Atelier & professionnel

L’Atelier Manivelle — marionnettes et théâtre d’ombres à Fay-sur-Lignon

Fay-sur-Lignon

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Fay-sur-Lignon, en Haute-Loire, L’Atelier Manivelle réunit la fabrication de marionnettes, le théâtre d’ombres et la création de spectacles. Établie depuis 2017 sur les hauteurs du plateau du Mézenc, la compagnie travaille dans un grand hangar qui accueille un atelier permanent. Le lieu est décrit comme un espace en chantier, ouvert aux essais, aux rencontres et aux transformations de la matière. Les marionnettes y naissent avec les histoires, les mémoires et les spectacles, dans une relation étroite entre construction et jeu.

La compagnie est portée par l’association La Caravelle. Son projet met en relation des personnes du territoire et des visiteurs, des pratiques artistiques et des savoir-faire artisanaux, le chant, la danse, les ombres et la marionnette. La fabrication ne constitue pas une étape isolée avant la représentation. Elle devient un moyen de chercher une forme, de faire apparaître un personnage et de donner une nouvelle vie à des matières qui ont déjà circulé. L’atelier conserve la maîtrise des gestes et refuse une création uniforme, afin que chaque projet puisse trouver son rythme et sa logique propres.

La conception d’une marionnette commence par un personnage. Sa silhouette, son poids, ses articulations et sa manière de se déplacer doivent être imaginés ensemble. Une forme destinée à être portée ne répond pas aux mêmes contraintes qu’une marotte, une marionnette à fils ou une figure manipulée derrière un écran. Le choix de la technique dépend du récit, de la taille du personnage, du nombre de manipulateurs et de la relation recherchée avec le public. Le dessin, la construction et l’entraînement à la manipulation se répondent dès les premières recherches.

Le travail de l’Atelier Manivelle associe le regard de la constructrice à celui de la marionnettiste. Une marionnette doit avoir une présence avant même de bouger, mais son expression se révèle pleinement lorsque la main, le fil, la tige ou le corps du manipulateur lui donnent une impulsion. Les volumes, les axes et les points d’appui sont donc étudiés pour rendre le geste lisible. Un personnage peut sembler immobile puis changer d’attitude grâce à un déplacement très simple. La fabrication prépare cette précision en donnant à la forme une structure adaptée au mouvement.

Le théâtre d’ombres ouvre une autre relation entre la matière et la scène. Le personnage n’est plus seulement observé pour ses volumes ou ses couleurs : il apparaît par son contour, sa transparence, sa distance avec la lumière et la surface sur laquelle son ombre se projette. Un écran peut agrandir une figure, la fragmenter ou la faire disparaître progressivement. L’éclairage, l’épaisseur des éléments et la vitesse de manipulation modifient la lecture de l’image. L’atelier croise cette écriture visuelle avec le chant, la musique, la parole et le mouvement.

La matière occupe une place centrale dans la démarche. L’atelier se présente comme un grand bric-à-brac où des éléments échoués de la société retrouvent un sens et une nouvelle vie. Cette approche ne consiste pas à ajouter des objets décoratifs à une marionnette déjà définie. Elle part au contraire de ce que la matière permet : une texture, une forme, un poids, une mémoire ou une contrainte peuvent orienter le personnage. Le constructeur observe ce qui est disponible, teste les assemblages et cherche comment transformer une présence ordinaire en élément de récit.

Cette attention aux matières rejoint la mémoire des gestes anciens. La compagnie se nourrit des savoir-faire transmis et des pratiques qui risquent de disparaître, tout en les faisant dialoguer avec des formes nouvelles. Réparer des mémoires presque oubliées peut passer par une histoire racontée, un costume, un chant, une silhouette ou un objet manipulé. La marionnette devient alors un lien entre une personne, un territoire et une fiction. Elle conserve des traces tout en permettant d’inventer une situation nouvelle.

L’équipe rassemble des profils qui dépassent la seule manipulation. Evelyne Lohr, historienne, archiviste et conservatrice du patrimoine, a rencontré les arts de la marionnette au Théâtre aux Mains nues à Paris. Son parcours l’a conduite à créer La Caravelle et la Compagnie L’Atelier Manivelle sur le plateau du Mézenc. Elle développe des spectacles tout public, des créations et des adaptations nourries par les paroles d’ici et d’ailleurs. Ses recherches artistiques de territoire s’intéressent à l’histoire des personnes et à la préhistoire qui demeure en chacun.

Frida apporte à l’équipage des compétences de chanteuse, couturière, constructrice, scénographe et traductrice. Ces fonctions montrent la continuité entre une marionnette, son costume, son espace de jeu et la relation sonore qui l’accompagne. Un vêtement peut donner une époque ou une attitude à un personnage. Une scénographie peut organiser la circulation des formes et des regards. Le chant peut prolonger une action ou installer une atmosphère. Toutes ces dimensions se construisent ensemble lorsque la compagnie prépare une création.

Karen Prévost, violoniste et chanteuse, travaille également comme musicienne intervenante. Sa pratique relie la musique, la voix et la gestuelle du spectacle vivant. Carol Liopé intervient dans les ateliers, le conte et le théâtre d’ombres. Adi Brodsly est associée aux marionnettes, aux costumes et aux ateliers destinés aux enfants. Philos, berger, sculpteur, poète, constructeur, scénographe et directeur technique, apporte encore une relation singulière entre le paysage, le travail manuel et la fabrication de la scène. L’ensemble forme une équipe où les rôles se complètent sans enfermer chacun dans une seule spécialité.

Le répertoire de la compagnie comprend des spectacles de marionnettes et d’ombres pour différents âges. Les titres présentés par l’atelier comprennent notamment Nos cœurs d’argile, La Vie rêvée de Pepino, Elefantino, Le Murmure de la Terre, Le Bal sous les étoiles, Le Monstre poilu, Sur un fil, Afriques et Petites ombres. Ces créations peuvent partir d’une histoire, d’un personnage, d’un paysage ou d’une matière. La forme finale dépend de la relation entre la construction, la manipulation, le texte, la musique et l’espace de représentation.

Les projets de territoire prolongent ce travail en dehors du spectacle achevé. Archéologie poétique des paysages, À la rencontre de la Préhistoire en nous et Sortir de l’ombre ouvrent des espaces de recherche autour des traces, des récits et des lieux. Une marionnette peut devenir un témoin, un ancêtre, une créature ou une silhouette qui traverse le paysage. Le théâtre d’ombres peut faire apparaître ce qui n’est pas visible immédiatement : un souvenir, une forme disparue, une histoire collective ou un mouvement de la nature.

Les ateliers pour enfants proposent de fabriquer une marionnette en commençant par la conception d’un personnage. Il faut lui donner un nom, une allure, des intentions et une manière de se tenir. Le choix de la forme devient ainsi une première étape d’écriture. L’enfant découvre qu’un personnage peut être construit à partir d’un dessin, d’une matière et d’un geste. La manipulation permet ensuite de faire vivre cette création, d’observer son équilibre et de comprendre comment une petite impulsion peut modifier son expression.

En milieu scolaire, l’Atelier Manivelle accompagne l’élaboration d’un spectacle. Le parcours présenté par la compagnie comprend le choix des personnages, l’écriture d’une histoire, la fabrication des marionnettes, la construction des décors, les répétitions et la représentation. Les élèves ne reçoivent pas seulement une forme prête à jouer : ils participent aux décisions qui donnent une cohérence au récit. Le travail alterne imagination, fabrication collective, écoute et présence sur scène.

Les réalisations scolaires documentées par l’atelier montrent plusieurs approches. À l’école Notre-Dame de Laussonne, les élèves ont travaillé sur des contes des origines et fabriqué de grandes marionnettes portées. À l’école Saint-Joseph de Saint-Front, une classe de maternelle-CP a imaginé l’histoire de Max le cochon parti sauver le soleil. À Fay-sur-Lignon, un projet lié au Printemps des poètes et à Afriques associait des élèves de maternelle, le théâtre d’ombres et des marottes. Ces exemples montrent comment l’échelle des personnages et la technique de manipulation peuvent être adaptées à l’âge des participants.

Les ateliers peuvent aussi prendre la nature et la protection de l’environnement comme point de départ. L’Atelier Manivelle présente une proposition menée avec une animatrice nature de l’Atelier Sylvestris. Le théâtre d’ombres et la marionnette deviennent alors des outils pour observer le vivant, raconter les relations entre les espèces et mettre en scène des gestes de préservation. La fabrication donne une forme sensible à ces sujets sans les réduire à un discours. Une silhouette, un mouvement ou une transformation peuvent faire comprendre une relation écologique par l’imaginaire.

Les animations destinées aux séniors partent d’objets, de lectures et d’images. Le projet Je me souviens propose de composer des récits à voix multiples. Un objet peut réveiller un souvenir, provoquer une chanson ou faire surgir une histoire familiale. La marionnette n’est pas nécessairement le personnage principal : elle peut devenir un intermédiaire qui aide à faire circuler la parole. Le théâtre d’ombres offre aussi une manière de raconter sans devoir tout montrer directement, en laissant une place au silence, au mouvement et à l’association des images.

Les ateliers pour adultes accompagnent un projet personnel. Le parcours annoncé comprend la définition du personnage à créer, les esquisses, les dessins de structure, la construction et l’entraînement à la manipulation. Chaque étape permet de préciser la relation entre l’objet et la personne qui le fera vivre. Une idée graphique doit devenir une forme qui tient, se déplace et répond à la main. Les essais de manipulation révèlent parfois qu’un volume doit être allégé, qu’une articulation doit être déplacée ou qu’un axe doit être renforcé.

La construction d’une marionnette demande de penser simultanément sa présence et son usage. Un personnage peut être beau lorsqu’il est posé, mais difficile à manipuler si son centre de gravité est mal placé. Une tête expressive peut perdre son effet si elle ne suit pas le geste du manipulateur. Un costume peut enrichir la silhouette tout en limitant son mouvement. Le travail en atelier consiste à trouver des équilibres entre ces contraintes. Les dessins de structure servent à anticiper les assemblages, mais les essais concrets permettent de comprendre la réponse de la matière.

La scène impose ensuite ses propres questions. La distance avec le public, la lumière, le rythme et la visibilité déterminent la taille des gestes. Un mouvement discret peut suffire dans une petite salle, alors qu’une grande marionnette portée doit être lisible de plus loin. Le théâtre d’ombres transforme encore ces paramètres : la silhouette peut être agrandie, découpée en plusieurs plans ou accompagnée d’une apparition lumineuse. Les constructeurs et les manipulateurs cherchent ensemble une forme qui garde son caractère tout en restant claire pour les spectateurs.

Les collaborations enrichissent la fabrication. La compagnie travaille avec des artistes, des conteurs, des musiciens, des danseurs et des intervenants qui apportent d’autres manières de regarder un personnage. Un spectacle peut se construire autour d’un chant, d’une partition, d’un récit recueilli ou d’une promenade. Ces rencontres modifient parfois la forme de la marionnette et la façon dont elle circule dans l’espace. Le travail artisanal demeure le point de liaison : chaque nouvelle idée doit trouver une traduction dans un objet, un geste ou une présence.

L’Atelier Manivelle est également membre de réseaux liés au spectacle et aux arts de la marionnette. La compagnie indique son appartenance à Coop’Art, sa participation au Collectif des marionnettistes d’Auvergne-Rhône-Alpes et son adhésion à Themaa, association nationale des théâtres de marionnettes et arts associés. Ces liens inscrivent son activité dans un ensemble de pratiques professionnelles et de rencontres. Ils favorisent la circulation des expériences et le dialogue autour de la construction, de la manipulation, de la transmission et de la création.

À Fay-sur-Lignon, l’Atelier Manivelle fait donc coexister un lieu de fabrication, une compagnie de théâtre et une démarche de transmission. Marionnettes, ombres, costumes, décors, récits, musique et danse se répondent dans des projets conçus à partir des personnes et des paysages. Les enfants peuvent fabriquer un personnage et participer à un spectacle ; les adultes peuvent développer une construction personnelle ; les séniors peuvent faire circuler des souvenirs ; les artistes peuvent chercher de nouvelles formes. Cette diversité reste liée à un même geste : donner à une matière une présence capable de raconter, de rencontrer et de se mettre en mouvement.

Traçabilité

Sources de cette fiche

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