Atelier & professionnel

Laure Prin, ébéniste et tourneuse sur bois à Saint-Martin

Saint-Martin

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Saint-Martin, dans le Bas-Rhin, Laure Prin développe une pratique du bois qui réunit l’ébénisterie, le tournage et une approche très personnelle de la broderie. Ses objets naissent de petites pièces de matière, de chutes et de fragments qui pourraient rester à l’écart du regard. Elle les observe, les assemble mentalement et cherche la forme qui leur permettra de devenir un objet unique. Le bois n’est pas traité comme une surface uniforme destinée à disparaître sous une finition. Ses nuances, ses veinages, ses irrégularités et la mémoire de sa croissance participent à la présence de chaque réalisation.

Le parcours de Laure Prin ne commence pas directement dans un atelier de bois. Après des études et une expérience dans l’ingénierie et la gestion de projets, elle a vécu plusieurs années en Afrique, notamment au Burkina Faso. Cette période a nourri une attention aux choses modestes, aux détails et aux matériaux rencontrés dans la vie quotidienne. La reconversion vers les métiers d’art s’est engagée en 2019. Elle s’est formée à l’ébénisterie au lycée Couffignal de Strasbourg, puis a poursuivi son parcours comme conceptrice-créatrice au Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers, le CERFAV, à Vannes-le-Châtel. Son activité autour du bois a pris forme à partir de 2021.

L’ébénisterie lui apporte une connaissance de la construction, des assemblages et de la relation entre une pièce de matière et la fonction d’un objet. Le tournage introduit un autre rapport au geste. La forme se révèle progressivement autour d’un axe, tandis que l’outil enlève de fines épaisseurs et fait apparaître le dessin du bois. Cette opération exige de tenir compte de la fibre, de la dureté et de l’humidité de l’essence travaillée. Un bol, une boîte ou un élément de vaisselle ne résulte donc pas d’une silhouette appliquée à n’importe quel morceau de bois. Sa proportion et sa surface dépendent du matériau disponible, de sa résistance et des décisions prises pendant le travail.

Les essences citées dans la démarche de Laure Prin appartiennent principalement au paysage local : chêne, hêtre, frêne, merisier, noyer, prunier, érable, orme ou bouleau. Elles n’offrent ni la même couleur, ni le même grain, ni la même façon de réagir aux outils. Le chêne et le frêne peuvent donner une lecture très nette de la fibre ; le merisier et le prunier apportent des tonalités plus chaudes ; le noyer est apprécié pour sa profondeur ; le bouleau et l’érable proposent d’autres variations de clarté et de dessin. Ces rapprochements décrivent une palette de matières, pas une recette répétée. Chaque objet garde la part de choix imposée par le morceau réellement disponible.

Le choix de l’approvisionnement local occupe une place centrale dans son travail. Laure Prin se fournit auprès de scieries alsaciennes, récupère des chutes auprès d’autres ateliers et peut utiliser des bûches issues de l’entourage familial ou du voisinage. Cette manière de travailler relie la création à un territoire concret. Elle évite de considérer le bois comme une matière anonyme que l’on pourrait commander sans se soucier de son origine ou de ses dimensions. Les petits formats prennent ici tout leur sens : un fragment écarté par une production plus standardisée peut devenir le centre d’une boîte, d’un bol ou d’un panneau dès lors que sa forme et son veinage sont regardés avec attention.

Le tournage apparaît dans des objets à la fois usuels et décoratifs. Les boîtes et les bols montrent la capacité du bois à former un contenant, mais aussi à accueillir une ligne, une ouverture et une épaisseur qui se découvrent au toucher. La vaisselle tournée prolonge cette relation à l’usage : l’objet doit être agréable à prendre en main tout en gardant les caractéristiques du matériau. Des bijoux fantaisie, des tableaux ou panneaux et différents objets singuliers sont également associés à son activité. La diversité des formats ne dilue pas la démarche. Elle permet au contraire d’examiner comment un même regard sur les fragments de bois peut s’exprimer dans une pièce portée, posée, utilisée ou accrochée.

La broderie sur bois constitue l’un des traits les plus reconnaissables de son univers. Elle brode les fragments à la main avec du fil et une aiguille fine, en faisant apparaître des motifs abstraits. Le geste change alors d’échelle. Après le travail de coupe, de tournage ou de préparation de la pièce, le fil introduit une ligne souple qui suit ou traverse la matière. Le bois porte la trace de cette intervention sans perdre son grain. Les motifs appartiennent à une recherche graphique, faite de rythmes, de tensions et de parcours qui dialoguent avec les lignes naturelles du support.

Cette technique demande de tenir compte de la fragilité et de l’épaisseur du fragment. Le fil ne se pose pas simplement sur une surface lisse comme une décoration ajoutée à la fin. Il est lié au support par le passage de l’aiguille, ce qui transforme la relation entre le textile et le bois. Les marques du perçage, la densité des points et la direction du motif peuvent modifier la manière dont la lumière se pose sur la pièce. Le contraste entre une matière rigide et une ligne textile rend visibles les gestes successifs : préparer le bois, le percer, le broder et conserver suffisamment de présence au matériau pour que son identité reste perceptible.

Les finitions restent cohérentes avec cette attention à la matière. Les informations disponibles sur l’atelier mentionnent l’usage de produits naturels pour protéger et mettre en valeur le bois. La surface peut ainsi recevoir une finition qui accompagne le toucher et fait ressortir le dessin de la fibre, sans transformer l’objet en surface brillante et uniforme. Une boîte ou un bol conserve une proximité avec le fragment d’origine ; l’intervention sert la lecture du bois au lieu de la recouvrir complètement.

Le travail de Laure Prin s’inscrit dans un environnement professionnel alsacien et dans le Grand Est. Elle est référencée par la Fédération régionale des métiers d’art d’Alsace, par la Région Grand Est et par l’Association Ateliers d’Art de France. Ces références la présentent comme ébéniste et tourneuse sur bois, avec une production comprenant notamment des bijoux, des boîtes, des bols, de la vaisselle et des panneaux. Elles permettent de situer son activité dans le champ des métiers d’art sans lui attribuer des labels, des titres ou des prestations qui ne seraient pas documentés.

La singularité de cet atelier tient aussi à la manière dont Laure Prin relie son parcours à son vocabulaire de formes. L’expérience de l’ingénierie et de la conduite de projets n’est pas effacée par la reconversion ; elle cohabite avec l’apprentissage lent du bois, l’observation et l’acceptation de l’imprévu. Le tournage impose de suivre la matière. La récupération impose de composer avec des dimensions irrégulières. La broderie impose de ralentir encore pour inscrire un motif à la main. À chaque étape, la création se construit dans un dialogue entre une intention et ce que le fragment autorise réellement.

Ses pièces peuvent ainsi être regardées comme des objets de proximité. Elles donnent envie de suivre une veine, de comparer deux teintes, de sentir une courbe ou de repérer la différence entre une surface tournée et une zone brodée. Un contenant conserve une fonction, mais il devient aussi un petit paysage de bois. Un panneau transforme un assemblage de fragments en composition murale. Un bijou réduit la recherche à une échelle portable. Dans tous les cas, la matière demeure au premier plan et l’objet garde une relation lisible avec son origine.

À Saint-Martin, Laure Prin incarne une ébénisterie de petite série et de pièces uniques, attentive aux ressources disponibles autour de l’atelier. Son travail associe les gestes du tournage, la construction d’objets en bois, la sélection d’essences locales et la broderie au fil. Les boîtes, bols, pièces de vaisselle, bijoux et panneaux ne sont pas abordés comme des produits interchangeables : leur dessin dépend des fragments, des fibres et du temps consacré à leur transformation. Cette approche donne au bois une place active dans la création. Le matériau ne sert pas seulement à fabriquer une forme ; il oriente la forme, impose ses questions et devient le point de départ d’objets sobres, tactiles et profondément liés au territoire alsacien.

Métiers exercés

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel federation-metiers-art

    Laure Prin — membre FREMAA (site externe)

    Organisme : Fédération régionale des métiers d’art d’Alsace

    Fait soutenu
    La FREMAA présente Laure Prin comme ébéniste et tourneuse sur bois à Saint-Martin et décrit des objets uniques réalisés à partir de petits fragments de bois, ainsi que la broderie du bois au fil et à l’aiguille fine.
    Consultée le
    10 septembre 2026

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