À Annecy, en Haute-Savoie, L’Astelle réunit la restauration et la conservation de tableaux, la sculpture sur bois et la dorure à la feuille. Ouvert en 2000 par Lucile Hyacinthe, l’atelier intervient sur des œuvres peintes, des sculptures, des cadres, des boiseries et des objets décoratifs. Les chantiers peuvent concerner des églises, des abbayes, des châteaux, des mairies ou des collections particulières. L’activité se déploie en Haute-Savoie et au-delà, notamment en Savoie, dans le bassin genevois, à Lyon et à Paris, avec des déplacements annoncés en France et en Suisse.
Le parcours de Lucile Hyacinthe associe deux formations reconnues par l’État. Elle a étudié à l’École supérieure d’ébénisterie d’Avignon, avec une spécialisation en sculpture sur bois et en dorure à l’ancienne, puis à l’École de Condé à Lyon en restauration et conservation de tableaux. Ces deux orientations se retrouvent dans la pratique de L’Astelle : un tableau peut être traité avec son cadre, une sculpture peut demander une reprise du bois et de la polychromie, et une boiserie peut nécessiter à la fois nettoyage, consolidation et dorure.
La restauration de tableaux commence par un diagnostic des dommages touchant la toile et la couche picturale. Une déchirure, une lacune de peinture, un vernis jauni ou une tension irrégulière ne se traitent pas de la même manière. Le support doit être observé avec la surface peinte, car une déformation de la toile peut entraîner des tensions dans la peinture. Une intervention prudente cherche à stabiliser l’œuvre, à améliorer sa lisibilité et à respecter son état ancien. L’Astelle indique suivre le principe de réversibilité afin que les interventions puissent être distinguées de la matière originale et retirées si une conservation future le demande.
Les opérations réalisées sur une huile sur toile du XVIIIe siècle montrent plusieurs étapes du travail. Le tableau est d’abord examiné avant le masticage des lacunes de la couche picturale. Les manques sont préparés afin de recevoir une retouche qui s’accorde avec les zones conservées. La présentation de l’atelier montre aussi la réalisation d’un encadrement sur mesure. Le cadre ne sert pas uniquement à présenter l’œuvre : il protège ses bords, organise sa place dans l’espace et contribue à la relation entre la peinture et son environnement.
Un paysage du XXe siècle présenté par L’Astelle avait des déchirures et des lacunes de peinture. La restauration comprend le traitement des parties fragilisées, le masticage des manques, le nettoyage de la couche picturale et des retouches colorées. Chaque étape modifie la lecture de l’image. Le nettoyage retire les dépôts qui assombrissent les teintes, tandis que les retouches redonnent une continuité visuelle aux zones interrompues. Elles restent limitées aux lacunes et doivent être reconnaissables par un examen rapproché, sans prendre la place de la peinture conservée.
Les tableaux religieux forment un ensemble particulier dans l’activité de l’atelier. Les œuvres sur toile et sur bois peuvent provenir d’églises, d’abbayes ou de châteaux. Elles ont parfois connu des déplacements, des variations d’humidité, des interventions anciennes ou une accumulation de vernis. L’Astelle présente des opérations de protection de surface, de retouches colorées, de nettoyage et d’enlèvement de vernis. Une Nativité du XVIIIe siècle et un Saint Bruno du XVIIe siècle figurent parmi les restaurations complètes montrées. Le Saint Bruno est associé à quatre mois de travail dans la présentation de l’atelier.
La protection de surface intervient après l’étude de la couche picturale et des traitements retenus. Un vernis peut être altéré, trop épais ou coloré par le temps, ce qui réduit les contrastes et modifie la perception des volumes. Son enlèvement ou son allègement demande des essais et une progression contrôlée. La surface doit ensuite recevoir, lorsque le projet le prévoit, une protection compatible avec la peinture. Le résultat ne repose pas sur une brillance uniforme : il doit respecter les différences de matière, les zones mates, les glacis et la façon dont la lumière révèle l’image.
La restauration du bois sculpté s’intéresse à la structure, aux parties modelées et à la finition. Des cadres ou des sculptures peuvent être atteints par des insectes, présenter des manques ou avoir perdu une partie de leur polychromie. L’Astelle mentionne les traitements insecticides, l’injection de résines dans les bois vermoulus et les greffes de bois pour reprendre des parties sculptées. Une greffe doit retrouver la continuité du volume sans masquer les éléments anciens. Elle est ensuite sculptée, préparée et finie pour s’accorder avec la dorure ou la polychromie existante.
La restauration d’un Saint Jean-Baptiste en bois polychrome illustre cette succession de gestes. Les bras manquants ont été repris par greffe et sculptés d’après des documents d’archives. Les nouvelles parties sont ensuite travaillées pour retrouver la forme, la polychromie et la patine de la sculpture. La référence aux documents permet de ne pas inventer un volume isolé : elle aide à comprendre la position, les proportions et la relation entre les membres et le reste de la figure. Le résultat cherche une cohérence d’ensemble tout en conservant la lecture des interventions.
Un cheval de manège ancien du Pâquier d’Annecy a également fait l’objet d’une restauration. La présentation montre la découpe du bois pour préparer les greffes, la sculpture à la gouge et la reconstitution de trois pattes en bois sculpté. Une pièce de ce type porte les marques de son usage et de ses déplacements. La restauration doit retrouver une stabilité suffisante pour la présentation tout en respectant sa silhouette et les traces de son histoire. Les greffes sont ensuite accompagnées d’une finition, d’une polychromie et d’une patine.
Le travail réalisé au château de Menthon-Saint-Bernard concerne une sculpture en bois polychrome du XVIe siècle. Le bois vermoulu a reçu un traitement insecticide et une injection de résine destinée à le durcir. Ces opérations répondent à la fragilité interne du matériau avant les finitions de surface. La sculpture ancienne ne se résume pas à sa couche colorée : la résistance du bois, l’état des volumes et la fixation des parties doivent être rétablis pour que la polychromie puisse être conservée. L’examen du revers et des zones moins visibles complète l’observation de la face.
L’Astelle a aussi travaillé sur une Vierge en bois sculpté, dorée et polychrome du XIXe siècle, conservée dans une église de Choisy. La dorure et la polychromie donnent à la figure sa présence, mais elles peuvent être fragilisées par les dépôts, les frottements ou les variations du support. Le traitement doit différencier les salissures, les lacunes, les soulèvements et les retouches anciennes. La forme sculptée guide la reprise : les plis, les visages, les mains et les attributs ne reçoivent pas une intervention identique, car leur relief et leur rôle dans la composition diffèrent.
La dorure traditionnelle sur bois commence par la préparation du support. L’Astelle décrit l’emploi d’enduits à base de colle de peau de lapin et de blanc de Meudon, puis la pose de l’assiette, aussi appelée bol d’Arménie, avant l’application de la feuille d’or. Cette technique aqueuse, employée dans les siècles passés, permet d’obtenir des patines et des effets de surface particuliers. La régularité de l’enduit, la préparation du bois, la couleur de l’assiette et le geste de pose influencent l’apparence finale.
La feuille d’or peut être travaillée en fonction de la forme du support et de la lumière. Une moulure, un cadre, une sculpture ou une boiserie présente des reliefs qui accrochent l’éclat de manière différente. Les zones mates et les parties brunies peuvent être associées pour faire ressortir un motif. La dorure ne cherche pas toujours un brillant uniforme : elle peut être patinée, nuancée ou mise en relation avec une polychromie. Le choix dépend du caractère de l’objet, de son époque, de son environnement et du résultat recherché.
Une réalisation documentée à l’hôtel de ville d’Annecy porte sur la dorure à la feuille des noms des morts pour la France. Le travail a été effectué sur des stèles et des lettres installées dans le hall. La pose sur échafaudage exige une préparation adaptée à la hauteur, à la lisibilité des inscriptions et aux conditions du lieu. Chaque lettre doit rester nette depuis la distance de lecture, tandis que la feuille doit adhérer aux formes et conserver son éclat. Cet exemple relie la technique de la dorure à une fonction commémorative et à un espace public.
La dorure contemporaine ouvre d’autres possibilités. L’Astelle présente la pose de feuilles d’or sur un mur de douze mètres carrés, avec une juxtaposition de carrés de feuille d’or rose, ainsi qu’un plafond à caissons traité à la feuille d’or blanc. La répétition des feuilles forme une surface dont les joints, les reflets et les variations de lumière participent au décor. Pour un plafond, l’orientation du regard et l’éclairage modifient la perception de l’or. Pour un mur, la taille de la surface et l’organisation des carrés créent un rythme qui doit rester cohérent avec l’architecture intérieure.
Des panneaux, des portes et des cadres peuvent également associer dorure et décor peint à la main. L’atelier montre un panneau d’environ deux mètres sur un mètre en feuille d’or jaune, ainsi qu’une porte en chêne massif dorée à la feuille d’or blanc avec un décor peint. Un tableau avec cadre sculpté peut recevoir une feuille d’or rose et une composition peinte. Ces réalisations montrent que la dorure peut devenir un fond, un contour, un motif ou une partie d’un ensemble décoratif. La peinture et la feuille doivent alors être pensées dans une même composition.
La pose de feuille d’or peut s’étendre à des éléments métalliques. L’Astelle documente la dorure d’une rampe d’escalier en fer forgé. Le support n’est plus le bois sculpté, mais la préparation et l’adhérence restent déterminantes. Les barreaux, les angles et les raccords rendent le geste différent d’une surface plane. La dorure accompagne ici une structure fonctionnelle et transforme la manière dont elle est perçue dans l’espace. La finition doit rester compatible avec la forme de la rampe et avec les contacts liés à son usage.
La sculpture sur bois constitue une activité de création sur mesure. L’Astelle présente plusieurs projets de dessins avant de passer à la réalisation en bois. Les essences citées comprennent le noyer, le chêne, le merisier, le tilleul et le pin d’arole. Chacune possède un grain, une couleur et une réaction aux outils qui influencent le résultat. Le choix dépend de la forme, de la dimension, du lieu et de l’aspect souhaité. Les styles classiques, notamment Louis XV et Louis XVI, peuvent être abordés comme des inspirations de décor, tout comme un univers de chalet et de montagne.
Un paravent en trois volets a été sculpté et ajouré à la main, avec des alvéoles travaillées sur les deux faces. L’atelier indique environ mille heures pour cette pièce unique. L’ajourage modifie la relation entre le bois, la lumière et l’espace situé derrière le paravent. Chaque alvéole doit conserver sa régularité tout en s’inscrivant dans le dessin général. Le travail demande une progression lente, car une partie trop fine ou une rupture dans le fil du bois peut fragiliser l’ensemble. La sculpture devient à la fois décor, séparation et objet autonome.
La reproduction d’une sculpture de la frégate Hermione du XVIIe siècle est associée à un travail présenté pour le concours du Meilleur Ouvrier de France en 2008. La réalisation a demandé sept cents heures selon l’atelier. Ce type de projet suppose une observation précise du modèle, une compréhension de ses volumes et une grande maîtrise des détails. La sculpture sur bois peut ainsi passer d’un petit motif à une composition navale complexe, où les éléments décoratifs et les structures doivent rester lisibles malgré leur finesse.
L’Astelle développe enfin les créations de Lucette, une collection d’objets décoratifs et décalés. Ces pièces mélangent des matières comme le bois sculpté, la laine, le plâtre, les paillettes et les perles avec les techniques de la dorure à la feuille et de la sculpture sur bois. L’intention annoncée est de rendre ces savoir-faire accessibles dans des objets uniques, avec un univers onirique et une touche d’humour. Les créations peuvent prendre place dans un intérieur contemporain comme dans l’atmosphère d’un chalet. Elles prolongent les techniques de l’atelier dans une écriture plus libre.
À Annecy, L’Astelle associe donc conservation de tableaux, restauration du bois sculpté, dorure traditionnelle, dorure contemporaine et création sur mesure. Les tableaux religieux, les cadres dorés, les sculptures polychromes, les boiseries, les paravents et les décors muraux demandent des gestes différents, mais tous reposent sur l’observation de la matière et le respect de la forme. Les chantiers de l’abbaye de Talloires, du château de Menthon-Saint-Bernard et de l’hôtel de ville d’Annecy illustrent la diversité des contextes. La formation de Lucile Hyacinthe en ébénisterie, sculpture, dorure et restauration de tableaux permet à l’atelier de faire dialoguer le support, le volume, la couleur et la lumière.