À Lons-le-Saunier, dans le Jura, Jean-Luc Joulaud fait dialoguer sculpture métallique et émaillage au sein de L’Acier Glacé. Ses pièces partent de tôles d’acier découpées, soudées puis polies, qui deviennent des sculptures ou des objets décoratifs. L’émail apporte ensuite une surface colorée, brillante ou transparente, capable de modifier la perception du volume et de révéler les courbes du métal. Chaque œuvre passe par plusieurs cuissons à haute température. L’atelier présente des créations en acier émaillé dans des familles de couleurs et d’aspects variées, ainsi qu’un travail de fabrication d’émaux de finition réalisé à partir de matières premières.
Le parcours de Jean-Luc Joulaud commence dans la métallurgie et l’industrie. Pendant sa formation technique puis sa carrière industrielle, il s’est intéressé au travail des métaux, à la forge, à la transformation à chaud et à la fusion des matériaux. Cette culture technique nourrit une pratique de sculpture développée depuis plus de vingt ans. L’acier lui offre une matière à la fois résistante et légère selon les formes qui lui sont données. Il permet de construire des équilibres, de faire tenir des volumes et de laisser visibles des traces de découpe, de soudure, de polissage ou de patine. Avant l’arrivée de l’émail, ses pièces faisaient déjà ressortir l’aspect brut du métal par des surfaces brossées, polies ou patinées.
La sculpture commence par une intention de forme. Une tôle plane peut être découpée pour créer un contour, une ouverture ou une succession de lignes. Les éléments sont ensuite rapprochés et soudés afin de constituer un volume. La soudure ne sert pas seulement à assembler : elle participe à la stabilité de la pièce et doit s’intégrer à la conception générale. Le polissage peut atténuer certaines marques, accentuer un reflet ou préparer une surface plus régulière pour la suite. Chaque opération modifie l’apparence et le comportement du métal. L’artisan avance donc en tenant compte de la manière dont la pièce sera posée, regardée, éclairée et éventuellement associée à un autre matériau.
L’acier offre un contraste singulier avec l’émail. Le métal peut paraître dense, sombre et rigoureux, tandis que la matière vitreuse introduit de la couleur, de la profondeur et des reflets. L’émail transparent laisse percevoir une partie de la surface ou de la nuance située dessous ; un émail opaque recouvre davantage le support et donne une présence plus pleine à la couleur. Une finition brillante capte la lumière de façon nette, alors qu’une surface plus retenue laisse davantage apparaître le relief. Jean-Luc Joulaud utilise ces différences pour mettre en valeur les courbes et les équilibres de ses sculptures. La couleur n’est pas appliquée comme un simple revêtement : elle participe à la lecture du volume.
La rencontre avec des émailleuses d’art de la Maison de l’Émail à Morez a conduit Jean-Luc Joulaud à intégrer progressivement l’émail coloré à son travail de sculpture. Cette découverte a ouvert un nouveau champ d’expérimentation, fondé sur les relations entre acier, verre, chaleur et lumière. L’émail doit être choisi et posé en fonction du métal, de la forme et de la cuisson. Une surface courbe ne se comporte pas comme un panneau plat ; une pièce verticale impose aussi des précautions particulières pour que la poudre adhère avant le passage au four. L’atelier utilise des émaux adaptés aux tôles d’acier et à la cuisson à la verticale, afin de traiter des sculptures qui ne sont pas limitées à de petits formats.
La fabrication d’une partie des émaux donne à L’Acier Glacé une autonomie de recherche. Jean-Luc Joulaud mélange de la silice, des fondants et des colorants pour préparer des compositions destinées aux couches de finition. Les constituants primaires sont fondus dans des creusets à plus de 1 200 degrés Celsius, parfois jusqu’à 1 300 degrés, puis le matériau obtenu est transformé en poudre. Cette poudre est broyée et tamisée avant d’être appliquée sur le métal. La granulométrie, la préparation et la régularité du dépôt influencent l’aspect de la couche finale. Fabriquer ses couleurs permet de produire les quantités nécessaires aux grandes pièces et d’explorer des nuances propres à l’atelier.
L’application peut se faire au pistolet ou par poudrage au tamis. Ces deux gestes ne produisent pas exactement le même dépôt. Le pistolet facilite une répartition sur certaines surfaces et peut accompagner une construction plus régulière de la couche. Le tamis permet de déposer la poudre avec une autre relation à la main, au support et à l’épaisseur recherchée. Le choix dépend de la forme, de l’effet voulu et de la manière dont la pièce doit entrer dans le four. Une application trop chargée ou mal répartie risque de modifier l’aspect de la surface ; une couche insuffisante peut laisser le métal trop présent. L’artisan observe donc la préparation avant de lancer la cuisson.
La cuisson transforme la poudre en une surface vitreuse. Sur les sculptures présentées par l’atelier, plusieurs passages à plus de 800 degrés Celsius sont nécessaires pour obtenir la couleur, la brillance et la profondeur recherchées. Chaque cuisson peut agir sur la couche précédente et faire évoluer le résultat. La chaleur doit être compatible avec la tôle, la position de la pièce et la nature de l’émail. Une sculpture imposante demande une organisation différente d’un échantillon de test. Les essais de couleur aident à anticiper les réactions de la matière, mais la forme, l’épaisseur et la lumière peuvent encore modifier la perception de la pièce après sa sortie du four.
Les émaux transparents occupent une place particulière dans ce travail. Ils permettent d’ajouter de la profondeur sans effacer complètement la relation entre la couleur et le métal. Une nuance rouge, jaune ou bleue peut se déplacer visuellement avec la lumière et avec l’angle de regard. Sur une surface ondulée, la transparence accompagne les creux et les reliefs ; sur une partie plus tendue, elle peut donner une impression de nappe lumineuse. La brillance devient alors un élément de composition. Elle révèle une arête, souligne un mouvement ou crée une rupture avec une zone restée plus mate.
Les émaux opaques donnent une présence plus dense aux surfaces. Ils peuvent renforcer un contraste entre deux parties d’une sculpture, mettre en avant une ligne ou organiser une composition en aplats. Le blanc, le noir et les variations de couleur ne sont pas seulement des choix décoratifs : ils modifient la manière dont le volume se détache dans l’espace. Une pièce claire peut réfléchir la lumière et paraître plus ouverte, tandis qu’un ton sombre accentue la profondeur et la silhouette. L’atelier distingue notamment des familles de créations bleues, transparentes, blanches et noires, ainsi que des travaux où l’acier reste davantage visible.
Le rapport entre acier et inox prolonge cette recherche. L’acier et l’inox ne présentent pas la même apparence ni les mêmes réactions de surface. Leur état, leur préparation et leur association dans une œuvre déterminent la manière dont la lumière se réfléchit. Une partie peut recevoir un émail, une autre conserver la présence du métal poli ou brossé. La sculpture se construit alors sur des écarts entre couleur et matière, opacité et transparence, surface chaude et éclat plus froid. Ces choix donnent aux objets décoratifs une identité qui dépend autant de leur structure que de leur finition.
Le travail de Jean-Luc Joulaud se nourrit de plusieurs sources d’inspiration, toujours liées au volume, à la brillance et à l’équilibre. Une sculpture peut s’appuyer sur une forme ondulante, une tension entre deux plans ou une organisation plus stable autour d’un axe. Le métal permet de créer des silhouettes ouvertes, des courbes et des éléments qui semblent tenir en suspension, tandis que l’émail apporte un rythme chromatique. L’objet se découvre en se déplaçant autour de lui : une couleur peut apparaître puis s’effacer, une transparence peut révéler un relief, et un reflet peut changer avec l’éclairage.
La diversité des formats et des destinations est annoncée par l’atelier sans réduire les œuvres à une série unique. Certaines pièces sont pensées comme des sculptures autonomes, d’autres comme des objets décoratifs destinés à un intérieur ou à un espace d’exposition. La taille influence le nombre de découpes, la quantité d’émail à préparer, la possibilité de réaliser des essais et l’organisation des cuissons. Une petite création permet de travailler un détail ou une nuance ; un grand volume donne plus de place à l’équilibre, à la circulation du regard et au rapport entre les parties émaillées et le métal nu.
Le processus associe donc des opérations de nature différente. La découpe établit le contour, la soudure construit le volume, le polissage prépare ou révèle la surface, puis l’émail introduit une dimension vitreuse qui transforme la lumière. La fabrication des couleurs ajoute une étape de formulation et de broyage, tandis que l’application et les cuissons demandent une observation continue. Aucun de ces gestes ne peut être isolé du précédent. Une bonne couleur sur une forme mal stabilisée ne suffit pas ; une soudure solide doit aussi laisser la pièce recevoir sa finition ; une surface brillante n’a de sens que si elle accompagne le mouvement du volume.
L’atelier peut également répondre à une personne attirée par une œuvre existante ou inspirée par les créations présentées. Un projet commence alors par la forme souhaitée, la place de la sculpture, les dimensions envisagées et la relation recherchée entre couleur et métal. Les choix se précisent ensuite autour de la transparence, de l’opacité, de la brillance et de la présence de l’acier. La réalisation dépend de la faisabilité de la structure et de la compatibilité entre la tôle, l’émail et la cuisson. Le dialogue permet de construire une pièce singulière sans perdre la cohérence de la démarche de l’artisan.
À Lons-le-Saunier, L’Acier Glacé fait ainsi vivre un émaillage sur métal nourri par une longue expérience de la métallurgie et de la sculpture. Jean-Luc Joulaud transforme des tôles d’acier par la découpe, la soudure et le polissage, puis leur donne une nouvelle profondeur par des émaux transparents ou opaques. Il fabrique une partie de ses couleurs à partir de silice, de fondants et de colorants, les broie et les tamise avant l’application. Plusieurs cuissons à haute température font émerger la brillance et les nuances. Sculptures et objets décoratifs se construisent ainsi dans un équilibre entre puissance du métal, fragilité vitreuse de l’émail, lumière et mouvement.