À Donneville, près de Toulouse, Laurie-Anne Harasse crée des pièces en grès au sein de l’Atelier Momiji. Son univers rassemble des créatures, des animaux, des pots de plantes et d’autres objets décoratifs dont chaque exemplaire possède un caractère singulier. La forme et le décor naissent au contact de la terre, avec une place laissée aux possibilités du matériau et aux accidents maîtrisés du geste. L’atelier travaille ainsi une céramique expressive, située entre objet du quotidien, petite sculpture et présence décorative.
Le nom Momiji renvoie à une rencontre avec la culture japonaise et son artisanat. Laurie-Anne Harasse a découvert la céramique lors d’un séjour au Japon, guidée par Madame Taguchi. Elle a ensuite continué son apprentissage dans différents ateliers et au cours de stages. Cette histoire ne conduit pas à reproduire un modèle unique. Elle nourrit plutôt une attention à la simplicité des formes, aux motifs, aux détails et à la manière dont une pièce peut porter une émotion. Le grès devient un espace de recherche où une silhouette familière peut recevoir une expression inattendue.
Les créatures de l’Atelier Momiji forment une famille reconnaissable. Elles peuvent évoquer un petit personnage, un animal imaginaire ou une présence dont la personnalité apparaît dans les yeux, les oreilles, la posture et les proportions. Quelques millimètres de différence suffisent à changer une expression. Une tête plus ronde donne une impression différente d’une figure allongée ; une paire d’oreilles dressées ne raconte pas la même chose qu’une silhouette ramassée. La créatrice construit ces détails avec patience afin que chaque objet développe son propre tempérament.
Les animaux offrent un autre terrain d’observation. Un chat, un oiseau ou une créature inspirée du vivant peut être réduit à quelques lignes tout en restant immédiatement lisible. Le travail ne cherche pas forcément le réalisme. Une forme simplifiée laisse de la place à l’imagination et permet au décor de devenir une partie de la personnalité de la pièce. Les motifs gravés, une engobe colorée ou une petite touche métallique peuvent souligner un regard, une aile, une fourrure suggérée ou le mouvement d’un corps.
Les pots de plantes associent une fonction concrète à l’identité de l’atelier. Le contenant doit accueillir une plante, rester stable et supporter les manipulations ordinaires, mais il peut aussi devenir une petite sculpture. Une créature en grès peut porter ou entourer le pot, tandis que le choix des proportions modifie la relation entre le végétal et la céramique. Une plante qui pousse vers le haut donne un autre équilibre à la pièce qu’une variété retombante. Le pot s’inscrit alors dans une scène vivante, où la terre cuite et les feuilles se répondent.
La fabrication commence par le travail direct de la terre. Laurie-Anne Harasse modèle certaines pièces à la main, en utilise d’autres travaillées à la plaque ou construites par pincements. Le modelage permet de développer un volume progressivement, de corriger une courbe et de donner du caractère à une silhouette. La plaque fournit une surface qui peut être pliée, assemblée ou transformée en contenant. Le pincement conserve davantage la relation entre les doigts et la matière : la pression crée la forme tout en laissant une part du geste perceptible.
Ces techniques ne produisent pas toutes le même résultat. Une pièce modelée peut gagner une présence plus organique, tandis qu’un objet monté à la plaque peut présenter des plans et des angles plus lisibles. Le pincement donne souvent une relation particulière à l’épaisseur et au bord. Laurie-Anne Harasse choisit la manière de construire en fonction de la forme recherchée. Une figurine, un vase, une miniature ou un pot de plante n’appellent pas nécessairement le même chemin. La construction est déjà une part du langage visuel de l’objet.
Après la mise en forme, la surface reçoit un travail d’engobe ou de gravure. L’engobe est un revêtement mince à base d’argile délayée qui permet d’apporter une couleur et de modifier la lecture du grès. La gravure intervient en retirant ou en marquant la surface pour faire apparaître une ligne, un motif ou une différence de texture. Une décoration peut souligner la silhouette sans la couvrir complètement. La matière reste alors visible sous le décor, avec ses variations et sa profondeur.
La cuisson transforme progressivement la pièce. Une première cuisson à basse température prépare le grès et fixe les étapes initiales. L’émaillage vient ensuite apporter une surface et un rendu particulier avant une nouvelle cuisson à haute température. La température et le cycle influencent la couleur, la texture et la manière dont la lumière se reflète. Le résultat ne se résume pas à ce qui était visible avant l’enfournement. La céramique demande d’accepter ce temps de transformation et de concevoir le décor en tenant compte de la réaction du matériau.
Les finitions métalliques ajoutent une dernière couche au parcours de fabrication. L’Atelier Momiji emploie des touches d’or ou de platine sur certaines pièces, qui sont ensuite cuites à nouveau à 750 °C. Ces accents peuvent prendre la forme d’un détail discret, d’un contour, d’un motif ou d’une marque qui attire le regard. Leur présence ne remplace pas le travail du grès et de l’émail. Elle s’y ajoute pour créer un contraste entre une surface mate ou colorée et un éclat plus vif.
La répétition d’un motif ne rend pas les pièces identiques. Le grès varie, l’engobe se dépose avec de petites différences et la cuisson peut modifier légèrement les teintes. Une gravure peut être plus profonde à un endroit, une ligne peut suivre la forme avec une infime variation et une touche d’or peut accentuer un détail d’une façon différente. Ces écarts sont liés à la fabrication manuelle. Ils donnent à chaque créature, animal ou objet décoratif une présence qui ne peut pas être entièrement reproduite.
Les miniatures occupent une échelle qui demande beaucoup de précision. Lorsque le volume est réduit, un détail doit être assez net pour rester lisible sans alourdir la silhouette. Les petites oreilles, les pattes, les yeux ou les éléments d’un décor doivent conserver une cohérence avec l’ensemble. La surface offre moins de place pour corriger un geste, et la cuisson peut révéler davantage les variations. Une miniature réussie garde pourtant une expression immédiate, comme si le petit format condensait les choix de forme et de couleur.
Les vases et les autres contenants explorent la relation entre un volume et son ouverture. Un bord plus large, un col resserré ou une silhouette ventrue changent l’usage et la manière dont l’objet se place dans une pièce. Le décor peut suivre la courbe, s’interrompre à un endroit ou souligner une partie de la forme. Un vase peut rester un objet décoratif même sans bouquet, grâce à son motif, sa couleur et sa présence. Lorsqu’il accueille des fleurs ou des branches, il ajoute la verticalité et les ombres du végétal à sa propre composition.
Les pièces sont proposées comme des objets décoratifs et des créations en grès réalisées avec soin. Elles peuvent rejoindre une étagère, un bureau, une bibliothèque, une table ou un coin végétalisé. La céramique invite à regarder les détails de près, mais elle modifie aussi l’atmosphère générale d’un intérieur. Une petite figure peut apporter une présence discrète ; une famille d’animaux peut composer une scène ; un pot peut donner un cadre à une plante. La place de l’objet permet de jouer avec la lumière, le recul et les associations de matières.
Le travail dans l’instant fait partie de la démarche de Laurie-Anne Harasse. La terre donne des indications par sa souplesse, son épaisseur, sa résistance et sa manière de garder une empreinte. Une forme prévue peut évoluer lorsqu’un bord se déforme légèrement ou qu’un motif trouve une meilleure place ailleurs. Cette écoute du matériau ne signifie pas renoncer à la construction. Elle consiste à laisser la pièce participer à sa propre naissance, en intégrant ce que la matière permet et ce que le geste révèle.
La boutique et le portfolio de l’Atelier Momiji donnent à voir plusieurs directions : les plantes, les Momijis, les animaux et d’autres inspirations. Ces catégories montrent un univers cohérent plutôt qu’une gamme figée. Les personnages, les formes végétales et les figures animales peuvent se croiser, avec des différences de taille, de décor et de fonction. La céramique reste le fil conducteur, depuis la préparation de la terre jusqu’aux cuissons qui stabilisent la pièce. Chaque objet conserve un lien avec la main qui l’a modelé et décoré.
À Donneville, l’Atelier Momiji développe une céramique de petite échelle où le grès accueille l’imaginaire, les animaux et les plantes. Laurie-Anne Harasse associe modelage, travail à la plaque, pincement, engobe, gravure, émaillage et cuissons successives. Les touches d’or ou de platine apportent un éclat final à certaines créations, tandis que les variations de la matière préservent le caractère unique de chaque exemplaire. Créatures, figurines, miniatures, pots, vases et objets décoratifs composent un univers sensible, inspiré par le Japon et construit dans un atelier proche de Toulouse.
L’Atelier Momiji propose ainsi des pièces qui se découvrent dans le détail. Une expression, une ligne gravée, une couleur d’engobe ou un reflet métallique peuvent modifier la perception d’une forme. Le grès donne une base solide, mais le décor et la cuisson lui apportent des nuances. Qu’il s’agisse d’un animal, d’une créature, d’un pot de plante ou d’un vase, l’objet associe une construction manuelle à une imagination très personnelle. À Donneville, Laurie-Anne Harasse fait de la céramique un langage pour donner une présence singulière aux petites choses qui habitent nos intérieurs.