Atelier & professionnel

Karteko — Angélique Sabarros, design par réemploi à Lacave

Lacave

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Lacave, dans le Lot, Angélique Sabarros développe Karteko, un atelier de design écologique consacré à la transformation de matériaux destinés au rebut. Son travail relie la recherche de formes, la fabrication manuelle et une attention concrète à la seconde vie des matières. L’atelier produit des objets de décoration, des pièces de mobilier, des articles de maroquinerie, des éléments pour la table et des bijoux. Chaque création part d’une matière qui possède déjà une histoire, une texture ou une contrainte, puis la détourne pour lui donner une nouvelle fonction.

Le réemploi n’est pas traité comme une simple finition ajoutée à un objet déjà conçu. Il intervient dès le choix du matériau et oriente la forme finale. Une palette, une bâche plastique, un morceau de carton, un disque vinyle, une capsule de café, un vêtement usé, un bouton ou une chute de tissu n’offrent pas les mêmes possibilités. Leur épaisseur, leur souplesse, leur dessin, leur transparence et leur résistance conduisent à des décisions différentes. La matière récupérée devient ainsi le point de départ d’une pièce singulière, plutôt qu’un matériau interchangeable choisi après le dessin.

Karteko explore plusieurs gestes pour transformer ces rebuts. Angélique coupe, fond, coud, colle ou écrase selon la nature de ce qu’elle travaille et l’effet recherché. La découpe permet de faire apparaître une géométrie dans un vinyle ou une nouvelle surface dans une bâche. La couture assemble des textiles, des vêtements anciens et des échantillons pour former des pochettes ou des éléments souples. La chaleur modifie certains matériaux plastiques, tandis que le collage rapproche des fragments qui auraient été séparés. Le travail manuel reste visible dans les ajustements, les raccords, les différences de texture et la composition propre à chaque pièce.

La boutique en ligne de Karteko montre la diversité de cette approche. Des bijoux associent du vinyle recyclé à d’autres éléments, comme le collier Pétale qui met en relation cette matière et une feuille de cuivre. Des boucles et des bracelets utilisent le vinyle pour créer des formes légères, colorées et découpées. Le matériau, autrefois destiné à porter un enregistrement, devient une surface de bijou. Ses couleurs, ses inscriptions et ses reflets ne sont pas effacés par principe : ils participent à l’identité visuelle de l’objet et donnent à chaque découpe une présence particulière.

Le vinyle apparaît aussi dans des objets portés et dans des pièces décoratives. Les pochettes et les manchettes présentées dans les réalisations prolongent la logique de transformation en travaillant une matière souple mais structurée. Une pochette doit pouvoir accueillir des objets du quotidien, se manipuler facilement et conserver une tenue suffisante. Une manchette doit épouser le poignet sans perdre la forme imaginée. Dans ces objets, les dimensions de la plaque disponible, le sens du motif, l’épaisseur et les possibilités d’assemblage jouent un rôle dans la conception. Le résultat ne cherche pas à imiter un matériau neuf : il assume l’origine détournée du support.

La teinture végétale constitue un autre axe visible dans les créations de Karteko. Les suspensions Dye Lantern et Dye Lamp donnent à la matière un rôle lumineux. La teinture colore une surface et transforme la manière dont elle laisse passer ou diffuse la lumière. Une suspension n’est pas seulement un objet décoratif : elle organise un halo, une présence dans une pièce et une relation avec le plafond ou le mur. Les éléments teints peuvent produire des nuances irrégulières, des transparences et des variations qui rendent la lumière moins uniforme. Le travail de la couleur accompagne donc la construction de l’objet et son usage dans l’espace intérieur.

Le cyanotype apporte une écriture visuelle différente. Les pièces Blue Wood et Blue Végétale sont présentées comme des créations réalisées par cyanotype. Cette technique fait entrer l’image dans le champ du design par réemploi. Le motif se construit à la surface d’un support et peut évoquer une empreinte, une silhouette végétale ou une composition graphique. La série permet de décliner un même langage sur plusieurs formats, tout en conservant les variations liées à la matière et au traitement. Les créations cyanotypées de Karteko montrent que le réemploi peut concerner autant la surface et l’image que la structure d’un objet.

Les luminaires en matériaux récupérés forment une famille particulièrement expressive. Les lampes réalisées à partir de diapositives réemploient des images transparentes et les placent dans une relation nouvelle avec la lumière. Le support change de fonction : ce qui servait à conserver une image devient un élément de diffusion et de décoration. Les lampions et la lampe Chrysalide jouent sur la répétition, la transparence et la construction d’un volume. Une suspension ou une lampe peut ainsi prendre place dans un intérieur comme une composition, avec des fragments qui se répondent lorsque l’éclairage est allumé.

Le travail du bois s’inscrit lui aussi dans une économie de récupération. Les chutes ou les pièces sauvées ne sont pas forcément destinées à rester brutes. Elles peuvent être découpées, combinées ou intégrées dans un mobilier dont la fonction impose une construction stable. L’objet conserve alors la mémoire de la matière tout en répondant à un usage quotidien. Le mobilier de Karteko n’est pas présenté comme une production standardisée : la disponibilité des éléments récupérés, leurs dimensions et leurs marques orientent la composition et contribuent à la singularité du résultat.

Les textiles occupent une place complémentaire dans cette démarche. Vieux vêtements, boutons, échantillons et fins de tissus peuvent être réassemblés pour devenir des coussins, des pochettes ou d’autres objets souples. Les coussins Feuilles colorées et Plumes montrent comment la couleur et le dessin peuvent être construits par juxtaposition. La couture donne une structure à des éléments hétérogènes et permet de faire dialoguer des motifs qui n’avaient pas été conçus ensemble. Les boutons et les petits fragments ne sont pas de simples ornements ajoutés à la fin : ils peuvent rythmer la surface, ponctuer un assemblage ou souligner une ligne.

Le design écologique de Karteko s’appuie donc sur une observation attentive de ce qui existe déjà. La matière récupérée impose parfois son format, sa résistance ou sa couleur, mais elle ouvre aussi des possibilités qui ne seraient pas apparues avec une matière neuve. Le travail consiste à reconnaître ce potentiel, à choisir le geste adapté puis à construire une pièce cohérente. Couper, fondre, coudre, coller et écraser ne sont pas des opérations isolées ; elles forment un vocabulaire de transformation utilisé selon chaque projet.

Cette pratique donne à la pièce unique une valeur liée à sa fabrication autant qu’à son aspect. Deux éléments provenant de matériaux similaires peuvent présenter des marques, des nuances ou des découpes différentes. Les irrégularités deviennent des indices de l’histoire du support et empêchent la répétition exacte. Un bijou en vinyle, une lampe en diapositives ou une pochette textile ne se résume pas à la fonction qu’il remplit : il raconte aussi le passage d’un objet abandonné vers une forme nouvelle. La fabrication artisanale rend cette transition lisible dans les détails.

Angélique Sabarros partage également cette culture du réemploi à travers des ateliers destinés aux adultes et aux enfants. Ces rendez-vous permettent d’aborder le recyclage et la réutilisation par la pratique. Les participants peuvent observer des matières qui auraient été jetées, comprendre leurs propriétés et découvrir qu’un matériau ordinaire peut devenir le support d’une création. La dimension pédagogique reste liée au geste : il s’agit de manipuler, d’assembler et de transformer, tout en réfléchissant à la destination des objets et à la durée de leur usage.

Installée à Lacave, Karteko relie ainsi design, artisanat et récupération. L’atelier transforme des palettes, des bâches plastiques, des cartons, des disques vinyles, des capsules de café, des vêtements, des boutons et des chutes de tissu en mobilier, bijoux, luminaires, objets de table ou articles de maroquinerie. Les techniques varient selon le support, depuis la couture et le collage jusqu’à la teinture végétale, au cyanotype et au travail du bois. Cette diversité ne dilue pas la démarche : elle montre au contraire combien la seconde vie d’une matière peut prendre de formes. Chaque création naît d’un regard porté sur le rebut et d’un travail de la main qui le transforme en objet durable, utile ou décoratif.

Métiers exercés

Traçabilité

Sources de cette fiche

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