À Beaumont Saint-Cyr, Frédéric Conand développe le tournage sur bois sous le nom de FCWT, pour Frédéric Conand Wood Turning. Son travail part d’un bloc souvent monolithique et cherche à faire apparaître un objet par le mouvement du tour, la précision des outils et l’observation attentive du veinage. Chaque pièce est conçue comme un objet unique, parce que le bois ne présente jamais deux fois exactement les mêmes lignes, les mêmes nœuds ou les mêmes traces de croissance.
Le tournage impose un dialogue particulier entre la matière et la machine. Le bois est mis en rotation tandis que l’artisan approche une gouge, un bédane ou un racloir. L’outil enlève progressivement de la matière et transforme une masse irrégulière en courbe, en creux ou en paroi. Le geste doit rester stable, car une prise trop profonde peut accrocher le bois et modifier brutalement la forme. À l’inverse, une coupe trop légère ne suffit pas à révéler la ligne recherchée. Le résultat dépend donc du mouvement de la pièce autant que de celui de la main.
Le dossier consacré à Frédéric Conand décrit des étapes réalisées manuellement. L’artisan profile, affine, creuse, ponce, polit et vernit ses objets, en suivant les possibilités offertes par chaque morceau. La forme ne s’impose pas entièrement avant le travail. Elle se découvre à mesure que les couches sont retirées. Une courbe peut révéler une étoile dans le fil, un nœud peut devenir le centre visuel d’un petit objet et une crevasse peut conserver la marque d’une croissance irrégulière. Le tournage consiste alors à accompagner le bois plutôt qu’à le contraindre dans un modèle identique.
Les essences principalement citées sont le chêne, le frêne et le hêtre. Elles apportent des nuances naturelles différentes, des veinages plus ou moins visibles et des comportements propres sous l’outil. Le chêne peut porter des lignes fortes et des variations de texture ; le frêne offre un dessin de fibre très lisible ; le hêtre présente une matière plus régulière, adaptée à des formes où la continuité de la surface compte beaucoup. Ces indications ne transforment pas les essences en promesse de finition : elles décrivent les matières utilisées dans les créations présentées par l’artisan.
Frédéric Conand achète ou récupère du bois. Le dossier du journal Le 7 mentionne notamment une poutre de cheminée transformée en soliflore. Un morceau ancien peut conserver des traces d’usage, des changements de couleur et des irrégularités dues au temps. Lorsqu’il est placé sur le tour, ces marques deviennent des éléments à prendre en compte. Il faut parfois garder une zone abîmée, parfois l’atténuer, parfois modifier la forme pour éviter qu’elle ne fragilise l’objet. La récupération ajoute ainsi une histoire matérielle à la création, sans effacer le passé du bois sous une surface uniforme.
Le travail peut aussi réunir plusieurs morceaux. L’article décrit des assemblages collés, puis découpés et tournés. Cette méthode permet de mélanger des bois clairs et foncés, de composer un dégradé et de faire apparaître des contrastes lorsque la pièce tourne. Le collage ne sert pas seulement à agrandir un volume. Il devient une manière de dessiner dans la matière, en plaçant des directions de fil et des teintes différentes dans une même forme. La coupe révèle ensuite la relation entre les éléments, et le polissage rend le passage d’une nuance à l’autre plus lisible.
Les objets présentés sous le nom de FCWT comprennent des pieds de lampe, des bols, des saladiers, des bougeoirs, des soliflores, des pots à crayons, de petites boîtes et des bilboquets. Cette diversité montre plusieurs usages du tournage. Un bol ou un saladier demande de creuser l’intérieur tout en maintenant une paroi régulière. Un soliflore doit conserver un volume stable et une ouverture adaptée à la tige. Un pied de lampe doit associer une silhouette équilibrée à une fonction de support. Une boîte ajoute la question du couvercle, de la jonction et de la précision du contact. Le même geste de rotation se déploie donc dans des objets aux contraintes différentes.
La forme d’un objet tourné reste étroitement liée à son épaisseur. En retirant de la matière, l’artisan fait évoluer à la fois le poids, la lumière sur la surface et la sensation sous la main. Une paroi fine peut donner une impression de légèreté, mais elle demande une maîtrise des vibrations et une attention aux déformations. Une paroi plus épaisse offre une présence différente et peut laisser davantage de place au dessin du bois. La bonne proportion dépend de l’objet, de son usage et du caractère que l’artisan souhaite faire ressortir.
La finition prolonge le travail du tour. Le ponçage ne consiste pas seulement à rendre la surface lisse : il permet de clarifier une courbe, de faire disparaître les marques de coupe inutiles et de préparer la matière à recevoir une protection. Le polissage peut renforcer la profondeur du veinage. Le vernis apporte une couche de protection et modifie la manière dont la lumière se pose sur le bois. Ces opérations doivent suivre la forme déjà obtenue. Une finition trop présente pourrait masquer les différences entre les essences ou remplir les creux qui donnent son identité à la pièce.
Le parcours de Frédéric Conand explique en partie cette familiarité avec le bois et les outils. Après la troisième, il s’est orienté vers un BEP-CAP de modelage bois dans la région nantaise. Sa formation l’a conduit à réaliser de l’outillage en bois pour l’industrie de la fonderie, puis à poursuivre avec un brevet de technicien en modelage bois. Il a ensuite choisi un BTS fonderie et une école d’ingénieur. Les années passées dans différentes fonderies, dans les Ardennes et en Bretagne, ont déplacé son activité professionnelle vers le métal et la production industrielle, sans faire disparaître son intérêt pour le bois.
Installé dans le Poitou, Frédéric Conand exerce aujourd’hui comme responsable de production chez Ari, spécialiste du mobilier urbain, à Châtellerault. Le tournage constitue une pratique personnelle développée dans son atelier, notamment le soir et le week-end, d’abord pour se détendre. Cette origine distingue FCWT d’un discours qui présenterait immédiatement l’activité comme une production standardisée. Le travail naît d’un temps consacré à la matière, puis s’est structuré après une première participation à un marché de Noël. Sa femme et sa fille l’ont encouragé à franchir cette étape, qui a conduit à la création de FCWT et à la présentation de créations au public.
La relation entre activité professionnelle et pratique artisanale donne à la démarche une profondeur particulière. Le tournage ne reproduit pas les opérations d’une fonderie, mais il retrouve une attention commune à l’outillage, à la précision et au comportement de la matière. Le modelage bois a apporté une première compréhension du volume ; les fonderies ont développé une expérience des procédés, des contraintes et de la production ; le tour à bois permet aujourd’hui de revenir à un geste plus direct, où la forme se construit à partir de la pièce disponible. Ces expériences se répondent sans être confondues.
Le choix d’un objet unique implique de renoncer à une symétrie parfaite entre les pièces. Un bol peut être proche d’un autre par sa fonction tout en différant par son bord, son dessin ou son équilibre. Un soliflore issu d’une poutre récupérée peut conserver une marque qui ne pourra jamais être répétée sur une autre pièce. Un bougeoir peut changer de proportion selon le diamètre initial du bois et la position d’un nœud. L’intérêt du tournage de Frédéric Conand tient à cette attention portée aux différences et à la volonté de faire apparaître la personnalité du matériau.
La pratique associe donc un mouvement très réglé à une part de découverte. Le tour impose une rotation continue, mais l’artisan doit observer le fil, écouter l’outil et adapter la coupe. Les gouges, le bédane et le racloir n’ont pas le même rôle, et leur affûtage conditionne la netteté du geste. Une lame bien préparée enlève la matière avec plus de contrôle et limite les arrachements. Le travail manuel ne signifie pas improvisation : il repose sur une préparation des outils, une lecture du bois et une suite de décisions prises au fur et à mesure.
À Beaumont Saint-Cyr, FCWT présente ainsi un tournage sur bois où le chêne, le frêne, le hêtre et les morceaux récupérés deviennent des objets destinés à la maison ou au jeu. Pieds de lampe, bols, saladiers, bougeoirs, soliflores, boîtes, pots à crayons et bilboquets portent chacun une combinaison particulière de courbes, de veinages et de traces. Frédéric Conand réalise les étapes manuellement, depuis le profilage jusqu’à la finition, en laissant le matériau guider une partie de la forme. Le résultat relie une formation ancienne au travail du bois, une expérience industrielle et le plaisir patient de faire apparaître un objet dans un bloc.