À Saint-Martin-la-Garenne, dans les Yvelines, Katalin Perry crée des papiers décorés à la main et pratique le métier de marbreur sur papier. Son atelier, installé dans une demeure du village, réunit plusieurs techniques : le suminagashi à l’encre de Chine, la marbrure classique, la marbrure fantaisie et des papiers modernes monochromes ou colorés. Les feuilles sont destinées à la reliure, au cartonnage, à l’encadrement et à d’autres projets qui recherchent une surface singulière. Chaque motif naît d’un dialogue entre l’eau, la couleur, le papier et le geste.
Katalin Perry a quitté la Hongrie pour s’installer en France au cours des années 1990. Elle exerçait alors comme traductrice littéraire et ne se destinait pas nécessairement à un métier manuel. Une vingtaine d’années de pratique de la marbrure ont depuis construit un univers où la précision et l’imprévu se répondent. Le marbreur prépare son bain, choisit ses pigments, organise les outils et décide du moment où la feuille rencontrera la surface colorée. La technique demande de la régularité, mais elle laisse aussi une part au mouvement et à la réaction de la matière.
Le suminagashi est une technique japonaise ancienne fondée sur l’encre qui flotte sur l’eau. Des cercles ou des lignes sont déposés à la surface du bain, puis déplacés par le souffle ou par un contact léger. Le papier, souvent fin et absorbant, est posé avec précaution sur le dessin avant d’être retiré et mis à sécher. Le motif obtenu ressemble à des veines, à des nuages ou à des courants. Une petite variation de pression, de quantité d’encre ou de temps de pose transforme la feuille. Cette méthode convient particulièrement à celles et ceux qui recherchent une composition légère, respirée et proche du mouvement naturel de l’eau.
La marbrure classique utilise un bain préparé pour maintenir les couleurs à la surface. Les pigments sont déposés goutte à goutte, puis étirés, peignés ou déplacés à l’aide d’outils adaptés. Un motif peut évoquer une pierre, une écaille, une flamme ou un paysage abstrait. La marbrure fantaisie s’autorise des compositions plus libres, des superpositions et des contrastes de couleurs. Le marbreur contrôle la fluidité du bain, la densité des pigments et l’ordre des interventions. Une feuille ne peut pas être reproduite exactement : elle conserve la trace de la séquence de gestes qui l’a faite apparaître.
Les papiers modernes ouvrent un autre champ. Une feuille monochrome peut apporter une profondeur discrète à un livre ou à un cadre. Une palette colorée peut dialoguer avec un intérieur, une affiche, une photographie ou un objet. Les papiers décorés sont choisis selon leur format, leur grammage, leur souplesse et leur résistance. Une feuille qui doit être pliée et collée dans un ouvrage ne se comporte pas comme une feuille destinée à être encadrée. La préparation tient compte de la lumière, du sens du motif, de la marge disponible et de la partie qui restera visible après la mise en œuvre.
La reliure est un usage privilégié. Un papier marbré peut devenir une garde intérieure, une couvrure, un contreplat ou un élément décoratif qui accompagne le cuir et la toile. Le relieur cherche alors une feuille dont les couleurs soutiennent le contenu et le style du livre. Un motif dense peut renforcer une reliure sobre ; un dessin plus ouvert peut laisser respirer un ouvrage richement décoré. La coupe doit préserver les zones les plus expressives du motif, tout en laissant assez de matière pour le pliage et le collage. Le marbreur et le relieur peuvent échanger sur le format du volume, l’époque évoquée et le niveau de contraste recherché.
Le cartonnage et l’encadrement offrent d’autres possibilités. Une boîte, un étui ou un album peuvent recevoir une surface marbrée qui protège le support et lui donne une identité. Un encadreur peut utiliser la feuille comme passe-partout, fond ou élément de rappel entre une œuvre et son cadre. Le choix du motif dépend alors des dimensions, de la distance de lecture et de la lumière qui frappera la surface. Les papiers peuvent aussi accompagner une invitation, un carnet, une série de cartes ou une création décorative. Une commande spéciale précise le nombre de feuilles, la palette, le format et le degré de ressemblance souhaité entre les pièces.
La pratique de Katalin Perry comprend également des papiers colorés sans motif de marbrure. Ces fonds peuvent être utilisés seuls ou servir de support à une composition. Un bleu profond, un rouge nuancé, un vert minéral ou une teinte claire modifient la relation entre un objet et son environnement. La couleur est préparée pour rester régulière sur la feuille, mais elle garde la douceur d’une surface travaillée à la main. Le choix dépend de la reliure, du mobilier, du cadre ou du projet graphique auquel le papier sera associé.
La transmission occupe une place régulière dans l’atelier. Un stage est proposé une fois par mois à Saint-Martin-la-Garenne et des séances peuvent être organisées à la demande dans des ateliers de reliure partout en France. Les participants découvrent la préparation du bain, la dispersion des couleurs, les gestes du suminagashi ou de la marbrure et le transfert sur le papier. Une initiation doit laisser le temps d’observer, d’essayer et de comprendre pourquoi un motif évolue d’une feuille à l’autre. Le matériel, le format des feuilles et les conditions pratiques sont précisés lors de l’inscription.
Les personnes qui souhaitent commander un papier peuvent préparer quelques indications simples : usage final, dimensions, couleurs, intensité du motif et quantité souhaitée. Pour un livre, le format fermé, le type de couverture et la partie visible après la coupe orientent la proposition. Pour un cadre ou une boîte, une photographie de l’objet et de son environnement aide à choisir une harmonie. Les délais et les modalités de retrait ou d’envoi sont à définir directement avec l’atelier. La feuille doit ensuite être conservée à plat, à l’abri de l’humidité, de la lumière directe et des frottements.
À Saint-Martin-la-Garenne, Katalin Perry relie ainsi une technique japonaise, une tradition européenne de papiers à la cuve et une recherche contemporaine sur la couleur. Les feuilles décorées accompagnent les livres, les boîtes, les cadres et les projets créatifs sans perdre la mémoire du geste. Chaque passage de l’eau au papier produit une surface différente, où les lignes, les nuages et les teintes composent une matière à la fois fragile, expressive et prête à entrer dans une œuvre plus vaste.