Atelier & professionnel

L’Art Ritournelle — Maï Grégoire, relieuse à Lanoux

Lanoux

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Lanoux, en Ariège, Maï Grégoire développe L’Art Ritournelle autour de deux univers complémentaires : la reliure de tradition et la fabrication de carnets blancs. Le premier s’attache aux savoir-faire du livre et à la construction d’ouvrages capables d’être conservés, protégés ou réparés. Le second laisse davantage de liberté à la création, avec des carnets dont la couture, les cahiers et les choix de papier deviennent visibles. Dans les deux cas, le travail repose sur une attention précise à la matière, au format et à la manière dont un livre se tient entre les mains.

L’Art Ritournelle naît en 1997 à partir d’un portfolio réalisé pour présenter des aquarelles lors d’une exposition de peinture. Ce portfolio s’inspire d’une technique fondée sur le pliage et le découpage. Il devient le point de départ d’une première collection de carnets blancs, les Kirigami. Le projet ne vient donc pas d’un modèle de carnet isolé, mais d’une rencontre entre l’image, le papier et la construction d’un objet qui peut accueillir des pages. Le pliage et le découpage donnent au support une organisation particulière, puis cette expérience ouvre la voie à une recherche plus large autour du livre relié.

Avant cette orientation, Maï Grégoire découvre le papier par la pratique de l’encadrement. Elle s’initie aux différentes techniques de cet art et apprend à regarder le support en fonction de sa surface, de son épaisseur et de sa relation avec ce qui est présenté. L’aquarelle et le dessin viennent ensuite enrichir son univers. Son intérêt pour l’illustration botanique apporte une attention particulière aux formes végétales, aux lignes et aux détails. Ces expériences ne sont pas étrangères à la reliure : elles nourrissent une sensibilité au papier et aux décors qui se retrouve dans les carnets et dans les couvertures.

Après la naissance de cette collection, Maï Grégoire souhaite se spécialiser dans le domaine de la reliure. Elle se forme à ce métier et à ses usages en 2014. Cette formation lui permet de structurer une pratique qui associe les exigences de la reliure de tradition et l’invention de carnets blancs. Le parcours de L’Art Ritournelle garde ainsi la trace de ses débuts dans l’image et le pliage, tout en s’appuyant sur les gestes et les matériaux propres au livre. Les deux univers avancent ensemble : l’un protège et répare des ouvrages, l’autre explore ce que la construction d’un carnet peut rendre visible.

La reliure de tradition s’inscrit dans le respect des techniques rigoureuses de la reliure dite soignée. Elle vise à conserver, protéger ou réparer un livre en tenant compte de sa structure et de son histoire. Le travail ne consiste pas à recouvrir indistinctement un volume. Il demande de comprendre l’état de l’ouvrage, la relation entre ses cahiers et la fonction de sa couverture, puis de choisir des matériaux qui accompagnent cette organisation. Le livre relié doit pouvoir être manipulé avec cohérence. La couverture, les supports, les papiers et les finitions forment un ensemble où chaque élément participe à la tenue de l’objet.

Pour une couverture en cuir, Maï Grégoire utilise des cartons bleus ; pour une couverture en toile ou en papier, elle emploie des cartons gris. Ces supports ne sont pas interchangeables dans sa pratique. Ils correspondent à des constructions et à des apparences différentes, en accord avec le matériau qui viendra les recouvrir. Le cuir, la toile et le papier ne donnent pas la même épaisseur ni la même sensation. Le choix du carton prépare donc déjà la relation entre la structure du livre et sa surface extérieure.

Le papier marbré trouve sa place dans cet ensemble de matériaux. Ses motifs et ses variations apportent un décor qui peut prolonger la couverture ou accompagner l’intérieur du volume. Pour les réparations, Maï Grégoire utilise des papiers japon. Leur présence s’inscrit dans une intervention attentive au support existant. Le papier destiné à réparer n’a pas seulement une fonction visuelle : il doit s’intégrer à l’ouvrage et accompagner les zones qui ont besoin d’être consolidées. Le choix du matériau fait ainsi le lien entre la préservation du livre et la qualité de sa finition.

Les cuirs chagrin et vélin appartiennent également au vocabulaire de la reliure de tradition de L’Art Ritournelle. Ces deux types de cuir n’offrent pas la même surface ni le même aspect. Leur usage permet de varier la présence de la couverture tout en restant dans une approche exigeante du livre. À ces matières s’ajoutent la colle de pâte, la tylose et la colle acrylique, qui répondent à des besoins différents dans la construction et la réparation. La dorure à chaud intervient pour le titrage, afin d’inscrire un titre avec une finition qui appartient pleinement à l’objet relié.

Le second univers de Maï Grégoire est celui des carnets blancs. Ils ne sont pas conçus comme de simples supports vierges. Leur construction devient une partie visible de l’objet, et la couture apparente révèle ce qui reste habituellement caché dans un livre relié. Les cahiers cousus entre eux dessinent une ligne et un rythme. Le lecteur peut voir la succession des éléments qui composent le carnet, au lieu de ne percevoir que la couverture terminée. Cette mise à découvert donne au carnet une expression plus sensible et montre la relation entre les pages, le fil et la structure.

Les carnets blancs permettent aussi d’explorer des techniques venues de différents horizons. La reliure japonaise apporte une construction identifiable par son organisation et par la visibilité de ses liens. Les reliures kirigami, copte et byzantine rappellent des histoires et des traditions différentes du livre. Elles offrent à Maï Grégoire des points de départ pour composer des carnets dont la structure peut être observée et appréciée. L’intérêt n’est pas de juxtaposer des références, mais de comprendre comment chacune transforme la relation entre les cahiers, la couture et la couverture.

Le Kirigami reste lié à l’origine de L’Art Ritournelle. Le pliage et le découpage qui inspiraient le portfolio d’aquarelles se retrouvent dans une famille de carnets blancs. Le carnet Kirigami devient alors un objet où la construction rappelle son histoire de départ. Les pages sont destinées à recevoir un contenu, mais le support possède déjà un caractère propre. La technique contribue à son identité et lui donne une manière particulière de s’ouvrir, de se présenter et de se refermer.

Le choix des papiers joue un rôle essentiel dans ces créations. Maï Grégoire apprécie en particulier les papiers washi chiyogami, les papiers naturels, le papyrus et le cuir. Ils apportent des textures, des motifs et des densités différentes. Un papier washi chiyogami peut introduire un décor riche ; un papier naturel peut retenir une qualité plus sobre et tactile ; le papyrus évoque une autre histoire du support écrit ; le cuir donne à la couverture une présence plus dense. Ces matières sont des points de départ pour une recherche où le carnet se construit par couches et par relations.

La collection Carnet Relié Le Voyageur ouvre une autre direction dans cet univers. Le nom suggère un objet conçu pour accompagner le déplacement, l’observation ou la prise de notes, mais la matière et la construction restent au centre de l’expérience. Un carnet relié devient un compagnon parce qu’il est fait pour être ouvert, refermé et conservé. L’objet garde les traces de son usage tout en restant une pièce fabriquée avec soin. La reliure transforme des feuilles en un volume qui peut suivre une histoire personnelle.

Les œuvres présentées par L’Art Ritournelle comprennent aussi des reliures japonaises, des carnets bradel, des agendas, des albums photo et une reliure administrative. Ces formats montrent que le savoir-faire peut répondre à des usages variés. Un agenda organise le temps, un album rassemble des images, un carnet reçoit des notes ou des dessins, tandis qu’une reliure administrative donne une structure à des documents qui doivent être conservés et consultés. Chaque usage implique une relation particulière entre l’ouverture, la couverture et la résistance du volume.

Les réalisations en demi-cuir avec papier marbré et en plein papier illustrent deux manières d’associer les matériaux. Le demi-cuir crée une répartition entre une matière dense et une surface de papier, tandis que le plein papier fait du décor et de la texture du papier l’expression principale de la couverture. Le plein cuir affirme encore une autre présence, plus continue et plus enveloppante. Ces différences ne sont pas seulement esthétiques : elles modifient le toucher, le poids visuel et la manière dont le livre se distingue lorsqu’il est fermé.

La reliure de tradition et les carnets blancs se répondent par la visibilité des gestes. Dans un ouvrage destiné à être conservé ou réparé, la précision sert la continuité du livre. Dans un carnet de création, la couture et les choix de papier peuvent être montrés comme des éléments de composition. L’Art Ritournelle explore donc deux attitudes face au même objet : prendre soin d’un volume existant et inventer un support qui donnera envie d’écrire, de dessiner ou de garder des pages. Le lien entre ces attitudes se trouve dans le respect de la construction et dans la recherche d’une forme juste.

À Lanoux, Maï Grégoire poursuit ainsi un travail de relieuse nourri par le papier, l’encadrement, l’aquarelle, le dessin et l’illustration botanique. Depuis la naissance de L’Art Ritournelle en 1997 et sa formation à la reliure en 2014, elle développe une pratique à deux voix. La reliure de tradition mobilise cartons, cuirs, toiles, papiers marbrés, papiers japon, colles et dorure à chaud pour conserver, protéger ou réparer les livres. Les carnets blancs donnent à voir les cahiers cousus et explorent les reliures kirigami, japonaise, copte et byzantine avec des papiers washi chiyogami, naturels, du papyrus et du cuir. Le livre y apparaît à la fois comme patrimoine matériel et comme espace de création.

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel annuaire-professionnel

    L'Art Ritournelle — Les métiers d'art d'Occitanie (site externe)

    Organisme : Chambre de Métiers et de l'Artisanat Occitanie

    Fait soutenu
    Le profil professionnel identifie Maï Grégoire et L'Art Ritournelle à Lanoux comme relieuse. Il décrit les deux univers de la reliure de tradition et des carnets blancs, les techniques japonaise, Kirigami, copte et byzantine, les matériaux employés, la dorure à chaud, le parcours par l'encadrement, l'aquarelle et le dessin, la création de l'atelier en 1997, la formation en 2014 et les œuvres présentées.
    Consultée le
    10 septembre 2026

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