Atelier & professionnel

Le Bois d’Ylva — tournage d’art et bois brûlé à Molines-en-Queyras

Molines-en-Queyras

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Molines-en-Queyras, dans les Hautes-Alpes, Natacha Heitz travaille le bois au sein de l’atelier Le Bois d’Ylva. Son activité associe le tournage d’art, la taille directe, la sculpture et une recherche originale sur l’action du feu. Le pin cembro, appelé aussi arolle, occupe une place centrale dans cette démarche. Tourné ou sculpté, le bois est ensuite soumis à la chaleur afin de faire apparaître une texture craquelée que l’atelier nomme cRAKŬ. Les pièces sont mises en couleur après cette transformation, de manière à faire dialoguer les lignes du volume, les reliefs brûlés et les contrastes de surface.

Le travail commence par une relation attentive à l’essence choisie. Le pin cembro n’est pas un simple support interchangeable : son grain, sa densité, son odeur, ses nœuds et sa manière de réagir à la chaleur déterminent une partie du résultat. Le répertoire professionnel d’Ateliers d’Art de France présente cette relation comme un partenariat intime avec le cembro. Natacha Heitz y décrit des formes sobres, des profils épurés et des courbes harmonieuses. La simplicité n’est pas une absence de recherche. Elle sert au contraire à laisser la matière devenir lisible, depuis la silhouette générale jusqu’à la texture qui se révèle après le passage du feu.

Le tournage donne au bois une géométrie de départ. Une pièce est fixée sur le tour, puis mise en rotation afin que les outils puissent retirer de la matière avec régularité. Le geste doit rester précis : la vitesse, l’angle de coupe et la pression influencent la netteté du profil, la finesse d’une paroi et la continuité d’une courbe. Un bol, un vase ou une forme fermée se construit par étapes, en suivant le fil et en surveillant l’épaisseur. Le tour permet d’obtenir un volume régulier, mais il ne décide pas seul de la forme. La tourneuse observe le bois, adapte son geste et accepte les particularités du morceau travaillé.

La sculpture ouvre une relation plus libre avec la masse de bois. Elle peut intervenir avant le tournage, après lui, ou constituer la méthode principale pour une pièce qui ne repose pas sur une symétrie circulaire. Les ouvertures, les creux et les ruptures de ligne viennent alors interrompre une forme trop prévisible. Le Bois d’Ylva présente des objets décoratifs, des sculptures et des pièces uniques. Un volume peut conserver une base tournée tout en recevant des découpes, une taille ou une ouverture qui modifie sa lecture. La courbe apporte de la douceur, tandis qu’une entaille ou un passage à travers la matière introduit une tension visuelle.

Le feu intervient après la préparation du volume. Il attaque certaines zones du bois et transforme la texture. La chaleur accentue les différences entre les parties lisses et les parties craquelées ; elle peut faire ressortir des irrégularités qui seraient restées discrètes sur une surface simplement poncée. La maîtrise du procédé consiste à trouver un équilibre entre transformation et conservation. Une chaleur trop forte ou trop longue pourrait fragiliser la pièce, tandis qu’un passage mesuré permet de produire une peau marquée sans perdre la cohérence du volume. Le feu devient ainsi un outil de dessin : il ne se contente pas de colorer, il modifie la manière dont la lumière se pose sur la surface.

Les cRAKŬs constituent la signature de l’atelier. Le nom fait écho au raku des céramistes, mais le procédé concerne ici le bois travaillé au feu. Les craquelures apparaissent dans la texture de l’arolle et sont ensuite mises en couleur. La surface brûlée peut évoquer une terre fissurée, une écorce, une roche ou un paysage miniature, sans chercher à reproduire exactement l’un de ces éléments. Le contraste est au cœur de l’expression : le sombre et le clair, le lisse et le rugueux, la courbe calme et la rupture, la douceur d’un profil et la force d’une brûlure se répondent dans une même pièce.

La couleur ne recouvre pas simplement les marques du feu. Elle renforce la profondeur des craquelures et organise la lecture du volume. Les références professionnelles évoquent des tons qui vont de la luminosité du blanc à la chaleur du rouge. Une teinte claire peut faire ressortir les ombres des reliefs, tandis qu’une couleur plus chaude accompagne la densité et la présence du bois. Le choix chromatique doit rester lié à la forme : une pièce ouverte, une surface bombée et un volume creusé ne reçoivent pas la lumière de la même manière. La finition devient donc une étape de composition autant qu’une protection de la matière.

Le contraste entre les surfaces est particulièrement sensible lorsque la texture craquelée côtoie une zone polie. Le regard passe d’une peau irrégulière, marquée par la chaleur, à une partie qui renvoie la lumière avec davantage de douceur. Cette opposition évite que la pièce ne soit lue comme un bloc uniforme. Elle donne des repères au toucher imaginé et fait varier la perception selon la distance. De près, les fissures et les traces de couleur appellent une observation minutieuse. À quelques pas, la silhouette et les ouvertures reprennent le dessus. L’objet peut ainsi fonctionner comme une sculpture dans un intérieur tout en conservant la mémoire d’un geste artisanal très concret.

Les réalisations du Bois d’Ylva se situent entre objet décoratif et œuvre de recherche. Un vase ou une coupe garde une référence à l’usage, mais la forme, la texture et la finition peuvent l’éloigner d’un objet ordinaire. Une sculpture n’a pas besoin d’un usage pour trouver sa place : elle agit par sa présence, son équilibre et son rapport à la lumière. Les pièces uniques permettent de suivre les accidents naturels du bois et les réactions propres au feu. Les petites séries, lorsqu’elles existent, conservent elles aussi des différences, car chaque morceau de pin cembro ne possède pas exactement le même dessin ni la même réponse à la chaleur.

Le choix de travailler des bois locaux relie la création au territoire du Queyras. Le pin cembro pousse en altitude et appartient aux paysages de montagne dans lesquels l’atelier est installé. La matière porte donc une dimension géographique avant même d’être transformée. Le travail ne consiste pas à effacer cette origine, mais à la rendre sensible par le grain, la couleur et les marques du bois. Les informations touristiques régionales présentent le cembro utilisé par l’atelier comme un bois local certifié PEFC et Bois des Alpes. Elles associent cette matière à une démarche écoresponsable et à une fabrication entièrement manuelle.

La gestion des chutes prolonge cette attention aux ressources. Les informations consacrées au tournage d’art de Natacha Heitz indiquent que les déchets de bois sont réemployés selon leur taille et leur état : certains peuvent devenir des sachets de bois odorants, servir au chauffage ou rejoindre d’autres usages pratiques. Cette organisation rappelle qu’un atelier de tournage produit des copeaux, des chutes et des fragments qui ne sont pas tous destinés à la même fin. La pièce principale concentre le geste artistique, mais la relation à la matière se poursuit dans la manière de ne pas perdre ce qui peut encore servir.

Le Bois d’Ylva accueille aussi une dimension de transmission et de rencontre. Les informations territoriales présentent Natacha Heitz comme une artisane qui réalise des démonstrations et enseigne le tournage sur bois. Montrer le tour permet de comprendre le rôle de la rotation, des outils et du maintien de la pièce. La démonstration rend visibles des gestes souvent cachés derrière un objet terminé : préparer le bois, installer le morceau, commencer une coupe, contrôler l’épaisseur, arrêter le tour et reprendre la surface. La transmission ne se limite pas à une technique isolée ; elle permet d’expliquer la relation entre le choix d’une essence, le dessin du volume et la finition.

La P’tite Galerie du Bois d’Ylva complète la présence de l’atelier à Molines-en-Queyras. Elle donne à voir des objets décoratifs et des sculptures dans un contexte de montagne, tout en rappelant que l’espace de fabrication lui-même reste de petite dimension. Cette différence entre un atelier resserré et une galerie ouverte sur les visiteurs souligne la précision nécessaire pour travailler des formes parfois complexes dans un espace limité. Les œuvres peuvent ensuite voyager bien au-delà du Queyras, mais elles gardent le lien avec le lieu où le bois a été choisi, tourné, sculpté et transformé par le feu.

L’histoire professionnelle de Natacha Heitz comprend une première carrière liée à la nature, à l’éducation et à la médiation environnementale avant son orientation vers la création. Cette expérience éclaire son attention aux arbres, aux essences et aux équilibres du milieu. Elle ne transforme pas les objets en illustrations naturalistes. Elle nourrit plutôt une manière de regarder le bois comme une matière vivante, marquée par sa croissance et par les conditions dans lesquelles il s’est formé. Les formes épurées permettent de conserver cette présence sans l’enfermer dans un décor figuratif.

La reconnaissance du travail repose également sur la singularité du cRAKŬ. Les informations régionales indiquent que cette création originale a valu à Natacha Heitz le titre de Maître Artisane d’Art. Le même ensemble présente l’atelier comme labellisé Valeurs Parc par le Parc naturel régional du Queyras pour son respect de la nature et sa gestion écoresponsable. Ces éléments ne remplacent pas l’observation des pièces, mais ils situent la démarche dans un cadre professionnel et territorial. Le savoir-faire est ici lié à une matière locale, à une technique personnelle et à une attention portée aux ressources.

Pour découvrir une pièce du Bois d’Ylva, il faut d’abord regarder sa silhouette. Une forme ronde, ovale ou allongée détermine la manière dont l’objet occupe l’espace. Les ouvertures peuvent créer un passage de lumière ou rompre la continuité du volume. Il faut ensuite s’approcher de la surface : les craquelures ne sont pas un motif imprimé, mais la trace d’une transformation du bois par le feu. La couleur accentue certaines zones, le poli en calme d’autres, et le grain reste perceptible sous la finition. Chaque déplacement modifie la relation entre la texture et la lumière.

À Molines-en-Queyras, Le Bois d’Ylva associe ainsi tournage d’art, sculpture sur bois et travail au feu. Natacha Heitz part du pin cembro et d’autres bois locaux pour créer des objets décoratifs, des sculptures et des pièces uniques aux lignes épurées. La naissance des cRAKŬs repose sur une suite de gestes : choisir la matière, construire le volume, brûler la surface, faire apparaître les craquelures et mettre la pièce en couleur. Le résultat met en relation la douceur d’une courbe, la force d’une texture et la mémoire d’un arbre de montagne. Cette pratique donne au bois une nouvelle peau sans effacer son origine, dans un dialogue précis entre le tour, la main et le feu.

Traçabilité

Sources de cette fiche

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