À Thônes, en Haute-Savoie, Alexandre Coirier imagine et fabrique des marionnettes artisanales au sein de Jeux’Songe. Son atelier travaille principalement la marionnette à main et la marionnette à tiges, avec des personnages conçus pour le jeu, l’animation, l’éducation, la petite enfance, la santé et les moments partagés en famille. Chaque création naît d’un dessin, d’un choix de matières et d’un assemblage réalisé à la main. Le personnage obtenu n’est pas un simple objet décoratif : il est pensé pour être pris en main, animé, regardé et utilisé dans une relation avec d’autres personnes.
Jeux’Songe est né en 2017, après une enfance nourrie par les personnages de théâtre et les premières marionnettes fabriquées avec des chaussettes. Ce souvenir de fabrication spontanée est devenu une activité artisanale consacrée à des personnages textiles plus élaborés. Alexandre Coirier développe des modèles expressifs, durables et destinés à des usages variés. Les formes, les couleurs, les matières et l’expression du visage sont réunies pour donner à chaque marionnette une présence immédiatement lisible, qu’elle soit utilisée par un enfant, un parent, un animateur, un professionnel de la petite enfance ou un intervenant dans le domaine de la santé.
La fabrication commence par le dessin. Le patron est tracé à la main pour organiser les différentes parties du personnage et prévoir la manière dont elles vont se rejoindre. Cette étape donne sa silhouette à la marionnette, mais elle doit aussi anticiper la place de la main, l’ouverture de la bouche et la liberté de mouvement. Une forme trop serrée gênerait la manipulation ; une construction trop lâche risquerait de perdre l’expression recherchée. Le dessin sert donc à équilibrer l’apparence et l’usage avant que les tissus ne soient découpés et assemblés.
Les pièces sont ensuite façonnées et cousues avec précision. Le corps, la tête, la bouche et les éléments qui donnent du relief au personnage doivent rester suffisamment souples pour accompagner le geste. La bouche articulée est particulièrement déterminante pour une marionnette à main : elle permet de créer une intention, de simuler la parole, de marquer la surprise ou de donner un rythme à l’animation. Le mouvement dépend de la coupe, de la couture, de l’ajustement intérieur et de la manière dont la main peut prendre appui. Le travail textile devient ainsi une préparation très concrète de la relation entre le manipulateur et le personnage.
Les finitions sont ajoutées une par une. Les yeux, les oreilles, les cheveux, les éléments de costume et les accessoires modifient l’expression et la personnalité du personnage. Un détail placé légèrement plus haut peut changer la vivacité d’un regard ; une matière plus souple peut rendre une oreille ou une chevelure plus mobile ; une couleur contrastée peut aider le public à distinguer une silhouette à distance. Ces ajouts demandent de conserver l’équilibre de l’ensemble. L’artisan ne cherche pas seulement à multiplier les ornements : il choisit ce qui contribue à la lecture, au toucher et à la capacité de la marionnette à entrer en scène.
La matière textile occupe une place centrale dans la démarche de Jeux’Songe. Alexandre Coirier utilise autant que possible des tissus de seconde vie ou des chutes valorisées. Cette orientation permet de limiter le gaspillage tout en donnant aux personnages des textures et des couleurs singulières. Une fausse fourrure peut suggérer un animal ou une créature imaginaire ; un textile récupéré peut apporter une nuance difficile à retrouver dans une matière neuve ; une chute de tissu peut devenir une manche, une oreille, une collerette ou un élément de décor. La matière conserve parfois une histoire antérieure, mais elle est réinterprétée pour servir un nouveau personnage.
Le choix d’un textile ne dépend pas uniquement de sa couleur. La main doit pouvoir le manipuler, la couture doit pouvoir le maintenir et la surface doit supporter les gestes répétés. Un tissu épais ne se comporte pas comme une matière souple ; une fausse fourrure ne produit pas le même mouvement qu’un coton lisse ; une chute présentant déjà une texture peut devenir un détail expressif. L’artisan compose avec ces différences pour que la marionnette reste agréable à toucher et cohérente lorsqu’elle est animée. La résistance des coutures, des articulations et des finitions est prise en compte pour les créations destinées à être régulièrement manipulées.
Les modèles de Jeux’Songe comprennent des personnages inspirés de l’univers montagnard et de l’imaginaire. Les collections présentent notamment des gnomes, des yétis des Aravis, une vache, un mouton, des personnages aux grands yeux et des figures conçues pour la ventriloquie. Les noms et les silhouettes donnent à chaque marionnette un caractère différent. Une créature peut être douce, drôle, étonnante ou légèrement malicieuse selon sa bouche, son regard, sa coiffure et sa palette. La fabrication reste artisanale même lorsque plusieurs modèles appartiennent à une même famille : la main, les tissus et les finitions introduisent des nuances propres à chaque pièce.
Les marionnettes à main sont adaptées à des situations où le geste du manipulateur doit rester simple et direct. La main donne vie au visage, ouvre la bouche, incline la tête et accompagne les déplacements. Cette proximité permet une interaction immédiate avec un enfant ou un public, mais elle exige que la forme intérieure soit confortable et que les articulations répondent sans résistance excessive. Les marionnettes à tiges offrent une autre relation au mouvement. La tige permet de guider le personnage depuis l’extérieur et d’organiser des déplacements, des entrées ou des attitudes avec un autre type de précision. Jeux’Songe travaille principalement ces deux familles, en fonction du projet et de l’usage prévu.
Pour l’animation et le spectacle, la marionnette devient un partenaire de jeu. Elle peut intervenir dans un conte, une scène de ventriloquie, une animation ou un numéro préparé. Son visage et ses proportions doivent être lisibles pour un public placé à plusieurs mètres, tandis que son poids et ses points de manipulation doivent rester compatibles avec la durée de la représentation. L’expressivité ne vient pas seulement des couleurs ou des traits : elle repose sur la bouche, le regard, la mobilité et la capacité du manipulateur à faire varier les attitudes. Une création artisanale peut ainsi être pensée dès le départ pour un contexte scénique précis.
Dans la petite enfance, la marionnette accompagne l’éveil sensoriel, le langage et les premières interactions. Elle offre un personnage intermédiaire auquel l’enfant peut parler, répondre ou prêter des émotions. Un professionnel peut l’utiliser pour raconter une histoire, introduire une consigne, mettre en scène une situation ou faciliter un échange. La matière douce, la forme reconnaissable et le mouvement de la bouche rendent la rencontre plus concrète. Les créations de Jeux’Songe sont présentées comme des supports capables de stimuler la créativité et les interactions positives au sein des structures d’accueil.
Le domaine de la santé mobilise une autre dimension de la marionnette. Utilisée comme outil de médiation, elle peut aider à exprimer une émotion, à ouvrir un dialogue ou à créer un sentiment de sécurité dans une relation d’accompagnement. Le personnage ne remplace pas la parole ni le professionnel qui encadre l’échange ; il offre une forme de distance et de jeu qui peut rendre certaines situations plus accessibles. La conception doit alors préserver la douceur du contact, la solidité de la manipulation et la possibilité d’adapter le personnage aux besoins d’un public ou d’une structure.
Les familles trouvent dans ces marionnettes un support de jeu partagé. Un adulte peut raconter, un enfant peut répondre, et le personnage peut devenir le point de départ d’une histoire inventée ensemble. Les différences de taille, de couleur et de texture donnent des indices pour créer une voix, un tempérament et une manière de bouger. Le jeu n’a pas besoin d’un décor complexe : une marionnette dans une main suffit à transformer un échange quotidien en scène imaginaire. L’atelier cherche ainsi à fabriquer des objets qui restent vivants par l’usage et par la relation qu’ils rendent possible.
Les créations personnalisées commencent par un échange sur le projet. Le commanditaire peut préciser un univers, une couleur, une expression, une tenue ou un personnage. Alexandre Coirier propose ensuite un croquis ou une intention de design afin de donner une direction visuelle à la marionnette. Cette préparation permet de discuter de la silhouette, des matières, du rôle de la bouche, des accessoires et du contexte d’utilisation avant la fabrication. Une fois la proposition retenue, chaque partie est réalisée à la main dans l’atelier, avec la possibilité d’ajuster certains détails au fil de l’avancement.
Le sur-mesure peut répondre à une histoire familiale, à un projet d’animation ou à un besoin professionnel. Un personnage créé pour une structure éducative ne sera pas nécessairement conçu comme une marionnette destinée à la scène. Une création pour un spectacle devra tenir compte de la distance, de la durée et de la gestuelle ; une pièce destinée au jeu en famille pourra privilégier la douceur, la simplicité et la facilité de prise en main. L’atelier adapte donc l’apparence et la construction à la situation décrite, sans perdre le caractère textile et manuel qui fait l’identité de Jeux’Songe.
La solidité est également étudiée pour les marionnettes destinées à un usage régulier. Les articulations, les coutures et les finitions sont renforcées afin de supporter les manipulations répétées et de conserver une fluidité de mouvement. Cette attention est particulièrement utile dans une structure qui utilise le même personnage au fil des séances ou dans une famille où la marionnette passe de main en main. La robustesse ne doit toutefois pas rendre la pièce rigide. Le travail consiste à trouver un équilibre entre résistance, souplesse, confort et expressivité.
Jeux’Songe participe aussi à la transmission par des ateliers de découverte. Alexandre Coirier intervient auprès de structures éducatives, culturelles et familiales pour des initiations à la manipulation ou à la création de marionnettes. Les formats peuvent être adaptés à différents publics et à des objectifs pédagogiques, créatifs ou thérapeutiques. La fabrication d’une marionnette permet d’aborder le dessin, la matière, la couture, l’assemblage et le jeu. La manipulation prolonge ensuite le travail manuel : il faut apprendre à tenir le personnage, à lui donner une direction du regard, à ouvrir sa bouche et à construire une courte scène.
Ces ateliers rendent visibles des gestes souvent cachés derrière l’objet terminé. Découper un patron, réunir deux pièces, retourner une couture, fixer un œil ou choisir une matière permet de comprendre comment un personnage acquiert progressivement sa forme. L’enfant ou l’adulte ne repart pas seulement avec une création ; il découvre que l’expression dépend d’une succession de décisions concrètes. La voix, le mouvement et l’histoire viennent ensuite prolonger ce qui a été construit avec les mains. Cette continuité entre fabrication et animation correspond à la manière dont Jeux’Songe conçoit la marionnette comme un être de rencontre.
L’atelier-boutique de Thônes inscrit Jeux’Songe dans le territoire des Aravis. Les créations peuvent être découvertes dans un espace consacré à l’échange, tandis que certaines marionnettes sont également présentées dans une boutique de créateurs du Grand-Bornand regroupant des pièces fabriquées dans les Aravis. Le paysage local nourrit les noms et certains personnages, comme le yéti des Aravis, mais l’activité s’adresse aussi à des projets qui dépassent le cadre montagnard. Les marionnettes peuvent rejoindre une famille, une école, une structure d’animation, un projet culturel ou un accompagnement professionnel.
À Thônes, Alexandre Coirier fait de Jeux’Songe un atelier où le textile, le dessin et la manipulation se répondent. Les patrons sont dessinés à la main, les formes sont façonnées, les parties sont cousues et la bouche est articulée pour produire un mouvement naturel. Les yeux, les oreilles, les accessoires et les matières de seconde vie donnent à chaque personnage une expression particulière. Marionnettes à main, marionnettes à tiges et créations personnalisées peuvent accompagner le spectacle, l’éveil, l’éducation, la santé ou le jeu familial. Depuis 2017, l’atelier construit ainsi des personnages destinés à être animés, à susciter une émotion et à créer un lien direct entre les mains qui les font vivre et les personnes qui les regardent.