À Sainte-Foy-de-Peyrolières, en Haute-Garonne, Marie Puntous fait vivre La feuille volante, un atelier consacré à la reliure, à la dorure et à l’édition. Le livre y est considéré comme un objet complet, depuis sa mise en page jusqu’à sa présentation finale. Cette approche relie plusieurs gestes et plusieurs compétences qui sont souvent séparés : préparer le contenu, l’imprimer, le façonner, puis construire une couverture et une structure capables de l’accompagner. La reliure ne se limite donc pas à l’apparence extérieure d’un ouvrage. Elle organise sa tenue, son ouverture et sa présence, tout en laissant une place centrale aux choix de matière et de finition.
La feuille volante a été créée par Marie Puntous en 2010. Son parcours s’appuie sur un DMA suivi à l’école Estienne, puis sur une formation acquise dans différents ateliers. Elle s’est notamment formée auprès de L’Atelier La Tranchefile à Montréal, au Canada. Cette succession d’expériences lui donne une connaissance du livre qui associe l’apprentissage scolaire, la pratique en atelier et la rencontre de façons différentes d’aborder la reliure. Le métier demande à la fois de la précision et une capacité à comprendre la logique propre de chaque ouvrage. Un livre n’est pas seulement un assemblage de feuilles : sa taille, son usage, sa matière et la manière dont il sera consulté orientent les décisions de fabrication.
La reliure classique constitue l’une des directions de travail de Marie Puntous. Elle peut donner au livre une structure lisible et durable, en accord avec l’esprit de l’objet et avec la fonction qu’il doit remplir. La reliure contemporaine ouvre un espace différent, où le choix des matériaux, des proportions et des effets visuels peut prendre une place plus affirmée. Ces deux approches ne s’opposent pas nécessairement. Elles répondent à des intentions distinctes et permettent de faire évoluer la relation entre le texte, le support et la couverture. Dans les deux cas, la construction reste indissociable de la manière dont le livre sera manipulé et regardé.
Les cartonnages complexes représentent une autre facette de l’activité. Le cartonnage demande de construire une forme autour du contenu, mais les projets complexes ajoutent des contraintes de volume, de composition ou d’articulation. Une chemise, un étui ou un élément de protection peut compléter l’ouvrage et créer un ensemble cohérent. La reliure plein cuir, la reliure pleine toile et la reliure souple en cuir ajouré, présentées parmi les réalisations de La feuille volante, montrent des réponses différentes à cette question de l’enveloppe. Le cuir apporte une présence dense et tactile ; la toile donne une autre qualité de surface ; les ajours introduisent un rapport plus ouvert entre la couverture et le décor.
La reliure plein cuir met l’accent sur la continuité de la matière autour du livre. Elle peut être accompagnée d’une chemise et d’un étui, comme dans l’une des réalisations présentées par l’atelier. L’ensemble protège l’ouvrage tout en lui donnant une forme de présentation particulière. La chemise crée une enveloppe intermédiaire et l’étui rassemble les éléments dans un même volume. La reliure souple en cuir ajouré propose une relation différente entre la couverture et le motif : la souplesse du support et les ouvertures de la matière modifient la manière dont la surface se perçoit. La reliure pleine toile, de son côté, affirme une couverture dont la texture devient un élément marquant de la lecture visuelle de l’objet.
La dorure complète cette pratique du livre par un travail de surface. Elle peut accompagner la structure d’une reliure et souligner un titre, un décor ou une organisation graphique. Dans un métier où chaque élément doit rester proportionné à l’ouvrage, la dorure ne se réduit pas à un ajout brillant. Elle participe à l’équilibre général de la couverture, à sa lisibilité et à la manière dont le livre se présente fermé. La reliure, le cartonnage et la dorure se répondent ainsi : la première donne sa tenue à l’ouvrage, le second construit son enveloppe et la troisième peut préciser son identité visuelle.
Le travail de La feuille volante s’étend à tous les corps de métiers du livre, de la mise en page à l’impression, puis au façonnage et à la reliure. Cette continuité permet d’envisager un projet dans son ensemble. La mise en page organise la rencontre entre le texte, les images, les blancs et le format. L’impression fixe cette composition sur un support. Le façonnage transforme les feuilles imprimées en un volume qui peut être assemblé et couvert. La reliure intervient alors comme une étape de construction, mais aussi comme un choix qui donne au livre sa personnalité matérielle. Lorsque ces étapes sont pensées ensemble, le passage d’une opération à l’autre peut rester cohérent.
Les projets d’édition bénéficient particulièrement de cette vision élargie. Ils peuvent demander de coordonner le contenu, son organisation graphique, le mode d’impression et la forme finale de l’objet. Un projet éditorial ne se résume pas à reproduire un texte : il engage un format, une hiérarchie visuelle, un rythme de pages et une manière de tenir le volume. La reliure donne ensuite une enveloppe à cet ensemble. Selon l’intention, la couverture peut rester discrète pour laisser la place au contenu ou devenir un élément plus expressif. Le savoir-faire de La feuille volante permet d’aborder ces décisions dans le prolongement des autres étapes du livre.
La diversité des formats et des commandes est au cœur de la reliure de création. Un ouvrage peut appeler une couverture simple, une structure plus élaborée ou un ensemble comprenant une chemise et un étui. Le choix ne dépend pas d’une seule matière. Il se construit à partir de la relation entre le livre, son usage, sa taille, son contenu et l’effet recherché. Les matériaux et les techniques peuvent être associés pour créer une réponse singulière. Cette liberté appartient à la reliure contemporaine, mais elle peut aussi nourrir des projets qui restent attachés à une présentation plus traditionnelle.
La matière occupe une place centrale dans cette recherche. Le cuir, la toile, le papier et le carton ne produisent pas la même sensation, ne réagissent pas de la même manière à la lumière et ne donnent pas le même caractère à un volume. Une reliure en cuir peut souligner la densité et la présence de l’objet. Une toile peut apporter une texture plus souple au regard. Un papier choisi pour sa surface ou son décor peut prolonger l’univers du livre. Dans un cartonnage, la matière participe aussi à la construction de la forme. Le relieur doit donc penser en même temps la qualité visuelle, le toucher et la cohérence de l’ensemble.
La feuille volante travaille également avec des papiers marbrés et des papiers artisanaux. Ces supports introduisent des motifs et des irrégularités qui donnent à chaque couverture une apparence particulière. Un papier marbré peut accompagner un intérieur, une garde ou un élément de présentation, tandis qu’un papier artisanal peut apporter une texture et une épaisseur distinctes. Leur présence rappelle que le livre relié est un objet composé de couches, de surfaces et de passages. Le décor n’est pas séparé de la structure : il se place dans une construction où les matériaux doivent trouver leur juste relation.
Le rapport au livre ne se limite pas aux objets destinés à être exposés. L’atelier souhaite aussi rendre la reliure accessible au plus grand nombre et travaille sur des commandes qui vont de l’utilitaire aux gammes les plus luxueuses. Cette amplitude permet de reconnaître plusieurs manières de valoriser un ouvrage. Un livre peut être relié pour accompagner un usage quotidien, pour conserver une histoire personnelle ou familiale, ou pour devenir une pièce dont les matériaux et les finitions portent une attention particulière. Les choix de fabrication changent, mais le respect de l’objet et de son contenu reste le point de départ.
La dimension humaine du métier apparaît dans le lien affectif que beaucoup de personnes entretiennent avec leurs livres. Un volume peut être associé à une histoire familiale, à une transmission ou à un souvenir. Lui donner une nouvelle forme matérielle revient alors à prendre en compte une relation qui dépasse la seule technique. Le relieur travaille sur un objet qui a été lu, conservé, offert ou transmis. La reliure crée une enveloppe, mais elle accompagne aussi la continuité de cette histoire. Le livre garde son contenu et reçoit une présence nouvelle, construite avec des matériaux choisis pour lui.
La transmission fait partie intégrante de l’activité de Marie Puntous. La feuille volante propose des cours de reliure et des stages de perfectionnement ouverts à tout public. Cette dimension pédagogique prolonge le travail de l’atelier en donnant accès aux gestes et à la logique du métier. Apprendre la reliure, c’est découvrir comment un livre se démonte, se prépare, se structure et se couvre, mais aussi comprendre pourquoi chaque étape compte. La pratique permet d’observer la relation entre les feuilles, les supports, les plis, les cartons et la couverture. Elle rend visible la construction qui reste habituellement discrète derrière l’objet terminé.
Les réalisations présentées sous le nom de La feuille volante comprennent une reliure souple en cuir ajouré, une reliure plein cuir avec chemise et étui, ainsi qu’une reliure pleine toile. Ces exemples montrent la variété des expressions possibles à partir d’un même métier. Le livre peut être entouré par une matière souple, protégé par un ensemble plus complet ou habillé d’une toile dont la surface affirme une autre présence. La diversité n’efface pas la précision nécessaire à chaque ouvrage : elle permet au contraire de choisir une solution qui correspond à son format, à son usage et à l’identité du projet.
À Sainte-Foy-de-Peyrolières, Marie Puntous développe ainsi une approche complète des métiers du livre. Depuis la création de La feuille volante en 2010, son parcours de l’école Estienne aux ateliers de formation nourrit une pratique qui réunit reliure classique, reliure contemporaine, dorure, cartonnages complexes et édition. Cuirs, toiles, papiers marbrés, papiers artisanaux et supports de construction composent un vocabulaire matériel riche. Des commandes utilitaires aux réalisations les plus ambitieuses, son travail associe la solidité d’une structure, la précision des finitions et la valeur affective du livre comme objet à conserver, à transmettre et à regarder.