À Paris, Justine Gaignault développe une pratique de tisserande et de designer textile spécialisée dans le tissage jacquard. Depuis son atelier parisien, elle imagine des projets sur mesure pour des designers, des décorateurs et des architectes. Son travail s’intéresse à la rencontre entre les gestes de l’artisanat traditionnel et les possibilités de techniques industrielles. Le jacquard lui permet de construire des motifs et des structures complexes, tandis que l’échelle de la petite série ou de la commande conserve une relation étroite avec le projet auquel le textile est destiné.
Une création textile commence par l’accord entre une fibre, une armure, une couleur et un usage. La laine, le lin et les autres matières ne réagissent pas de la même façon à la tension, à l’humidité ou au feutrage. Justine Gaignault privilégie des fibres locales et cite notamment la laine de Segard Masurel et de la Filature Terrade, ainsi que le lin de Safilin. Ces matières sont sourcées en France. Leur origine ne constitue pas un simple argument d’étiquette : elle influence la main du tissu, sa stabilité, son volume et les étapes nécessaires pour obtenir la finition souhaitée.
Le contraste entre laine et lin joue un rôle déterminant dans ses recherches. La laine rétrécit lors du feutrage humide, alors que le lin reste stable. Cette différence crée une tension qui peut donner au tissage du volume et de l’élasticité. Le textile devient alors une surface active, capable de changer de présence selon la lumière, le mouvement et la manière dont il est manipulé. Le choix de fibres aux comportements différents permet de travailler des reliefs et des déformations contrôlées sans abandonner la lisibilité du motif.
Les pièces sont produites en petites séries ou sur commande. Le projet peut être destiné à un décorateur qui recherche une étoffe particulière, à un architecte qui souhaite intégrer une matière textile dans un espace ou à un designer qui explore la relation entre motif et structure. La discussion porte alors sur les dimensions, la couleur, le toucher, la transparence, la résistance et la manière dont le tissu sera utilisé. Ces paramètres orientent la conception du jacquard et les opérations de finition.
Le tissage est réalisé en Belgique, puis les pièces sont entièrement feutrées et finies dans l’atelier parisien. Cette organisation distingue les étapes sans rompre la cohérence du projet. Le tissage construit la trame et le motif ; le feutrage transforme la surface et met en relation les comportements des fibres ; la finition parisienne donne au textile son aspect final. Chaque phase agit sur la suivante, ce qui demande de conserver une vision précise du résultat recherché dès les premiers essais.
La démarche de Justine Gaignault s’inscrit dans une réflexion sur la responsabilité des matières et sur le dialogue entre savoir-faire. L’artisanat apporte le temps de l’échantillon, l’attention portée à la fibre et la possibilité d’ajuster une pièce en fonction de son usage. Les techniques industrielles ouvrent d’autres dimensions de répétition, de régularité et de construction du motif. Leur association ne cherche pas à effacer la différence entre une pièce faite en atelier et une production standardisée ; elle permet au contraire de créer des textiles où la précision technique sert une intention de design.
En 2022, Justine Gaignault a rejoint le programme de soutien du Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art. Cette étape accompagne une activité située entre création textile, commande et recherche de matière. L’atelier parisien peut ainsi travailler avec des interlocuteurs qui ont besoin d’une réponse originale pour une collection, un décor ou un projet architectural. Les petites séries permettent d’explorer un motif et de garder une échelle adaptée à des projets spécifiques.
À Paris, Justine Gaignault propose une vision du tissage jacquard où le textile est pensé comme une matière construite. La laine et le lin, la stabilité et le retrait, la trame et le feutrage, la fabrication belge et la finition parisienne participent à une même recherche. Un échange préalable permet de préciser l’intention, les contraintes et l’usage du tissu afin de développer une pièce ou une série cohérente, identifiable par son toucher, son volume et son dessin.