À Nantes, Kapara est l’atelier textile de Justine Bossé, artisan tisserande spécialisée dans le tissage du cuir. Les peaux deviennent des étoffes grâce à un travail réalisé à la main sur un métier à tisser artisanal. Chaque pièce est conçue comme une création originale, tissée pour un client ou développée comme une recherche libre autour des textures, des couleurs, des reliefs et des finitions. Cette approche déplace le cuir de l’univers habituel de la maroquinerie vers celui du textile, de la décoration et de la création contemporaine.
Kapara est installé au sein de l’Atelier 67, à Nantes, un espace de travail consacré aux métiers d’art. Le lieu réunit plus de trente artistes et artisans dans une ancienne usine de menuiserie. Cette proximité nourrit les échanges et donne au tissage du cuir un environnement ouvert à d’autres matières, d’autres outils et d’autres manières de fabriquer.
Le parcours de Justine Bossé
Justine Bossé est diplômée de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Elle s’est rapidement spécialisée dans le tissage du cuir, une matière choisie pour la variété de ses touchers, de ses tombés et de ses finitions. Ce parcours associe une formation artistique à une pratique très concrète du matériau. Le cuir n’est pas seulement observé pour sa couleur ou son aspect : il est testé, assoupli, coupé, associé et mis en tension afin de comprendre comment il peut devenir une surface textile.
Le geste de la tisserande consiste à faire dialoguer des éléments souples selon une structure régulière. Dans un tissage classique, la chaîne et la trame organisent la construction du tissu. Avec le cuir, chaque bande ou chaque élément possède une épaisseur, un bord, une résistance et une mémoire de forme qui influencent le passage dans le métier. Le travail demande donc d’adapter le rythme du tissage à la matière, plutôt que de lui imposer un comportement identique à celui d’un fil.
Le choix de la peau engage aussi le toucher et le tombé de l’étoffe. Une matière souple peut accompagner une courbe ou produire une surface plus fluide. Une peau plus ferme garde davantage de présence et peut structurer un panneau. La finition modifie encore la perception : elle peut rendre la surface plus mate, plus lumineuse, plus douce ou plus marquée. Ces différences font partie du dessin de la pièce avant même que le métier ne commence à la construire.
Le cuir comme matière textile
Kapara utilise des peaux provenant de tanneries situées en France ou dans les pays de l’Union européenne. Cette origine est présentée comme un choix de matière et de filière. La peau arrive avec ses nuances, sa souplesse et ses caractéristiques propres. Le travail de l’atelier consiste à en tirer une étoffe qui respecte ces qualités tout en répondant à une composition. Les irrégularités peuvent devenir un élément visuel, à condition d’être intégrées au projet avec cohérence.
Le cuir offre une grande richesse de surfaces. Il peut être lisse, grainé, souple, plus dense ou légèrement brillant. Lorsqu’il est découpé en bandes et tissé, il crée des croisements et des zones de tension. La lumière accroche les reliefs, les bords et les superpositions. Le toucher change selon la direction du motif et la manière dont les éléments se répondent. Le textile devient ainsi une expérience visuelle et tactile, destinée à être regardée mais aussi approchée par le geste.
Le tissage permet de jouer sur la densité. Une construction serrée donne une surface plus continue, tandis qu’un entrecroisement plus ouvert laisse apparaître des intervalles et accentue le relief. La tisserande peut également travailler la largeur des éléments, leur espacement et leur orientation. Ces variations produisent des effets graphiques sans abandonner la logique régulière du métier.
Les créations Kapara associent parfois le cuir à d’autres matières. Le site présente notamment des mélanges avec du coton, du raphia, du polyester, du lurex, du papier peint et des fils fantaisie. L’agneau métallisé, le cuir de porc, la vachette et la dorure apparaissent dans différentes recherches. Chaque association modifie la relation entre souplesse, brillance et texture. Un fil textile peut alléger une composition ; une matière métallisée peut accrocher la lumière ; un support imprimé peut introduire un motif ou une profondeur différente.
Le métier à tisser artisanal
Les tissus Kapara sont réalisés sur un métier à tisser artisanal. Le métier maintient la structure et permet de faire passer les éléments de trame dans l’espace ouvert entre les fils de chaîne. La main guide la matière, contrôle les tensions et accompagne la progression de l’étoffe. Le résultat dépend autant du réglage du métier que de la régularité du geste.
Le tissage est une activité de patience. Chaque passage s’ajoute aux précédents et rend progressivement visible la composition. Une variation de tension peut modifier la largeur ou la densité de la surface. Une bande de cuir légèrement différente peut introduire une nuance ou un changement de rythme. Le travail demande donc une observation continue, car la correction doit parfois intervenir avant que l’écart ne se propage dans toute la pièce.
Le temps de recherche fait partie de la création. Avant de tisser une étoffe destinée à un projet, il faut essayer des matières, comparer des couleurs et observer la manière dont les éléments se croisent. Un échantillon permet de comprendre le rendu réel, car une combinaison qui paraît équilibrée séparément peut prendre une autre présence une fois tendue sur le métier. La main, l’œil et la matière avancent ensemble jusqu’à trouver une relation satisfaisante.
La fabrication manuelle donne à chaque tissu une singularité. Même lorsqu’une idée est reprise dans plusieurs formats, le tissage conserve une part de variation liée à la matière et au geste. Cette différence n’est pas un défaut de régularité : elle témoigne d’une construction réalisée sur place, sans produire une surface standardisée par une chaîne industrielle.
Des pièces uniques pour la décoration et la mode
Les tissus Kapara sont tissés en exclusivité pour chaque client. Cette relation permet d’adapter une composition à une intention, à une palette ou à un usage. Le textile peut devenir un élément de décoration intérieure, une surface murale, un revêtement, un panneau ou une pièce destinée à dialoguer avec un mobilier. Il peut aussi intéresser des stylistes et des designers qui recherchent une matière singulière, capable d’apporter du relief et une identité à un projet.
Une étoffe en cuir ne se regarde pas comme un tissu imprimé. Sa profondeur provient de l’entrecroisement des matières et de la présence des bords. Elle peut capter la lumière de manière différente selon l’orientation du regard. Dans un intérieur, elle devient un élément de composition qui transforme un mur ou un volume. Dans un projet de mode, elle peut apporter une structure, une texture ou un contraste avec des matières plus souples.
Le sur-mesure suppose de tenir compte de la taille de la surface, de son mode de pose et de la manière dont elle sera éclairée. Une étoffe destinée à un panneau mural ne rencontre pas les mêmes contraintes qu’un élément manipulé ou porté. Les dimensions influencent la répétition du motif, le poids et la tension. Le choix des matières doit également rester cohérent avec la durée d’usage et l’entretien attendus.
Kapara développe aussi des créations libres. Elles permettent de laisser la matière orienter la recherche, en suivant les rencontres, les saisons et les essais. Le cuir peut être associé à du coton, du raphia ou des fils brillants pour faire apparaître une surface inattendue. Le travail ne vise pas toujours une fonction immédiate : il peut chercher une sensation, un rythme ou une relation nouvelle entre les éléments.
Les collaborations
Les collaborations occupent une place dans la pratique de Kapara. Le site les présente comme des rencontres entre savoir-faire et sensibilités, capables de faire naître des bijoux muraux, des œuvres et des revêtements. Le tissage reste le point de départ, mais il peut entrer dans une composition plus large avec un designer, un artisan ou un créateur d’un autre domaine.
Un dialogue de ce type permet de confronter la précision du métier à une autre manière de concevoir l’espace ou l’objet. La trame peut devenir une partie d’un décor, un motif encadré ou une surface qui accompagne un volume. Le cuir tissé ne se contente alors pas d’habiller un support : il contribue à la forme, à la lumière et à l’identité de l’ensemble.
Les exemples présentés par l’atelier associent notamment le cuir, le coton, le lurex, la vachette, la dorure et le papier peint. Certaines créations sont réalisées avec l’Atelier Adèle Guyodo. Ces projets montrent comment une même matière peut changer de rôle selon le contexte. Elle peut devenir une peau décorative, un accent lumineux, une texture murale ou un motif qui relie plusieurs éléments d’une pièce.
La collaboration exige aussi une attention aux contraintes de fabrication. Le projet doit définir les dimensions, les raccords, les finitions et la manière dont le textile sera installé. Le tissage artisanal apporte une grande liberté de composition, mais la surface doit rester compatible avec la pose et l’usage prévus. L’échange avec les autres intervenants permet d’ajuster la matière sans perdre la singularité du geste.
Un atelier au sein d’un collectif nantais
L’Atelier 67 offre à Kapara un cadre de travail partagé avec d’autres métiers d’art. L’ancienne usine de menuiserie accueille des univers variés et favorise les discussions autour des matières, des outils et des projets. Pour une tisserande, cette présence est précieuse : elle ouvre des perspectives vers le bois, le mobilier, la décoration, la sculpture ou d’autres pratiques textiles.
Le collectif ne remplace pas le travail individuel de Kapara. Justine Bossé conserve sa recherche sur le cuir, ses essais de tissage et sa manière de construire les étoffes. Mais la proximité rend possibles des échanges qui enrichissent le regard. Une matière peut être observée sous un autre angle, un usage peut être imaginé avec un artisan voisin et une réponse technique peut naître d’une conversation.
Cet ancrage relie la création textile à la vie d’un lieu de métiers d’art. Les visiteurs et les professionnels peuvent découvrir plusieurs façons de travailler la matière dans un même environnement. La présence de Kapara apporte une dimension particulière : le cuir, habituellement associé à des objets structurés, devient une surface souple, traversée par une trame et ouverte à la lumière.
À Nantes, Kapara développe ainsi un tissage qui fait passer le cuir du statut de peau à celui d’étoffe. Le parcours de Justine Bossé, son travail sur le métier à tisser artisanal et ses recherches sur les textures donnent naissance à des pièces uniques destinées à la décoration, à la mode et aux collaborations. Les cuirs issus de tanneries françaises ou européennes rencontrent le coton, le raphia, le lurex, le papier et la dorure. Chaque création associe une matière choisie, une structure construite à la main et une attention particulière au toucher, au relief et à la lumière.