Une pratique céramique née du retour à la matière
À Biarritz, en Nouvelle-Aquitaine, Isabelle Lamourelle développe une pratique de céramiste où le grès, la porcelaine et le feu occupent une place centrale. Son atelier-boutique réunit des objets destinés à la table, des pièces de décoration, des luminaires, des sculptures et des réalisations de plus grand format. Les créations s’adressent aux particuliers comme aux professionnels, notamment dans les univers de la restauration, de l’hôtellerie et de la décoration. La production garde ainsi un lien avec les usages quotidiens tout en ouvrant un espace de recherche sur les formes, les surfaces et les effets de cuisson.
Le parcours d’Isabelle Lamourelle commence par une première rencontre avec la terre pendant l’enfance, puis passe par d’autres domaines artistiques. La photographie et le travail numérique ont constitué son environnement professionnel pendant dix-sept ans. En 2013, le besoin de revenir à une matière tangible l’a conduite vers la céramique. Des cours de tournage de loisir ont d’abord permis d’éprouver le geste, avant une réorientation plus complète. Elle s’est ensuite formée à l’animation d’atelier et au tournage auprès de Luna Salinas et de Thierry Fouquet, à l’Atelier Chemin de la céramique de Montreuil.
L’obtention du CAP de tourneur marque une étape dans cette reconversion. Isabelle Lamourelle a ensuite travaillé en résidence chez Sandrine Tonnelier et Sophie Lepoivre pendant une année, tout en donnant des cours de modelage et de tournage. Cette expérience articule la pratique de la production et la transmission des gestes. Elle permet aussi de considérer la céramique comme une suite d’opérations où la forme, la consistance de la terre, le séchage et la cuisson doivent rester liés. La pièce terminée conserve la trace de ces choix successifs, même lorsque sa surface paraît simple.
Le tournage comme construction du volume
Le tournage donne aux pièces une organisation autour d’un axe. La terre est centrée, ouverte, montée puis affinée pour obtenir un volume qui peut devenir assiette, vase, coupelle ou autre objet de la maison. Le profil ne dépend pas seulement d’un contour vu de face. Il comprend l’épaisseur du bord, la courbe intérieure, la base qui assure la stabilité et la manière dont la main peut saisir ou déplacer la pièce. Une forme tournée invite à être regardée en rotation, car chaque déplacement révèle une continuité différente entre la paroi et l’ouverture.
Le travail d’Isabelle Lamourelle ne se limite pas à une seule silhouette. Les pièces de table et les objets décoratifs permettent d’explorer des rapports variés entre le contenant et ce qui l’entoure. Une assiette organise une surface horizontale et accompagne une composition ; un vase donne une présence verticale à un bouquet ou se suffit à lui-même ; un élément de décor de table introduit une ponctuation plus discrète. Les sculptures et les pièces de grande taille déplacent la même attention vers des volumes qui occupent davantage l’espace et dialoguent avec l’architecture intérieure.
Le grès constitue une matière privilégiée de l’atelier. Il peut être travaillé dans des textures différentes, avec une surface lisse ou chamottée, et recevoir des variations de couleur. La terre n’est pas toujours recouverte de la même manière. Elle peut rester visible, présenter un toucher plus brut ou être associée à une zone émaillée. L’opposition entre une partie mate et une partie plus brillante fait ressortir le relief et modifie la lecture de l’objet selon la lumière. Le même volume peut ainsi paraître plus dense à certains endroits et plus ouvert à d’autres.
L’ajout d’engobe de porcelaine sert à structurer la matière. Cette couche apporte une différence de couleur ou de texture sur le grès et peut contribuer à construire une surface composée de plusieurs états. L’engobe n’est pas seulement une finition posée à la fin : il participe à la relation entre le fond, la forme et les zones qui recevront ensuite un émail. Selon l’épaisseur, l’application et la cuisson, il peut laisser apparaître des transitions qui accompagnent les courbes du volume.
Des émaux conçus à l’atelier
Isabelle Lamourelle crée ses émaux et observe leurs réactions lors de l’ouverture du four. Cette part de recherche rend chaque cuisson singulière. Une couleur attendue peut se transformer sous l’effet de la température, de la composition, de l’épaisseur déposée ou de la position de la pièce. Les superpositions d’émaux peuvent produire des profondeurs qui évoquent un paysage, avec des passages où l’œil s’attarde et se déplace. La surface devient alors un espace de découverte plutôt qu’un simple revêtement uniforme.
La formulation d’un émail demande de relier une intention visuelle à des contraintes techniques. Une surface destinée à un objet de table ne se pense pas de la même manière qu’une finition réservée à une sculpture. La brillance, la matité, la couleur, la texture et le comportement au toucher doivent être accordés à la fonction et au volume. La cuisson fixe cette relation, mais elle peut aussi introduire des écarts qui donnent à une série une respiration propre à la fabrication artisanale.
Les effets de matière sont particulièrement sensibles sur les objets que l’on tient. Une tasse, une coupe ou un vase est vu à proximité, déplacé et parfois observé sous une lumière rasante. Une zone lisse renvoie la clarté différemment d’une surface chamottée ou d’un émail plus profond. Le geste du tournage reste lisible dans la courbe, tandis que les choix de matière et de cuisson enrichissent la perception au moment où l’objet passe de la table à la main.
Arts de la table et objets pour la maison
Les arts de la table occupent une place visible dans la production. Assiettes, vases, éléments de décor et pièces de service peuvent composer un ensemble cohérent ou être choisis séparément. La fonction n’efface pas la dimension sculpturale : un objet doit être utilisable, mais il peut aussi modifier l’atmosphère d’un repas par sa couleur, sa proportion et sa présence. La surface se découvre dans des gestes ordinaires, lorsque l’on pose un plat, que l’on saisit un récipient ou que l’on change la disposition de la table.
Le travail sur commande permet d’adapter une création à un projet particulier. Pour un particulier, la demande peut concerner une pièce destinée à un intérieur, une série d’objets ou une composition de table. Pour un restaurant, un hôtel ou un décorateur, le dialogue peut porter sur la relation entre plusieurs formats, la palette, les dimensions et la manière dont les pièces seront vues dans le lieu. Une réponse sur mesure doit conserver l’identité de l’atelier tout en tenant compte de l’usage, du nombre d’exemplaires et de l’environnement auquel les objets sont destinés.
Les luminaires prolongent cette réflexion vers la lumière. La céramique devient alors un volume qui filtre, réfléchit ou accompagne l’éclairage. La forme de l’abat-jour, l’épaisseur de la paroi, les ouvertures et la finition modifient l’ombre portée. Une surface émaillée peut accrocher un reflet, tandis qu’une partie mate absorbe davantage la lumière. La pièce agit à la fois comme objet et comme élément d’ambiance, en relation avec le mur, la table ou le plafond qui l’accueille.
Les sculptures et les grosses pièces donnent une autre échelle aux recherches de l’atelier. Le volume se regarde à distance, puis se découvre en se déplaçant autour de lui. Les choix de proportions, de stabilité et de finition prennent une ampleur nouvelle. Une sculpture peut laisser la terre brute dialoguer avec un émail, faire apparaître une ligne plus minérale ou se concentrer sur un effet de surface. La forme n’a pas à répondre à un usage domestique précis ; elle peut organiser le regard et donner une présence forte à un espace.
Influences et langage de surface
Les influences citées autour de l’univers d’Isabelle Lamourelle vont des arts décoratifs au surréalisme, avec des références aux années cinquante et au brutalisme. Ces orientations ne conduisent pas à reproduire un style unique. Elles offrent plutôt des pistes pour penser une masse, une ligne, une géométrie, un contraste ou une relation entre l’objet et l’architecture. Une forme peut garder une sobriété minérale tout en introduisant un détail inattendu, une asymétrie ou une couleur qui déplace la perception.
La terre reste le point d’ancrage de cette recherche. Le toucher peut aller du soyeux au rugueux, selon la préparation et la finition choisies. Une surface brute rappelle l’origine minérale de la pièce ; un émail superposé ajoute une profondeur visuelle ; un engobe de porcelaine construit une transition plus claire ou plus structurée. Les différences ne sont pas traitées comme de simples accidents. Elles deviennent des moyens de faire ressentir le passage entre une matière souple, un volume sec et une surface transformée par le feu.
La cuisson constitue un moment de découverte. Avant l’ouverture du four, les réactions exactes des couleurs et des superpositions ne sont pas entièrement visibles. Le résultat dépend des recettes, du placement, de la température et de l’histoire de la pièce pendant son séchage. Cette part d’incertitude ne remplace pas la maîtrise technique ; elle l’accompagne. Le travail consiste à préparer les conditions d’une réponse, puis à accueillir ce que la terre et les émaux révèlent réellement.
Transmission du modelage et du tournage
La transmission fait partie de l’activité d’Isabelle Lamourelle à travers des cours et des stages de modelage et de tournage. Ces formats permettent d’aborder la terre par des gestes concrets : centrer, ouvrir, monter une paroi, construire une forme, reprendre un bord et comprendre les étapes qui conduisent au séchage et aux cuissons. Le modelage offre une relation directe avec la masse ; le tournage introduit la rotation, l’équilibre et la nécessité de maintenir le volume autour de son axe.
Un apprentissage de la céramique ne consiste pas seulement à obtenir une forme immédiatement réussie. Il faut aussi observer la consistance de la terre, reconnaître le moment où elle peut être déplacée, accepter les reprises et comprendre ce que la cuisson transformera. Les cours de l’atelier s’inscrivent dans cette progression. Les participants peuvent découvrir les outils, la préparation du geste et la relation entre une intention et les réactions du matériau. La pièce réalisée devient le résultat visible d’une expérience qui associe attention, temps et manipulation.
Le passé d’animatrice d’atelier nourrit cette approche de la transmission. Isabelle Lamourelle connaît la difficulté des premiers gestes, les questions liées au centrage et la nécessité d’expliquer une opération sans retirer à chacun la possibilité d’expérimenter. Le cours crée un cadre, mais la terre répond différemment selon la pression, la vitesse et la manière de soutenir la paroi. Cette diversité donne aux séances une dimension pratique et sensible, où les mêmes outils peuvent produire des formes très différentes.
À Biarritz, Isabelle Lamourelle Céramiques réunit ainsi une production de grès et de porcelaine, une recherche personnelle sur les émaux, des objets de table, des pièces décoratives, des luminaires, des sculptures et des projets sur commande. Le parcours de reconversion, la formation de tourneur et la transmission des gestes se prolongent dans un atelier proche de l’océan, attentif à la matière et à la lumière. Les surfaces lisses ou chamottées, la terre laissée visible, les engobes de porcelaine et les superpositions d’émaux donnent à chaque création une présence qui se découvre dans l’usage comme dans la contemplation.