de réalisation du bronze. Les catalogues permettent de présenter des pièces classiques et des éditions, tandis que l’atelier contemporain accueille des modèles conçus directement par des artistes d’aujourd’hui.
Le travail préparatoire de la cire est une étape sensible. La cire peut être retouchée par l’artiste dans l’espace mis à sa disposition par la fonderie. Une épaisseur, une arête, un creux ou une texture peuvent évoluer avant l’enrobage. Cette possibilité de reprise permet de préciser la surface et de vérifier la lecture de la sculpture sous différents éclairages. Le préparateur en cire doit conserver la forme voulue tout en tenant compte de la manière dont elle pourra être transformée en métal. La discussion avec l’artiste est donc liée à la fois à l’intention plastique et aux contraintes de fabrication.
L’enrobage prépare le passage de la cire au bronze. La fonderie identifie l’enrobeur parmi les métiers de son équipe, avec le décirage et le décochage. Le moule doit entourer la forme et supporter les étapes qui suivent. Lorsque la cire est retirée, l’empreinte devient l’espace destiné au métal. Le décochage libère ensuite le bronze de son enveloppe après la coulée. Ces opérations demandent de protéger les détails, les parties fines et les relations entre les différents éléments de la sculpture. Le résultat dépend de la qualité du modèle autant que de la maîtrise des opérations autour du moule.
La ciselure intervient après la fonderie proprement dite. Elle permet de reprendre les surfaces, de travailler les lignes, de nettoyer les marques et de rendre plus lisibles les détails du bronze. La ciselure peut aussi accompagner l’assemblage de plusieurs parties. Le site de la Fonderie de Bronze Lauragaise présente Stéphane Aubry et Frédéric Albigot dans ce métier. La présence de ciseleurs au sein de l’équipe montre que la finition est intégrée au parcours de fabrication. La pièce passe ainsi de la matière coulée à une surface dont le grain, les arêtes et les détails correspondent au modèle recherché.
La patine donne au bronze son apparence finale. Le même volume peut prendre une expression différente selon la teinte, la transparence, les nuances et la manière dont la lumière se pose sur les reliefs. La fonderie dispose d’un showroom où sont présentées des œuvres allant du XVIIIe siècle à la création contemporaine. Ce lieu permet aux artistes d’observer des patines et de comparer plusieurs effets avant de choisir une direction pour leur propre sculpture. La patine n’est pas une couche décorative ajoutée sans relation avec la forme : elle souligne les creux, révèle les plans et accompagne la lecture du volume.
Les œuvres classiques proposées par la fonderie sont organisées en plusieurs familles : éditions, pièces classiques, œuvres de maîtres, trophées, médailles et art funéraire. Cette diversité correspond à des formats, des usages et des degrés de diffusion différents. Un bronze d’édition peut être réalisé à partir d’un maître modèle et identifié par le cachet de la fonderie. Les bronzes multiples sont limités par un nombre d’exemplaires défini par l’artiste ou ses ayants droit ; le numéro de chaque pièce est inscrit sur le bronze. Ces règles donnent un cadre à la fabrication et à l’identification des exemplaires.
La page consacrée aux bronzes d’édition explique que le moule en élastomère est réalisé à partir du modèle original créé par l’artiste. L’atelier cite notamment Gaston d’Illiers, Roger de Minvielle, De Curzay, Jean-Paul Gourdon et Léon Danchin parmi les créateurs associés à ses modèles. Deux exemples visibles sont « Avant la course » de Gaston d’Illiers et « Le pensage » de Roger de Minvielle. Le sujet animalier, le mouvement et la précision des attitudes demandent une attention particulière au modelé et à la continuité des surfaces lors de la transformation en bronze.
La fonderie réalise également des sculptures contemporaines. Son catalogue présente des œuvres nommées Aventi, Calomnie, Charles de Gaulle, Cheval fou épuré, Couple enlacé, Destinée, Femme oiseau en hiver, Figure géométrique, Hip hip, Impermanence, Insouciance, Je règne, Jean d’Ormesson, Kamboge, L’appel des airs, La plage, La voix d’Icare, Lâcher prise, Le chat qui descend l’escalier, Le dromadaire, Le démineur, Le héron, Le petit lion, Le singe, Liberté, Lumière, Miroir des mondes, Mékanbo, Obhejane, Ours heureux, Pierrot blanc, Qui s’y frotte s’y pique, Triboulet, Tribu T. IV, Urne et Vénus. Ces intitulés témoignent d’un répertoire actuel où la sculpture peut être figurative, symbolique ou plus géométrique.
Parmi les œuvres montrées, « Aventi » rassemble une urne, un héron, Calomnie, Ours heureux, Le démineur, Liberté, Impermanence, La plage, Charles de Gaulle, Vénus, Hip hip et Pierrot blanc. La diversité des silhouettes permet de voir comment la cire et le bronze traduisent des postures, des surfaces et des rapports d’échelle différents. Une urne ou une figure géométrique demande une lecture des plans et des contours ; un animal ou un personnage appelle une attention aux attitudes ; une œuvre monumentale exige en plus une réflexion sur sa stabilité, sa manutention et son lieu d’installation.
La Fonderie de Bronze Lauragaise intervient pour des commandes contemporaines destinées à des collectivités et à des sociétés privées. Elle réalise aussi des trophées pour des événements internationaux. Un trophée doit être identifiable, solide et adapté à une remise ou à une présentation publique. Le bronze lui donne une présence durable et une relation particulière avec la lumière. Le dessin peut intégrer un signe, une figure, un texte ou une forme abstraite, mais la fabrication doit tenir compte des prises, de la base, du transport et de la répétition éventuelle des exemplaires. Le travail de la cire et la finition de la patine restent liés au sens de l’objet.
Les monuments historiques constituent un autre champ d’intervention. Une œuvre installée en extérieur ou dans un édifice impose des conditions particulières de résistance, de fixation et d’entretien. La fonderie indique réaliser des restaurations de monuments historiques. Elle peut aussi participer à la création d’œuvres magistrales pour des collectivités. La mise en œuvre d’un bronze monumental demande de répartir les volumes, de prévoir les assemblages et de concevoir un socle ou une fixation compatible avec le site. Le choix de la patine et la protection de la surface doivent être considérés avec l’exposition à l’air, à l’eau et aux variations de température.
Les réalisations associées au site donnent plusieurs exemples contemporains et commémoratifs. « En roue libre » est attribuée à Christiane Colmagro. « Le démineur de l’espoir » est lié au 17e RGP de Montauban. La fonderie présente aussi l’inauguration d’un buste de Jean Jaurès à Toulouse et la sculpture « Maternité » de Michel Guyot à Montauban. Ces œuvres n’ont pas le même rôle : une sculpture peut être exposée comme une création, un démineur peut porter une mémoire collective, un buste peut rendre hommage à une personnalité et une maternité peut développer une recherche sur la figure humaine. Leur fabrication passe pourtant par la maîtrise du bronze et de sa finition.
La fonderie rassemble plusieurs métiers dans une équipe annoncée de sept personnes. Nicolas Parc est présenté comme gérant, Clarisse Fabre comme assistante de direction et de production, Clément Scavino comme spécialiste de la cire, Claude Marty pour l’enrobage, le décirage et le décochage, Stéphane Aubry et Frédéric Albigot pour la ciselure. Cette répartition permet de suivre une sculpture depuis le modèle jusqu’au bronze final. Elle facilite aussi les échanges avec l’artiste, qui peut intervenir sur la cire, observer le travail de ciselure et choisir la patine avec l’équipe.
Le lien entre artistes et fondeurs reste central. La fonderie se décrit comme un lieu ouvert aux artistes et leur réserve un espace pour travailler à plusieurs étapes de la fabrication. La ciselure et la patine sont présentées comme des moments de dialogue où l’artiste finalise sa pièce avec l’équipe. Ce fonctionnement permet de préserver l’intention du modèle tout en profitant de l’expérience technique de la fonderie. Une texture, une ligne ou une nuance peuvent être discutées avant la finition. La sculpture conserve sa personnalité, tandis que les métiers de la fonderie lui donnent une forme stable en bronze.
La collection de moules anciens, les catalogues de bronzes classiques et le showroom nourrissent également la transmission. Un artiste peut comparer une patine, observer la façon dont un détail reste lisible sur un volume et réfléchir à la place d’une sculpture dans un espace. Les modèles du XVIIIe, du XIXe et du XXe siècle permettent de regarder des solutions de fabrication et de finition très différentes. Les œuvres contemporaines montrent comment ces compétences sont réemployées pour des formes nouvelles. La maison fait ainsi circuler les savoir-faire entre patrimoine, édition et création.
À Blan, la Fonderie de Bronze Lauragaise associe cire, moule, bronze, ciselure et patine dans une même pratique. Fondée en 1979, elle a commencé par les ornements de mobilier avant de développer la reproduction de sculptures anciennes et l’accompagnement d’artistes contemporains. Ses plus de trois cents modèles, ses bronzes d’édition, ses trophées, ses médailles, ses œuvres contemporaines et ses interventions monumentales montrent l’étendue de son activité. La présence d’un espace réservé aux artistes et d’un showroom consacré aux patines souligne une approche où la technique reste au service du modelé, de la lumière et de la mémoire des œuvres.