À Viviers-du-Lac, en Savoie, Jérémy Elbaz développe l’Atelier Kibō autour du bois et de plusieurs métiers complémentaires. Son activité d’ébéniste créateur associe la conception de mobilier et d’objets à la marqueterie, à la tournerie et à la sculpture. Cette pluralité ne disperse pas le travail : elle permet au contraire de choisir, pour chaque projet, la manière la plus juste de faire parler une essence, une surface ou un volume. Un meuble peut demander la précision de l’assemblage, un panneau la composition des placages, tandis qu’une pièce plus libre se construit par le tournage ou le retrait progressif de matière.
Le parcours de Jérémy Elbaz relie le Japon, le Jura et la Savoie. Après une dizaine d’années passées au Japon, il revient dans la région jurassienne où il a grandi. Il rejoint alors les Compagnons du Tour de France de Mouchard et le lycée Pierre-Vernotte de Moirans-en-Montagne afin de se former plus sérieusement au travail du bois. Cette reconversion donne une place centrale à l’apprentissage des gestes, à la compréhension des matériaux et à la capacité de passer d’un dessin à une réalisation solide. Le site de l’atelier le présente comme ébéniste-menuisier certifié, avec une attirance particulière pour la marqueterie, la tournerie et la sculpture.
Le nom Kibō porte lui-même une double relation avec la culture japonaise et le bois. Jérémy Elbaz explique qu’il s’inspire du mot japonais 希望, qui évoque l’espoir, l’aspiration, le désir ou le rêve, tout en jouant avec le caractère 木 associé à l’arbre ou au bois. Cette référence ne transforme pas l’atelier en décor exotique. Elle exprime plutôt une manière de regarder la matière comme un support d’élan, de patience et de construction. Le bois garde son histoire, son grain et ses contraintes ; le projet lui donne une direction sans chercher à effacer ce qui le rend singulier.
L’ébénisterie demande de penser ensemble la fonction, la structure et la surface. Avant de choisir une finition ou un décor, il faut comprendre l’usage du meuble, les dimensions disponibles, les efforts qu’il devra supporter et la façon dont il sera utilisé. Une table, une console, un rangement ou un petit objet n’appellent pas les mêmes épaisseurs ni les mêmes assemblages. Le dessin doit anticiper les ouvertures, les appuis, les arêtes et les zones de contact. Il doit aussi laisser au bois la possibilité de jouer son rôle de matière vivante, avec ses variations de fil, de teinte et de densité.
La marqueterie ouvre une autre façon de composer avec le bois. Des placages de couleurs, de grains et de directions différentes sont découpés puis réunis pour former un motif. La réussite dépend de la précision des joints, de la continuité des lignes et de la relation entre le décor et la forme du support. Un dessin géométrique réclame des raccords nets ; une composition plus organique peut suivre les courbes d’un meuble ou faire apparaître un mouvement. Le contraste entre plusieurs essences n’a de sens que s’il accompagne la construction générale. Une pièce de bois très expressive peut devenir un accent, un filet, une façade ou une partie centrale sans recouvrir toute la surface.
La marqueterie permet également de raconter une idée par la matière. Une image, un signe ou une trame peut se construire avec des placages plutôt qu’avec une peinture ajoutée après coup. La lumière révèle alors les différences de grain et les changements de direction. Le regard découvre le motif en même temps que les qualités physiques du bois. Cette relation entre dessin et matière demande de choisir les essences avant la découpe, d’anticiper leur comportement et de garder une cohérence lorsque les éléments sont pressés, collés puis finis. La surface devient décorative, mais elle reste liée à la structure de l’objet.
La tournerie fait passer le bois par la rotation. Une pièce maintenue sur un tour est façonnée progressivement avec des outils qui retirent la matière selon un axe. Le geste doit rester stable, car une variation de pression modifie rapidement le profil. Les courbes, les gorges, les transitions et les extrémités se construisent en observant le volume pendant qu’il tourne. Cette pratique convient aux pieds de meuble, aux poignées, aux éléments décoratifs et aux objets dont la forme se développe autour d’un centre. Elle apprend à lire le bois dans toutes ses directions et à distinguer une silhouette régulière d’un volume qui doit conserver une irrégularité naturelle.
La sculpture élargit encore la relation entre le projet et le morceau de bois. Ici, le volume ne se réduit pas à une série de profils symétriques. Le sculpteur choisit ce qu’il enlève, ce qu’il préserve et la manière dont les faces vont se répondre. Une courbe peut venir de la forme initiale d’une branche ; une arête peut rester visible pour témoigner de la coupe ; un relief peut être adouci afin que la lumière fasse ressortir le mouvement. Chaque retrait est définitif. La progression demande donc de regarder la pièce avant chaque passe d’outil et de garder une réserve autour des zones qui concentrent le dessin.
Les trois approches se répondent dans un projet de mobilier ou d’objet. Un meuble peut recevoir une poignée tournée, un panneau marqueté et un détail sculpté. Une forme sculpturale peut s’appuyer sur une base ébéniste pour devenir stable et utilisable. Un décor de placage peut être prolongé par une ligne travaillée en relief. Cette combinaison donne une place à la main sans abandonner les exigences de la fonction. Les assemblages, la stabilité, l’entretien et la manière dont l’objet sera pris ou déplacé restent aussi déterminants que son apparence.
Le choix de l’essence oriente chaque étape. Le fil, la dureté, la couleur et la capacité du bois à être fendu ou usiné influencent la coupe et la finition. Une essence régulière peut convenir à une pièce structurelle ; une veine marquée peut devenir le point de départ d’un décor. Dans une marqueterie, les différences de teinte doivent rester lisibles sans créer une opposition artificielle. Au tour, la fibre impose la direction de l’outil et la vitesse de progression. En sculpture, elle peut guider le mouvement général et révéler des réponses différentes selon que l’on travaille dans le fil, à travers lui ou en suivant un nœud.
L’Atelier Kibō peut ainsi accueillir des demandes qui partent d’un besoin concret comme des projets plus personnels. Un commanditaire peut arriver avec des dimensions, une photographie, un croquis, une essence qu’il souhaite employer ou une idée encore ouverte. Le travail consiste à transformer ces éléments en une proposition réalisable : préciser les usages, choisir une construction, déterminer la place du décor et prévoir les étapes de fabrication. Pour une pièce sur mesure, les échanges servent aussi à comprendre le contexte dans lequel elle vivra, la lumière qui la touchera, les objets qui l’entoureront et les gestes qu’elle devra accompagner.
La fabrication conserve une progression visible. Le bois est préparé, débité ou mis en forme ; les pièces sont ajustées ; les surfaces sont contrôlées avant l’assemblage définitif. En marqueterie, le motif doit être vérifié avant le collage. En tournage, le profil se construit par petites corrections plutôt que par un enlèvement brutal. En sculpture, le volume se révèle par étapes. Les finitions viennent ensuite protéger et mettre en valeur le travail, sans transformer le bois en surface anonyme. Elles peuvent renforcer le toucher, approfondir une teinte ou accentuer un contraste de grain, mais elles doivent rester cohérentes avec l’usage de l’objet.
L’histoire récente de l’atelier montre aussi une reconnaissance dans le secteur des métiers d’art. Ateliers d’Art de France a désigné Jérémy Elbaz lauréat régional 2025 dans la catégorie création pour la Bourgogne-Franche-Comté. Cette distinction est liée à une période de travail dans le Jura et s’ajoute au parcours de formation qui a précédé l’installation savoyarde. Elle permet de situer la démarche dans un réseau professionnel sans réduire les pièces à un palmarès. Ce qui reste visible dans l’atelier, ce sont la recherche sur la forme, la précision des assemblages et le dialogue entre plusieurs façons de travailler le bois.
À Viviers-du-Lac, Jérémy Elbaz poursuit donc une ébénisterie de création nourrie par la marqueterie, la tournerie et la sculpture. L’Atelier Kibō s’adresse aux projets où le bois doit être à la fois construit, regardé et touché : mobilier, objet, détail décoratif ou pièce plus libre. La formation acquise entre le Jura et les compagnons, l’expérience japonaise et l’installation en Savoie composent un parcours singulier, mais la pratique reste très concrète. Chaque réalisation commence par l’écoute d’un usage ou d’une intention, se précise dans le dessin et prend corps dans une succession de gestes adaptés à l’essence choisie. Les dimensions, les matériaux, la finition et le calendrier d’un projet sont à définir directement avec l’atelier.