Atelier & professionnel

Henri Gohin — facteur d’instruments historiques à vent à Boissy-l’Aillerie

Boissy-l’Aillerie

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Boissy-l’Aillerie, dans le Val-d’Oise, Henri Gohin fabrique des instruments historiques à vent destinés à la musique ancienne. Son activité, commencée en 1978, couvre les flûtes à bec, les flageolets, les cornets, les hautbois, les bassons, les dulcianes et les bombardes. Chaque famille possède ses proportions, sa perce, ses doigtés, ses matériaux et son caractère sonore. L’instrument est conçu à partir d’une tradition précise, mais il doit aussi répondre aux besoins des musiciens qui le jouent aujourd’hui, en répétition, au concert ou dans un ensemble spécialisé.

La facture de ces instruments repose sur une connaissance des modèles anciens. Henri Gohin a d’abord été formé à la facture des flûtes à bec auprès de Claude Monin, présenté comme un précurseur de la facture historique en France. Il s’est ensuite diversifié vers les instruments à anche double et les cornets à bouquin. Cette évolution l’a conduit à développer des modèles dans de nombreuses tessitures. Une flûte de la Renaissance, un hautbois baroque, une bombarde et une dulciane ne sollicitent pas le bois, l’air ou les doigts de la même façon. Les recherches du facteur servent à maintenir ces différences plutôt qu’à les réduire à une fabrication uniforme.

La flûte à bec constitue une part importante de la production. Le catalogue distingue des modèles baroques, renaissants et médiévaux, du sopranino à la contrebasse. Cette classification correspond à des répertoires, des époques et des systèmes de facture différents. Une flûte soprano n’a pas la même présence ni la même réponse qu’une basse ; un instrument de consort doit trouver sa place au sein d’un groupe ; une flûte soliste peut demander une projection et une précision particulières. Le facteur adapte les dimensions, la perce, le choix du bois et le diapason à la famille retenue.

Les modèles baroques comprennent des références associées à Bressan, Debey, Bizey, Terton, Denner, Hotteterre et d’autres traditions de facture. Les modèles ne sont pas seulement identifiés par un nom historique. Leur étendue, leur perce, leur tonalité et leur diapason déterminent la manière dont ils se comportent sous les doigts et dans l’espace sonore. Le catalogue présente par exemple des instruments en 392, 415 ou 440 Hz, ainsi que des corps et pieds de rechange pour certaines familles. Ces possibilités permettent de choisir un instrument cohérent avec le répertoire et l’accord de l’ensemble dans lequel il sera joué.

Les flûtes de la Renaissance sont également proposées dans plusieurs tessitures. Les modèles Ganassi, les flûtes de consort, les flûtes à grosse perce et les flûtes de type Kinsecker ne répondent pas à la même conception acoustique. Un consort doit permettre aux voix de se compléter d’un instrument à l’autre. Une basse ou une contrebasse impose des dimensions, un poids et une projection différents d’un soprano. Les diapasons indiqués, notamment 466, 440 et 415 Hz selon les modèles, font partie du choix musical. Le facteur tient compte de l’usage souhaité plutôt que de considérer le catalogue comme une simple série de formats.

Les instruments médiévaux demandent une autre relation aux sources historiques. Les flûtes proposées dans ce registre existent en plusieurs tessitures, dont le soprano et le ténor. Leur forme, leur perce et leur doigté sont liés à des pratiques anciennes qui ne se confondent pas avec celles de la période baroque. Reproduire un instrument historique suppose de comprendre les indices disponibles, de choisir une interprétation de facture et de conserver une jouabilité réelle. Le travail d’atelier permet de faire dialoguer la recherche sur les modèles et les exigences d’un musicien qui doit pouvoir intégrer l’instrument dans une pratique vivante.

Le choix des bois est directement lié à ces familles. Le buis est utilisé pour les flûtes baroques allant du sopranino au ténor, pour les hautbois et pour les flageolets. Les flûtes Renaissance, les bassons, les bombardes et les dulcianes peuvent recevoir de l’érable, de l’alisier ou du poirier. Les cornets sont associés au cormier, au cerisier, à l’érable, à l’if ou au buis. Ces choix ne relèvent pas seulement de la couleur extérieure. La densité, la stabilité, le fil et la capacité du bois à être usiné influencent la perce, la vibration, la résistance et le timbre.

Un bois destiné à un instrument doit être suffisamment stable pour conserver sa géométrie. Les variations d’humidité peuvent provoquer des fentes, des déformations ou des changements dans l’assemblage. La matière est donc préparée et travaillée avec une attention particulière à son environnement. Les parties d’un instrument qui s’emboîtent doivent rester ajustées sans forcer. Les joints, les lièges, les bouchons et les clés doivent permettre le montage, le démontage et le jeu sans dégrader le bois. La facture se poursuit donc au-delà de la forme visible, dans la manière dont chaque pièce supporte l’usage.

La perce concentre une grande partie du travail acoustique. Le canal intérieur conduit l’air et détermine les rapports entre les notes, les doigtés et les harmoniques. Une variation dans le diamètre ou le profil peut changer la justesse, le volume et la facilité d’émission. Le facteur travaille avec des outils adaptés au modèle, puis contrôle la réponse de l’instrument. Les trous doivent être placés avec précision, mais leur forme et leur relation avec la perce comptent tout autant. La position des doigts, la taille de la main et la manière dont le musicien souffle entrent dans l’appréciation finale.

Les instruments à anche double ajoutent une autre dimension. Les hautbois, bassons, dulcianes et certaines bombardes utilisent une anche qui transforme la pression d’air en vibration. La perce et le pavillon doivent accompagner cette réponse sans rendre l’émission instable. Le musicien doit pouvoir contrôler l’attaque, les nuances et les changements de registre. Les dimensions du corps, la forme des trous et les éventuelles clés sont donc étudiées avec le modèle d’anche et la tessiture. La facture demande une écoute précise, car une petite modification mécanique peut se traduire par une différence sensible dans le souffle et le timbre.

Les cornets à bouquin appartiennent à une famille particulière d’instruments historiques. Ils associent un corps travaillé dans le bois et une embouchure qui demande une relation étroite entre les lèvres, l’air et la vibration. Le facteur s’est diversifié vers ces instruments grâce à des recherches menées avec des musiciens spécialistes de la musique ancienne. Les cornets peuvent être conçus dans le cormier, le cerisier, l’érable, l’if ou le buis. Chaque essence réagit différemment au travail et participe à la personnalité sonore de l’instrument.

Les flageolets présentent eux aussi des caractéristiques propres. Leur registre, leurs doigtés et leur organisation intérieure ne se déduisent pas directement d’une flûte à bec ordinaire. Le facteur doit conserver une cohérence entre le modèle historique, la perce, les trous et la facilité de jeu. Les petites dimensions rendent certaines opérations particulièrement minutieuses. La précision du bouchon, du canal d’air et des ouvertures influence immédiatement la réponse. Une facture réussie permet à l’instrument de rester stable tout en conservant la légèreté et le caractère qui appartiennent à cette famille.

Les bombardes complètent la production d’instruments à vent historiques. Elles peuvent être construites dans des bois comme l’érable, l’alisier ou le poirier, selon les indications de choix de matière. Leur timbre puissant et leur relation avec les instruments de tradition populaire demandent une conception différente de celle d’une flûte douce. La forme du pavillon, la perce et les trous conditionnent la projection. Le facteur peut également travailler les clés et les éléments de montage nécessaires à la justesse et au confort du musicien.

Le catalogue présente des instruments dans de nombreuses tessitures. Cette diversité demande de maintenir des proportions cohérentes d’un registre à l’autre. Un soprano, un alto, un ténor, une basse et une contrebasse ne se distinguent pas uniquement par leur longueur. Le volume d’air, la résistance, la position des trous, le poids et la projection évoluent ensemble. Le musicien choisit donc une tessiture en fonction de son rôle, de son répertoire et de l’équilibre recherché dans le groupe. L’atelier prépare des instruments qui peuvent être intégrés à des ensembles de musique ancienne comme à des projets individuels.

Le diapason est un choix essentiel pour ces pratiques. Les modèles du catalogue sont proposés selon plusieurs hauteurs, notamment 392, 415, 440, 466 et 523 Hz en fonction des familles. Un instrument accordé à 415 Hz ne se comporte pas exactement comme un instrument conçu pour 440 Hz. La longueur de la perce, les rapports entre les trous et la tension de l’anche ou de la colonne d’air doivent rester cohérents. Le musicien peut ainsi choisir une référence adaptée à son ensemble plutôt que de compenser après coup un instrument qui ne correspond pas à son contexte musical.

La fabrication comprend aussi les éléments de rechange. Le catalogue mentionne des corps, des pieds et des têtes de remplacement pour plusieurs modèles de flûtes. Cette possibilité peut être utile lorsque le musicien souhaite changer de diapason, remplacer une partie endommagée ou disposer d’une configuration complémentaire. La pièce de rechange doit rester compatible avec le reste de l’instrument. Les assemblages, la perce et les dimensions doivent être ajustés pour que le changement ne crée pas de fuite ou de différence excessive dans la réponse.

L’entretien commence dès les premiers jours d’utilisation. Les notices de l’atelier recommandent de jouer progressivement un instrument neuf afin de l’habituer à la durée de jeu et à la saturation de la matière. Cette mise en route évite de soumettre le bois à des changements trop rapides. Une atmosphère trop sèche, notamment en période de chauffage, peut favoriser les fentes ou les déformations. Le rangement doit donc protéger l’instrument contre les variations excessives, avec une humidité surveillée au moyen d’un hygromètre lorsque cela est nécessaire.

Après chaque utilisation, la perce doit être essuyée avec un chiffon doux non pelucheux monté sur un écouvillon. L’humidité laissée dans le canal peut modifier l’état du bois et favoriser des désordres. Les fils et les lièges doivent être graissés régulièrement afin de faciliter le montage et le démontage. Le geste d’assemblage se fait en vissant, sans forcer ni tordre les parties. Ces soins sont simples, mais ils prolongent la stabilité des joints et évitent qu’un instrument délicat ne soit soumis à des contraintes inutiles.

L’huilage de la perce se fait avec une huile non siccative, selon une fréquence qui dépend de l’âge et de l’utilisation. Les premiers mois demandent une attention plus rapprochée, puis l’intervalle peut s’allonger. L’instrument doit sécher avant l’application et l’huile doit être déposée puis essuyée avec précaution. Il faut éviter d’atteindre les zones sensibles du bouchon, du biseau ou de l’extrémité du porte-vent. La notice distingue donc l’entretien général des opérations propres à chaque modèle.

Les flûtes possèdent leurs propres précautions. Pour chasser la condensation, le doigt doit être posé à plat sur la fenêtre lorsqu’on souffle à travers le porte-vent. Le bouchon reçoit un traitement qui limite le gonflement, mais une révision peut rester nécessaire si la réponse ou la condensation deviennent problématiques. Les hautbois de chasse et cornets courbes demandent un huilage différent et un essuyage adapté à leur perce. La dulciane possède une plaque de culasse qui doit être retirée après le jeu pour permettre le nettoyage du canal intérieur.

Ces conseils montrent que la facture ne s’arrête pas au moment où l’instrument est remis au musicien. La manière de jouer, de ranger, de sécher, de graisser et d’huiler influence sa durée de vie. Une petite pièce de liège ou un bouchon peut avoir un effet sur l’étanchéité ; une perce humide peut modifier le comportement du bois ; un chiffon trop court peut rester coincé dans un corps long. Le musicien dispose ainsi de repères pour préserver son instrument, tout en pouvant demander une retouche lorsque le fonctionnement dépasse l’entretien courant.

La commande d’un instrument se construit autour du modèle, de la tessiture, du diapason et du bois. Une flûte baroque, une flûte Renaissance, un cornet, un hautbois ou une dulciane ne se choisit pas de la même façon. Le répertoire, le niveau de pratique, la place dans l’ensemble et les habitudes de souffle orientent la décision. Le facteur peut également discuter d’un choix de matière particulier lorsque celui-ci est compatible avec le modèle. La fabrication reste ainsi attachée à une demande réelle plutôt qu’à une production sans distinction.

Les réalisations d’Henri Gohin sont reconnues par plusieurs distinctions mentionnées dans ses pages officielles. La Bourse de la vocation obtenue en 1982, le Grand prix des métiers d’art et le Prix Musicora en 1997, le Prix France-Québec des métiers d’art en 2005, le Concours d’excellence des métiers d’art en 2008 et le Prix de l’excellence artisanale en 2018 jalonnent son parcours. Le site indique également le label Entreprise du Patrimoine Vivant. Ces éléments accompagnent une production dont la valeur repose surtout sur la précision des modèles, la connaissance des matériaux et la constance du travail d’atelier.

La musique ancienne exige une relation particulière entre la recherche et la pratique. Un instrument peut s’inspirer d’un modèle conservé, d’une école de facture ou d’une description historique, mais il doit être jouable par un musicien actuel. Les doigtés, l’accord, le poids et la réponse doivent être compris dans l’usage. Les échanges avec des interprètes spécialisés permettent de corriger une hypothèse, de comparer une tessiture ou d’affiner un modèle. Le facteur développe ainsi des instruments qui gardent un lien avec les sources tout en étant destinés à des concerts et à des ensembles vivants.

À Boissy-l’Aillerie, l’atelier Henri Gohin rassemble donc plusieurs métiers de la facture instrumentale. Le travail du bois donne forme aux corps, aux pieds, aux pavillons et aux éléments de rechange. La perce organise le souffle et les notes. Les clés, bouchons, joints et embouchures complètent la mécanique et l’émission. L’entretien prolonge cette construction par des gestes adaptés à chaque famille. Flûtes à bec baroques, renaissances et médiévales, flageolets, cornets, hautbois, bassons, dulcianes et bombardes trouvent ainsi une place dans une même pratique, fondée sur la précision, la patience et la connaissance des instruments historiques.

Le facteur accompagne le musicien depuis le choix d’une tessiture jusqu’aux soins quotidiens. Un instrument peut être destiné à un consort, à un répertoire soliste, à une musique de chambre ou à une pratique de tradition. Le diapason et le bois déterminent une partie de sa personnalité, tandis que la perce, les trous et les accessoires assurent sa jouabilité. En conservant ces relations, Henri Gohin fait vivre une facture ancienne dans des instruments conçus pour être joués aujourd’hui.

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel site-officiel

    Henri Gohin — facteur d’instruments de musique historiques à vent (site externe)

    Organisme : Henri Gohin

    Fait soutenu
    Henri Gohin produit depuis 1978 des instruments à vent dédiés à la musique ancienne. Son activité couvre les flûtes à bec, flageolets, cornets, hautbois, bassons, dulcianes et bombardes, et son site indique le label Entreprise du Patrimoine Vivant.
    Consultée le
    10 septembre 2026

Vous représentez cet atelier ou vous avez repéré une erreur ?

Revendiquer la ficheSignaler une correction