Atelier & professionnel

L’Atelier Papetier — Benoît Dudognon et Stéphanie Allard, papier japonais artisanal à Salasc

Salasc

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Salasc, dans l’Hérault, Benoît Dudognon et Stéphanie Allard fabriquent du papier japonais artisanal et réalisent des tirages d’art. Leur atelier travaille le kozo, ou mûrier à papier, récolté en France, puis transforme cette matière végétale en feuilles de washi destinées à la photographie, au design, à l’architecture, au textile, à la reliure, à l’édition et à la création artistique. La production associe des gestes manuels anciens à des usages contemporains. Une feuille peut rester blanche et naturelle, recevoir des fibres ou des inclusions, devenir textile, prendre un relief alvéolé ou être adaptée à un projet de lumière et d’aménagement.

Le kozo constitue le point de départ de la fabrication. L’Atelier Papetier récolte lui-même ses branches dans un rayon d’environ cent kilomètres autour de son lieu de travail. Cette proximité donne à la matière une histoire locale avant même le passage dans la cuve. Le mûrier à papier est élagué en hiver, lorsque la sève est redescendue. Les branches sont coupées, réunies en fagots puis étuvées à la vapeur. L’écorce peut alors être séparée du bois. Ces opérations sont réalisées à la main et utilisent les différentes parties de la branche plutôt que de laisser une partie de la matière sans fonction.

L’écorçage demande un travail patient au couteau. L’écorce de kozo comprend plusieurs pellicules et des fibres qui ne présentent pas toutes les mêmes qualités. Le grattage sépare les parties vertes et blanches. La fibre blanche sert au papier kozo blanc naturel, tandis que la partie verte est conservée pour fabriquer le kozo vert. Les fibres déclassées lors du nettoyage peuvent aussi entrer dans le papier moucheté. Ce choix transforme des résidus en texture visible et contribue à une fabrication annoncée comme sans déchet. La présence de petits fragments d’écorce donne au papier moucheté un grain et un relief qui le distinguent d’une feuille parfaitement uniforme.

La cuisson attendrit les fibres et facilite leur séparation. L’atelier utilise le bois de mûrier comme énergie pour cette étape, puisque les branches qui ne servent pas à produire la pâte peuvent être valorisées comme combustible. Après la cuisson, les fibres sont nettoyées dans l’eau froide. Les impuretés et les petits résidus d’écorce sont retirés à la main. Cette opération agit sur la régularité de la feuille et sur son aspect final. Un papier blanc destiné à la photographie demande une pâte plus homogène qu’un papier moucheté où les fragments conservés font partie du décor.

Le battage se fait à la main pendant plusieurs heures. Ce geste sépare les fibres sans les couper et produit une pâte plus homogène. Une pile Hollandaise peut compléter le raffinage pendant une durée plus courte, selon le type de papier recherché. Le choix entre battage manuel et passage mécanique influe sur la longueur des fibres et sur la manière dont elles se répartissent dans la feuille. Cette différence est sensible lorsque le papier doit rester fin, résistant, transparent ou capable de recevoir une impression.

La formation de la feuille suit la méthode nagashizuki. Une préparation contenant du mucilage d’hibiscus est recueillie sur un tamis japonais en bambou. Le papetier fait courir la pâte sur le tamis par un mouvement de vague, afin d’orienter les fibres et de donner au papier une résistance particulière. Il recommence jusqu’à atteindre le grammage souhaité. Cette technique permet d’obtenir des feuilles fines, résistantes et plus transparentes que celles issues d’un procédé européen différent. Le geste règle à la fois l’épaisseur, la répartition de la pâte et la direction qui donnera sa tenue à la feuille.

Après la formation, les feuilles sont pressées pendant une journée. Elles sont ensuite posées à plat sur un panneau de bois et lissées avec une brosse japonaise. Le séchage profite du soleil et du vent. La lumière participe à l’éclaircissement du papier blanc, tandis que la surface du panneau aide à conserver une feuille régulière. Le séchage n’est pas une simple attente entre deux opérations : il conditionne la planéité, la souplesse et l’aspect qui permettront ensuite de plier, coudre, imprimer ou poser le papier.

Le kozo blanc naturel peut être produit dans des grammages allant de sept à cent grammes par mètre carré. Sa surface peut accueillir une impression jet d’encre, une peinture à l’encre de Chine ou à l’acrylique, de la calligraphie et des travaux de reliure. Il peut également entrer dans des projets d’architecture et de design. Une feuille très fine favorise la transparence et la diffusion de la lumière ; une feuille plus lourde apporte davantage de présence et de résistance. Le même matériau change donc de rôle selon son grammage, son séchage et la manière dont il sera utilisé.

Le papier moucheté reprend les fibres et les résidus d’écorce conservés lors du nettoyage. Les petits éléments bruns ou verts restent visibles et créent une surface granuleuse. Ce papier peut servir au papier peint, aux luminaires, à la peinture, à la calligraphie et à la reliure. Le décor vient directement de la matière au lieu d’être imprimé après coup. Chaque feuille possède ainsi une variation de grain qui peut devenir un élément de composition sur une couverture, une cloison ou une surface éclairée.

Le kozo vert est fabriqué à partir de la pellicule verte retirée pendant le grattage. L’atelier a retrouvé une recette pour produire ce papier qui n’est plus fabriqué au Japon selon sa présentation. Sa couleur et ses fibres lui donnent une identité visuelle propre. Il peut être employé pour du papier peint, des couvertures de livres, de la reliure, de la peinture et de la calligraphie. La feuille conserve le lien entre le geste d’écorçage et l’objet final : une partie qui aurait pu être éliminée devient le signe visible d’un autre type de washi.

Le papier japonais textile est assoupli après le séchage afin d’obtenir davantage d’élasticité. Il peut passer sous une machine à coudre et être travaillé au fer à repasser. Cette souplesse permet de l’intégrer à des confections, à des structures de design, à des projets d’architecture ou à des compositions de papier peint. Le textile washi se situe entre la feuille et l’étoffe. Il garde l’aspect fibreux du papier, mais accepte des gestes d’assemblage qui demandent habituellement une matière souple.

Le papier alvéolé est formé avec un effet de relief obtenu directement pendant la fabrication de la feuille. Sa structure crée des variations de surface et de transparence. Il est utilisé pour des luminaires, du design, de l’architecture, du papier peint, de la peinture et de la reliure. Une source lumineuse placée derrière le papier révèle les différences de densité. Le relief peut également devenir sensible au toucher sur une couverture ou un panneau. Le travail du papetier ne s’arrête donc pas au choix d’une couleur : il organise aussi l’épaisseur et la texture pendant la formation.

L’atelier fabrique enfin un papier qui associe le kozo à de la paille de riz de Camargue. La paille apporte une rusticité et une présence fibreuse différentes de celles du mûrier seul. Cette combinaison peut être utilisée pour le papier peint, l’architecture, le design, la reliure et les pratiques picturales. Le mélange relie deux territoires végétaux et donne à la feuille une texture qui évoque davantage la matière brute. Les fibres ne sont pas masquées par une finition uniforme ; elles participent à l’identité visuelle du papier.

La photographie occupe une place centrale dans le travail de l’atelier. Le papier washi est produit pour recevoir des tirages jet d’encre et pour donner aux images une relation sensorielle entre la vue et le toucher. Une photographie sur papier japonais ne se regarde pas comme une image sur une surface parfaitement lisse. Le grain, l’absorption de l’encre, la transparence et le poids de la feuille modifient les contrastes et la présence des détails. Le tirage devient une rencontre entre le photographe, le papetier et le tireur d’art.

Les festivals de photographie de nature ont utilisé ces papiers pour des expositions. Pour le festival Picture for Nature à Cusset, l’atelier a fabriqué les feuilles et imprimé plus de cent vingt tirages sur trois éditions entre 2022 et 2024. Des photographies de Laurent Baheux, Valentin Marcheguay et François Gely y ont été présentées. L’atelier a également réalisé des tirages pour le Festival international de la photo animalière et de nature de Montier-en-Der, ainsi que pour Photaubrac. Ces projets montrent comment une feuille fabriquée à la main peut devenir le support d’une série photographique exposée au public.

D’autres projets relient le washi aux procédés photographiques anciens. Des images ont été imprimées en cyanotype et en palladium sur des papiers japonais, notamment pour une exposition liée au CNRS à Paris. Certaines photographies ont été marouflées sur des galets, créant un dialogue entre la fibre végétale et la matière minérale. Le papier peut aussi recevoir des images destinées à des expositions au Palais de Tokyo, à la Maison de la culture du Japon ou dans une galerie à New York. La surface devient alors une composante de l’œuvre, au même titre que le cadrage ou la couleur.

L’architecture et le design sollicitent le papier pour ses qualités de transparence, de résistance et de légèreté. L’Atelier Papetier fabrique des feuilles sur mesure pour des luminaires, des cloisons, des portes japonaises shoji et des décors muraux. Le washi peut être collé comme un papier peint sur une ossature en bois, cousu sur une structure ou posé devant une fenêtre pour filtrer la lumière. Les formats, les textures et les grammages sont adaptés au projet. La feuille devient une matière d’espace, capable de séparer, d’éclairer, de couvrir ou d’adoucir un volume.

Deux portes japonaises shoji ont été fabriquées pour l’aménagement d’une boutique à Lyon en 2021. Le projet réunissait une construction en bois, la fabrication du papier et sa pose avec une colle naturelle. Pour un hall d’immeuble réalisé à Montpellier en 2020, l’atelier a produit un papier mêlant mûrier à papier et paille de riz de Camargue, ainsi qu’un papier blanc naturel en kozo avec gaufrage. D’autres réalisations ont concerné des lanternes pour le salon Art Élysée, des cocons de bureaux en papier textile cousu sur bambou et une cloison intégrant du raphia.

Le papier japonais peut également dialoguer avec le verre. Pour un projet de vitrail mêlé de verre et de papier, l’atelier a fabriqué des feuilles fines, avec des inclusions de plumes, de cheveux et des textures variées, tout en conservant une transparence suffisante pour laisser passer la lumière. Le papier textile, le papier alvéolé et les feuilles avec inclusions ouvrent ainsi des possibilités différentes pour les designers, les vitraillistes et les architectes. La fibre devient un élément lumineux, souple ou texturé selon le projet.

L’éthique de fabrication repose sur l’utilisation de fibres françaises, la transformation de la matière dans l’atelier et l’absence de pâte industrielle prête à l’emploi. La composition annoncée exclut notamment la soude caustique, le chlore, les acides sulfureux, les résines de synthèse et plusieurs produits considérés comme nocifs. Pour les tirages d’art, l’atelier utilise des encres pigmentaires, nécessaires à l’impression au traceur, et évite certaines plaques et protections plastiques. Le réemploi des parties vertes, des fibres déclassées et du bois de cuisson donne à cette démarche une dimension concrète.

Benoît Dudognon s’est formé à la fabrication du papier, a travaillé dix ans dans l’industrie papetière puis a étudié pendant un an et demi auprès de maîtres papetiers japonais reconnus pour leur transmission du washi. Il a adapté cette technique au terroir français. Stéphanie Allard travaille de son côté sur les compromis entre le format, le taux d’encrage, la tenue dans le temps, la matière disponible, le climat et l’impression jet d’encre. Leurs rôles se complètent : l’un approfondit la transformation de la fibre, l’autre ajuste la feuille et son usage aux projets artistiques et graphiques.

À Salasc, L’Atelier Papetier relie donc récolte du kozo, préparation des fibres, formation manuelle des feuilles, séchage, impression et création sur mesure. Kozo blanc, papier moucheté, kozo vert, papier textile, papier alvéolé et mélange avec paille de riz offrent des textures et des résistances différentes. Ces papiers peuvent devenir tirages photographiques, couvertures, livres, décors muraux, shoji, luminaires, cloisons, textiles ou supports de peinture. Le travail de Benoît Dudognon et Stéphanie Allard donne à la fibre végétale une nouvelle échelle : elle passe de la branche élaguée à la feuille, puis de la feuille à l’image, à l’objet ou à l’espace.

Traçabilité

Sources de cette fiche

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