À La Forêt-du-Temple, dans la Creuse, Kevin Trouillet développe un tournage sur bois qui se situe entre sculpture, artisanat d’art et recherche de formes. Son travail s’intéresse aux courbes, à la fibre, aux textures, au feu et aux finitions. Les pièces sont travaillées à la main dans l’atelier et prennent la forme de hollowforms, de sculptures, de vases, de petits objets décoratifs ou de compositions plus singulières. L’objet tourné n’est pas réduit à une fonction : il devient un volume à regarder, une surface à parcourir et une manière de révéler ce que le bois contient déjà.
Une rencontre décisive avec le tour à bois
Le parcours de Kevin Trouillet commence dans les industries graphiques. Originaire de Basse-Normandie, il a ensuite voyagé à travers la France et l’Europe avant d’arriver en Centre France en 2022. C’est à la suite d’une rencontre qu’il découvre le tournage sur bois. Les premiers copeaux déclenchent une passion qui l’amène à explorer le tour, les outils et les possibilités de la matière. La pratique se construit depuis autour de l’observation, de l’essai et de la répétition des gestes.
Le tournage impose un dialogue immédiat entre la main, l’outil et la rotation. Le bois tourne, mais la gouge ne doit pas suivre mécaniquement une ligne unique. Elle entre dans la matière selon un angle, une profondeur et une vitesse qui déterminent la qualité de la coupe. Le geste peut ouvrir une courbe régulière, creuser une paroi très fine ou conserver une zone plus épaisse pour soutenir l’équilibre de la pièce. La forme naît donc de décisions qui se prennent au contact du bois, en tenant compte de ses réactions et de son fil.
Kevin Trouillet décrit ses créations comme des pièces uniques en bois tourné, entre sculpture et recherche de formes. Cette orientation se lit dans l’emploi du terme hollowform, qui désigne un volume creusé par une ouverture souvent réduite. Le travail intérieur devient alors aussi exigeant que le dessin extérieur. Il faut retirer de la matière sans fragiliser la paroi, contrôler la profondeur et maintenir une relation juste entre le vide, la silhouette et la base. La lumière peut entrer par l’ouverture et révéler une épaisseur ou une courbe que le regard ne percevait pas d’abord.
Le bois comme matière vivante
Le site de l’atelier présente le bois comme une matière vivante, avec laquelle il faut composer plutôt que lutter. La fibre, les nœuds, les changements de densité et les marques du temps influencent le tournage. Un même geste ne produit pas la même surface dans du noyer, du frêne, du hêtre, de l’orme, du cerisier, du buis ou du séquoia. La couleur, la dureté, la direction du fil et la manière dont l’essence accepte la coupe orientent la forme et la finition.
Certaines créations mentionnent des bois de noyer, d’orme, de hêtre, de frêne, de cerisier, de buis ou de prunier. Chaque essence apporte une présence différente. Le noyer peut soutenir des contrastes profonds et une surface dense ; l’orme montre souvent une fibre expressive ; le hêtre échauffé apporte des variations de teinte et de dessin ; le buis permet des éléments fins et précis. Ces caractéristiques ne sont pas des effets ajoutés après coup. Elles participent au choix de la forme et à la manière de conduire l’outil.
Le tournage sur bois vert ajoute une autre dimension. Un bois encore humide peut se déformer pendant le séchage, ce qui modifie la géométrie du volume. Une pièce tournée dans un bois vivant peut donc évoluer après son passage au tour. La déformation n’est pas nécessairement un défaut à corriger : elle peut devenir un élément de composition, donner un mouvement au bord ou créer une tension entre l’axe initial et la forme obtenue. Le geste du tourneur accompagne alors un processus qui se poursuit au-delà de l’atelier.
La matière peut aussi être brûlée, texturée, ébonisée ou travaillée par des contrastes de surface. Une trace de feu assombrit et marque le bois ; une texture accroche la lumière et modifie le toucher ; une ébonisation accentue les veines et donne une profondeur particulière à la couleur. Ces traitements ne cherchent pas à masquer le bois. Ils rendent plus lisibles ses lignes, ses irrégularités et les passages entre une zone lisse et une zone travaillée.
Des formes entre sculpture et objet
Les œuvres de Kevin Trouillet comprennent des hollowforms, des vases creusés, des bols très fins, des pots, des boîtes et des sculptures qui se tiennent à la frontière de l’objet décoratif et de la pièce artistique. La série des trembleurs explore notamment la finesse et le mouvement. Un élément étiré, une tige, une boucle ou une forme suspendue peut prolonger le volume principal et donner l’impression d’un équilibre fragile. La fabrication demande alors de contrôler l’épaisseur et la résistance de chaque partie.
Les vases et les pots ne sont pas traités comme de simples contenants standardisés. Leur silhouette peut se resserrer, s’ouvrir, se déformer ou conserver un bord naturel. Une ouverture irrégulière laisse apparaître l’histoire de la coupe et crée un contraste avec une paroi plus régulière. Un objet peut rester sans décor rapporté, parce que le dessin de la fibre, la couleur du bois et le jeu des ombres suffisent à construire sa présence. La finition accompagne ces qualités au lieu de les recouvrir.
Les formes ajourées et les creusages fins renforcent le rapport entre plein et vide. Le bois devient une enveloppe qui laisse passer la lumière, avec des bords capables de produire des ombres délicates. La précision est alors décisive : une paroi trop épaisse alourdirait la pièce, tandis qu’une paroi trop mince pourrait compromettre sa stabilité. Le tourneur avance par étapes, mesure les effets de la coupe et observe la manière dont la forme réagit quand elle se libère de la masse initiale.
La sculpture peut aussi s’éloigner du contenant reconnaissable. Une courbe évoque une coque, une membrane ou un mouvement végétal ; une excroissance rappelle une branche ; un volume fermé suggère une graine, une pierre ou une forme organique. Le titre, la matière et la silhouette ouvrent ensemble un espace d’interprétation. Les œuvres ne racontent pas toutes la même chose et ne cherchent pas à être identiques. Leur unité tient plutôt à l’attention accordée à la forme, à la texture et à la relation entre l’outil et la matière.
Feu, texture et finition
Le feu intervient comme un moyen de transformer la surface et de faire ressortir la profondeur du bois. Une brûlure peut suivre une courbe, souligner une zone creusée ou créer un contraste avec une partie laissée claire. La chaleur modifie la couleur et le caractère visuel du matériau, mais elle demande aussi de la mesure. Il faut conduire l’effet pour qu’il accompagne la forme sans la rendre illisible. Le passage du bois clair au bois sombre devient ainsi une composition à part entière.
La texture apporte un autre rythme. Des lignes rapprochées, des marques plus larges ou des zones volontairement irrégulières captent la lumière différemment d’une surface polie. La main perçoit ces écarts lorsqu’elle suit le volume, et le regard les distingue lorsque la pièce est éclairée de côté. La finition peut protéger le bois, renforcer un contraste ou conserver une sensation plus brute. Elle intervient à la fin du processus, mais elle dépend de tout ce qui a été décidé auparavant.
Les œuvres en bois tourné peuvent également associer plusieurs essences. Un trembleur en buis placé sur un volume en orme, une sculpture en prunier et buis ou une composition en frêne, cerisier et hêtre crée des relations de couleur, de densité et de proportion. L’assemblage ne remplace pas le tournage ; il le prolonge. Chaque élément doit conserver sa cohérence tout en participant à un ensemble. Les contrastes montrent les différences entre les fibres et donnent au regard plusieurs points d’entrée.
Une collection d’atelier et des pièces uniques
Le site de Kevin Trouillet distingue les pièces uniques et les créations en petites séries. Les pièces uniques permettent de suivre une recherche particulière autour d’un bois, d’une déformation, d’une texture ou d’un équilibre. Elles portent la trace d’un moment de travail et ne sont pas destinées à être reproduites à l’identique. Même lorsqu’une forme générale pourrait être reprise, le bois, ses dimensions, son fil et ses réactions rendraient chaque nouvelle réalisation différente.
Les collections d’atelier proposent aussi des objets en séries limitées, comme des pendules en bois tourné ou de petits éléments décoratifs. Ce format donne accès à une fabrication artisanale qui conserve l’attention portée aux finitions et à la matière. La série ne signifie pas uniformité absolue : chaque pièce reste soumise aux particularités de l’essence et aux gestes de fabrication. La répétition sert plutôt à explorer une famille de formes et à observer les variations entre plusieurs exemplaires.
L’atelier reçoit les visiteurs sur rendez-vous pour présenter les œuvres, montrer les bois et expliquer le travail. Voir une pièce dans l’espace de fabrication permet de comprendre ses volumes et ses textures autrement qu’à travers une image. Les traces du feu, une bordure naturelle, la finesse d’une paroi ou la rencontre de deux essences apparaissent avec davantage de précision lorsqu’on peut tourner autour de l’objet. La visite crée un temps d’échange autour du geste et de la recherche de forme.
La transmission par le stage
Kevin Trouillet propose des stages de tournage sur bois adaptés à différents objectifs. Une initiation permet de découvrir le tour, les outils, les règles de sécurité et les premiers gestes de coupe. Un accompagnement à la carte peut se concentrer sur une forme, une technique ou un projet. Le perfectionnement peut porter sur le creusage, le galbe, les proportions, l’état de surface, le texturage ou l’ébonisation. Le contenu est ajusté au niveau et au rythme de la personne accueillie.
La pédagogie repose sur une pratique concrète. Une démonstration montre la position de l’outil et la manière de présenter le tranchant au bois. La personne essaie ensuite, observe l’effet produit et corrige son geste avec l’accompagnement du tourneur. Le choix de l’essence, la lecture de la fibre et la manière de tenir la pièce deviennent progressivement plus compréhensibles. Le tournage apprend autant à enlever de la matière qu’à s’arrêter au bon moment.
Un stage plus long peut donner le temps d’approfondir plusieurs exercices et de construire une continuité. Le participant découvre alors les étapes qui relient une idée à une pièce : choisir une forme, préparer le bois, installer la matière, travailler au tour, creuser, texturer, brûler ou finir la surface. Le résultat ne dépend pas seulement de la vitesse d’exécution. Il naît d’une attention constante portée à la sécurité, à la fibre, aux proportions et aux réactions du matériau.
La Forêt-du-Temple, en Creuse
L’atelier de Kevin Trouillet est situé à La Forêt-du-Temple, dans le département de la Creuse et la région Nouvelle-Aquitaine. L’Insee rattache la commune à l’arrondissement de Guéret et à la communauté de communes Portes de la Creuse en Marche. Cet ancrage correspond à la mention de la Creuse présente dans les activités de tournage et dans les propositions de visite et de stage. La localisation donne un repère aux personnes qui souhaitent découvrir les œuvres ou échanger autour d’une pratique du bois tournée vers la sculpture.
À La Forêt-du-Temple, Kevin Trouillet développe une approche où le tour devient un outil de recherche autant qu’un moyen de fabriquer. Les hollowforms, les vases, les sculptures et les objets en petites séries naissent d’un dialogue avec le fil, la courbe, le feu et la texture. Le bois peut rester proche de son état naturel, se déformer, être brûlé, recevoir une surface travaillée ou être associé à une autre essence. Chaque pièce conserve ainsi une part de la matière originale et une part du geste qui l’a révélée.
Le travail de l’atelier relie la précision technique à une expression très personnelle. Les outils servent à ouvrir des volumes, amincir des parois, révéler une fibre ou construire un équilibre, mais ils ne dictent pas seuls la forme finale. L’observation du bois, l’acceptation de ses réactions et la recherche d’une finition juste donnent aux créations leur caractère. Depuis la découverte du tournage en 2022, Kevin Trouillet poursuit à La Forêt-du-Temple un chemin de sculpteur-tourneur où chaque copeau participe à la naissance d’un objet singulier.